L'ÉLECTEUR DE MAYENCE NÉGOCIE
obligeantes pour l'assurer, dit le maréchal de Gramont, « de la confiance entière que le roi avait en son amitié ». Il est probable que Roussereau apportait à l'électeur et à ses confidents des preuves encore plus palpables de l'affection du cardinal. Ce fut, ajoute le maréchal', « le coup du plus habile homme du monde... L'on peut dire avec vérité que c'est un trait de la prudence et de la raffinée politique de ce ministre. »
La réconciliation des plénipotentiaires français avec l'électeur de Mayence fut célébrée dans un de ces longs festins, qu'aimaient les Allemands. « Il renouvela, ditGramont-, toute l'ancienne tendresse des électeurs et des ambassadeurs de France. Ce ne furent que protestations d'une amitié véritable et détesta tions de tout ce qui avait pu causer la moindre défiance de part et d'autre. Et le maréchal de Gramont prit à fort bon augure, lorsqu'au premier verre de vin, l'électeur lui dit, avec une mine gaillarde et ouverte : Non sit jurgiiim inter fratres (qu'il n'y ait plus de querelle entre frères). »
Un des désirs les plus vifs de l'archevêque de Mayence était de conclure la paix générale et d'assurer le repos de l'Europe, avant l'élection de l'em-
Mazarin on date du 7 janvier (AfT. étr., Allemagne, t. 1-iO, f" 234). f'ioussereau lui-même annonçait à .Mazarin son arrivée à Francfort, dans une lettre du 21 janvier 1658 (AIF. ctr., Allemagne, t. 1 12, sans pagination).
^ Mémoires, ibid.
•■' Uklem, p. 298.
LA l'AIX AVEC LES ESPAG.NOLS. 117
pereur. Mazarin avait consenti à ce que Schœnborn entamât une négociation, à ce sujet, avec Peiîaranda, et lui avait fait connaître les conditions, auxquelles la France consentait à traiter. L'électeur les communiqua à Penaranda, qui les rejeta, comme Mazarin s'y attendait, et encourut ainsi le reproche de s'opposer à la paix de l'Europe. Les agents, que Mazarin avait eu soin de s'assurer près de l'électeur-archevêque de Mayence , lui rendirent compte immédiatement du résultat des conférences entre l'électeur et Penaranda, et lui-même en informa les plénipotentiaiies français, dans une dépêche du 15 avril 1658^ : « Les conditions, contenues dans le papier que M. de Mayence lut à Peîîaranda, étaient en substance, que la France rendrait ce qu'elle possédait dans la Catalogne, avec l'inclusion de Roses et de Cadaque (ou Gadequié)^, Valence dans l'État de Milan; qu'elle retiendrait toutes les places qu'elle possède dans les Pays-Bas avec leurs dépendances, y compris les trois que le roi d'Espagne tient en France', quoique les garnisons soient des troupes du prince de Gondé, pour lesquelles le roi en donnerait une, qui n'était pas nommée ; que, pour
^ Affaires étrangères, France, t. 277, f"^ 98 et suiv. Le passage cité est au f" 100 \°.
* Cap-de-Quiers, ville de Catalogne, dont il a été question dans le volume précédent, p. o30.
3 Ces trois places étaient probablement Rocroi, Le Cat'jlet eJ, Linchamp ou Clinchamp. Il ne peut être question de Dunkerqiie ni de Gravelines, dont les garnisons étaient composées d'Espagnols.
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le Portugal, on Icrait une Irève de huit mois, pendant lequel temps on tâchera d'obliger ce roi-là' de s'accommoder avec TEspagne, à la satisfaction de Sa Majesté Catholique, et, ne le faisant pas, la France promettra de ne lui donner, après, aucune assistance, et qu'à l'égard du prince de Gondé, il serait rétabli dans les bonnes grâces de Sa Majesté, dans ses biens et dans tous les honneurs et prérogatives, qui appartiennent aux princes du sang. »
Penaranda traita ces propositions d'injurieuses pour le roi d'Espagne, déclara que Sa Majesté Catholique ne permettrait pas que, dans le traité, on dit un seul mot du Portugal; que M. de Lionne l'avait ainsi promis à Madrid , et que, pour le prince de Coudé, les Espagnols ne l'abandonneraient jamais ; qu'enfin ils ne consentiraient pas à une aussi injuste prétention que celle qu'avait la France de vouloir garder les places qu'elle avait conquises dans les Pays-Bas, en exigeant que le roi d'Espagne rendit celles qu'il occupait en France.
Ces conférences durèrent peu de temps. Penaranda, dit Gramont", voulant ce sortir de ce mauvais pas, où il s'était terriblement embourbé, s'avisa de dire que cette proposition de paix n'était qu'une suite des fourberies du cardinal Mazarin ». Mais il ne persuada ni l'électeur de Mayence, ni les autres princes
' Le roi de Portugal était, à cette époque, Alphonse VI, qui avait succédé à Jean de Bragance.
- Mémoires, p. 303.