MISSION DE LIONNE
s'envelopper du plus profond mystère. Les instructions, qu'on lui remit, avaient été préparées par Servien et corrigées par Mazarin. Elles sont très développées et prouvent qu'à cette époque la négociation était sérieuse'. Lionne quitta Paris dans les premiers jours de juin; il n'était accompagné que de peu de personnes et avait pris la précaution de se déguiser en marchand. Il ne s'arrêta qu'au château de Bidache, chez le maréchal de Gramont. Là il fut reconnu, malgré la perruque et les vêtements qu'il avait adoptés pour se déguisera
Lionne arriva à Madrid, le 4 juillet 1656, entra de nuit dans cette ville et fut logé au Buen-Retiro. Les conférences commencèrent, dès le lendemain, entre l'envoyé français et le principal ministre de Philippe IV, don Louis de Haro. Elle ne devaient durer que huit jours, d'après les instructions données à de Lionne ; mais la lutte diplomatique, où don Louis dellaro et Lionne s'efforcèrent, à l'envi, d'arracher à leur adversaire les conditions les plus avantageuses, se prolongea bien au delà de ce terme. On peut ramener à trois points les questions qui furent agitées
' Louis XIV écrivit de sa main les pleins pouvoirs donnés à Lionne et les lui remit en présence de l'envoyé espagnol (Priolo, liv. X, p. AhU, édit. de 1669, et Valfrey, p. 10). Les instructions remises à Lionne se trouvent au ministère des Affaires étrangères (Espagne, t. 31). Elles ont été analysées par ViUorio Siri, et cette analyse est reproduite dans le manuscrit des Affairons étrangères intitulé : Histoire des troubles de la France, t. III, P 483 et suiv.
^ « Mulalis veslihus..., sub crine adoptitio latens, niercaloris specie. » (Priolo, iiv. X, p. 453).
A MADRID (Juin-Juillet 1650). 17
et déballues, dans ces longues conréreiices : 1° la conservation, ou la restitution, des conquêtes faites parla France (Artois, Roussillon et Alsace); 2» les intérêts des royaumes, provinces et princes, qui avaient été engages dans la lutte, Portugal, Catalogne, ducs de Lorraine, de Modcne, etc.; 3" le rétablissement du prince de Gondé dans ses biens et dignités.
Il suffira de résumer rapidement ce qui fut l'objet de discussions minutieuses'. Lionne demandait, conformément à ses instructions, que l'Artois et le Roussillon fussent cédés à la France par l'Espagne; il réclamait aussi l'abandon de Roses, ou Rosas, en Catalogne, et du château de Joulx, en Franche-Comté. Enfin le roi d'Espagne devait renoncer à toutes ses prétentions sur l'Alsace. La France consentait à rendre Thionville, la Rassée, Damvilliers, Réthune, Saint-Guillain, à condition que les places de Rocroi, la Capellc et le Catelet, lui seraient remises. Don Louis de Haro, après avoir disputé le terrain pied à pied, finit par céder sur presque tous les points relatifs aux conquêtes de la France.
La question des royaumes, princes et provinces alliés, fut aussi vivement débattue. Lionne se bornait à réclamer une trêve, pour le Portugal et la Catalogne; mais il demandait que la Lorraine restât à la France
' M. Valfrey a très complèlement exposé celte lutte diplomatique. Je ne puis que renvoyer à sou ouvraryc pour les détails des discussions.
ni. — ïJ