RENOUVELLEMENT DE L'ALLIANCE
du cardinal, en 1658, fut de renouveler l'alliance offensive et défensive avec l'Angleterre. Le traité du 23 mars 1657 n'avait été signé que pour un an ^ Des commissaires furent nommés par les deux puissances pour examiner à quelles conditions une nouvelle alliance pourrait être conclue. En l'absence de Lionne, qui était toujours en Allemagne, son oncle, Servien, fut chargé, ainsi que le comte de Brienne, de conférer avec l'ambassadeur anglais, Lockhart. Les négociations durèrent pendant le mois de mars 1658. Dès le 23 mars, Mazarin en espérait la conclusion prochaine, et écrivait au président de Bordeaux^ : « J'ai dit à M. le comte de Brienne de vous faire savoir ce qui se traite ici (à Paris), touchant le renouvellement d'alliance. Vous pouvez assurer M. le Protecteur et le secrétaire d'État (Thurloe) que le roi exécutera très religieusement, de sa part, toutes les choses dont on sera convenu. »
Les commissaires arrêtèrent, le 28 mars 1658, les articles du nouveau traité \ Dans le préambule, les parties contractantes rappellent que souvent les entreprises militaires et surtout les sièges des places fortes éprouvent des retards qu'il est impossible de
Voy. ci-dessus, p. 50 et 57.
- Afiaires étrangères, Angleterre, t. 69, f° 275.
3 M. Guizot n'a pas publié ce traité, comme celui du 23 mars 1657 (voy. ci-dessus, p. 53, noie V). 11 ne se trouve pas non plus dans le Corps diplomatique de Duniont. J'en ai cité les conditions, d'après les nianusci-its des Affaires étrangères (Angleterre, t. 69, f" 254 et f" 299). Le texte est en latin et en français, comme pour le traité précédent.
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surmonter. Ainsi, l'année précédente, 1657, le traité, que « le sérénissime et très puissant prince Louis XIV, roi très chrétien de France et de Navarre, avait conclu avec le sérénissime et très puissant protecteur d'Angleterre », pour le siège des villes de Dunkerque et de Gravelines, n'a pu être exécuté, comme ils l'auraient souhaité, parce que les ennemis avaient mis, avec une incroyable dihgence, ces deux places à l'abri de toute attaque. Cependant Sa Majesté Très Chrétienne et Son Altesse, persévérant dans leur projet et ayant résolu d'employer toutes leurs forces pour enassurer l'exécution, ont approuvé les conditions suivantes, arrêtées par leurs plénipotentiaires :
11 est d'abord convenu que le traité, conclu l'année précédente, y compris l'article secret, doit avoir son plein et entier effet, et que les clauses stipulées, surtout celle qui concerne la religion catholique', à laquelle aucun changement ne doit être apporté, seront religieusement observées. Six nouveaux articles sont ajoutés et portent qu'avant toute autre entreprise, le siège de Dunkerque sera formé par terre et par mer, entre le '20 avril et le 10 mai prochains (n. st.)". L'armée de France attaquera
* « Maxime quoe ad religionem catholicam spectant, ità saiictè et inviolabiliter servabuntur, » etc. Je cite le texte latin auquel est jointe la ratification de Louis XIV (ibid,, i" 299)
^ On sait qu'il y avait une différence entre le calendrier grégorien (il. style), adopté en France, et le calendrier julien (v. style), suivi en Angleterre. Le second était de dix jours en retard sur le premier.
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celte place par terre, et la flotte anglaise du côté de la mer. Cette flotte servira en même temps à fournir aux troupes anglaises et fi-ançaises les munitions de guerre et les approvisionnements de bouche, en un mot tout ce qui leur sera nécessaire. Dans le cas où le siège de Dunkerque n'aurait pas lieu', soit par le retard de la flotte anglaise, soit par l'absence de l'armée du roi de France, la partie lésée aurait droit de réclamer le remboursement des dépenses qu'elle aurait faites pour cette expédition.
Après la prise de Dunkerque et la remise de cette place entre les mains de ceux qu'aura désignés le Protecteur, la Hotte anglaise, composée du môme nombre de grands vaisseaux, de navires légers et de barques, devra se tenir à la disposition du roi de France, ou du général commandant son armée, pour contribuer au siège de Gravelines. L'Angleterre ne sera tenue d'observer ces conditions que pendant les années 1658 et 1659. Le siège de Gravelines ne devra pas être entrepris plus tard que le mois de septembre 1658, ni plus tôt que le 20 mars 1659. A Tune ou l'autre époque, le Protecteur devra être averti, en temps utile, parle général de l'armée française, pour pouvoir envoyer sa flotte à Gravelines.
Sa Majesté Très Chrétienne, voulant prouver le cas qu'elle fait des six mille auxiliaires anglais', leur
* « Si obsidio non fierct. » Ibid.
~ Le précédent Irailé, dont les arlicles étaient maintenus, avait stipulé que Cromwoll enverrait ce nombre d'Anglais en France.
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fera distribuer, pendant six semaines, une gratification d'un sou par tête, et, pour éviter les plaintes et discussions auxquelles la distribution de cette gratification pourrait donner lieu, il a été décidé qu'elle serait faite par le chef des troupes anglaises. Enfin il était stipulé que le présent traité serait ratifié, dans le courant du mois suivant, par lettres patentes des deux parties, revêtues du grand sceau de l'État. Les ratifications furent échangées aux époques fixées, et Mazarin s'occupa avec la plus grande activité des préparatifs de cette nouvelle campagne, qui devait être décisive.
L'ambassadeur anglais , Lockhart , déployait , de son côté, beaucoup de zèle pour en assurer le succès. « Il remplit à la fois, écrivait Giustiniani', les fonctions d'ambassadeur et de soldat, va de la cour à l'armée, et de l'armée à Londres. On le croit en France; il est en Angleterre. » Cependant le début de la campagne ne fut pas heureux : une trahison livra Hesdin, ville forte de l'Artois'", aux ennemis de la France. Le gouverneur de cette place, Bellebrune, était mort au commencement de l'année 1658; le roi lui donna pour successeur le comte de Moret^, frère
1 Lettre du 20 mai 1658 {Filza 121, f» 62) : « Questo ambasciatore inglese, essercitando egualmente la funtione d'ambasciatore e di soldato, passa... délia corte ail' armata, etc. » Giustiiiiani s'était rendu à Abbeville pour suivre de plus près les mouvements de l'armée française.
2 Aujourd'hui chef-lieu de canton du Pas-de-Calais. ^ Voy. Mémoires de Monglat, p. 328.