CHAGRIN QUE CE MARIAGE
affaire de cette sorte, et voyant généralement tout lo monde tourner de l'antre côté, parce que le roi y tourne, sèche sur les pieds, et depuis le premier jour qu'elle est arrivée, elle n'en a presque pas eu un seul de santé. y>
La nouvelle duchesse d'York était loin de mériter, selon Bartet, le dédain que lui témoignait Henriette de France. «Vous lui aurez vu, écrivait-il à Mazarin*, en parlant de la reine mère, du mépris pour M"' la duchesse d'York.... Avec cela, croyez, s'il vous plaît, sur les connaissances que j'en prends, tous les jours, dans un commerce et des conversations continuelles, qu'elle a de l'esprit et qu'elle en a beaucoup. Je vous assure qu'elle est fort bien par elle-même avec le roi et rassemble la cour tous les soirs, aux heures de privance, aussi habilement que pourrait faire une fort habile femme. Le roi s'y accoutume et goûte son esprit; il la traite bien; ils mangent ensemble en famille avec M*' le duc d'York. Ils sont naturels ensemble; enfin cela durera; et pour Monseigneur son mari, il en est toujours amoureux; il n'en faut pas dire davantage. »
Si Bartet se montrait plus favorable que la reine d'Angleterre à la duchesse d'York, il appréciait, comme Henriette de France, le motif qui avait porté le roi à approuver le mariage de son frère. « La reine vous dn-a, ajoutait-il dans la même dépêche, que
* Lettre du 10 février 16GI. A ce moment, la reine d'Angleterre était de retour en France.
CAUSE A HENRIETTE DE FRANCE. 3i5
quand le mariage a été fait, le roi l'a voulu maintenir, non pas tant par la considération de M. le grand chancelier, que pour laisser abaisser par là M^' le duc d'York. Vous devez croire cela comme une vérité, à laquelle la reine ne se trompe point, et une vérité qui prend, dans la reine même, sa première racine et son premier fondement. Le roi a été bien aise (mais ce n'est que quand la chose a été faite) de mortifier, pour ainsi dire, la reine, sa mère, dans les jugements trop avantageux qu'elle avait toujours faits de M°' le duc d'York , et il m'a dit lui-même, qu'il l'avait dit à Sa Majesté, et reproché qu'injustement, ou avec ignorance, ils l'avaient voulu faire passer en France pour ce qu'il n'était point; mais que, lui, ne s'y était jamais trompé; qu'il le leur avait toujours bien dit, et qu'à cette heure, ils voyaient lequel avait mieux jugé. Il m'a dit que la reine, pour se sauver de n'avoir pas été dupe de M^'' le duc d'York, lorsqu'ils prenaient tant de soin de l'élever dans le monde, lui avait dit qu'elle l'avait toujours bien connu ; mais qu'il était bon d'en user en ce temps-là, comme elle faisait, qui est une raison que le roi n'a point prise pour une bonne raison ; car il me disait que Sa Majesté et ses ministres l'avaient fait avec tant d'excès, que cela avait donné des atteintes même à lui roi, qui était une manière d'entreprise qu'il était bien aise de voir confondre, et dans leur esprit et dans le monde, non seulement par un mariage de cette dispro-
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portion, que la première pensée même de M. le chancelier avait été de mettre sa fille à la Tour; mais par les manières misérables et faibles, dont il (le duc d'York) l'avait fait et conduit, par les contretemps, par les irrésolutions et par mille endroits tous dignes de pitié. »
D'autres événements attristèrent encore ce voyage de la reine d'Angleterre : elle y perdit son plus jeune fils, le duc de Glocester, et sa fille aînée, la princesse d'Orange, veuve du stathouder, Guillaume II de Nassau. « Cette princesse était aimée de tous, écrivait Bartet à Mazarin, et cela fait que la désolation est grande en cette cour, et j'avoue qu'elle accable la reine, qui ne voit de consolation d'aucun endroit que celle que Sa Majesté espère trouver en Franco. » Elle eut cependant, au milieu des tristesses de ce voyage, un motif de joie par l'approbation que Charles II donna au projet de mariage de sa jeune sœur, Henriette d'Angleterre, avec Philippe de France, duc d'Anjou, et plus lard duc d'Orléans.
La reine d'Angleterre revint en France en février 'J66I, et peu de temps après, le 31 mars, le frère de Louis XIV épousa Henriette d'Angleterre. Cette princesse, dont tous les contemporains ont vanté l'esprit séduisant, prit un grand ascendant sur les deux souverains et devint le lien le plus puissant de la France et de l'Angleterre. Il n'est pas de notre sujet de retracer les traités, par lesquels cette union