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NÉGOCIATIONS DE LIONNE

et que l'Espagne confiniiàL le Irailé de Querasque, ou Gherasco, qui avait assuré Casai à la maison de Savoie, notre alliée. Les Espagnols, au contraire, qui retenaient prisonnier le duc de Lorraine, Charles IV, exigeaient que ses États lui lussent rendus. Cependant Lionne finit par l'emporter sur ce point, comme sur la question des conquêtes.

Mais il fut absolument impossible de s'entendre sur la réintégration du prince de Condé dans ses biens et dignités. Don Louis de Haro soutenait que l'honneur de l'Espagne était engagé à faire restituer au prince français tout ce qu'il avait sacrifié pour soutenir la cause de ses alliés. Lionne consentait au rétablissement du prince de Condé dans ses biens. C'était lui assurer six cent mille écus de rente ; mais le mettre en possession de ses gouvernements de Bourgogne et de Berri, lui livrer les places fortes de Stenai, Jamets, Clermont-en-Argonne, Bellegarde, ce serait préparer une nouvelle guerre civile. Comment exiger de Louis XIV qu'il rendît à nn sujet rebelle la dignité de grand maître de France? Sur ce point, chacun des adversaires se refusa à toute concession. Le terme assigné à la mission de Lionne était dépassé depuis longtemps. On était arrivé au 20 juillet, sans pouvoir s'entendre'. Cependant, avant de rompre définitivement, Lionne envoya un

• On voit, par la Maze liixlorujue de Loret (lettre du 11 octobre IGÔlij, que l'on espéra encore, i)onclant plusieurs mois, qu'une Irève serait conclue.

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courrier pour demander à Mazarin des instructions supplémentaires. Peu de jours après, le 31 juillet, on reçut à Madrid la nouvelle de succès éclatants, que les Espagnols venaient de remporter en Flandre, et qui devaient avoir une influence décisive sur la négociation.

Les hostilités y avaient commencé fort tard. Les nouveaux gouverneurs des Pays-Bas espagnols, don Juan d'Autriche et le marquis de Garacène, avaient eu à s'initier aux détails de l'administration des provinces, dont ils venaient d'être chargés. En France, les embarras financiers se renouvelaient, au commencement de chaque campagne. Le parlement manifestait des velléités de résistance à l'altération des monnaies et à la création d'impôts extraordinaires', que l'épuisement du Trésor rendait indispensables^. Faute d'argent, les troupes françaises n'avaient pu se réunir que lentement, et le plan de campagne n'avait été arrêté d'une manière définitive qu'au mois de juin 1656.

La cour était alors à Gompiègne, et l'on avait cru d'abord que Turenne attaquerait Tournai ; mais Gondé avait jeté des troupes dans cette place, et le maréchal, après une conférence avec Mazarin, se

* Ces luttes parlementaires se reproduisaient, chaque année, et prouvent que le silence imposé en 1G55 (voy., tome précédent, p. 255) était loin d'avoir mis un terme aux remontrances.

2 Des tentatives de révolte avaient éclaté, dans plusieurs provinces, à cause des taxes nouvelles. (Lettre de l'ambassadeur vénitien, Giustiniani, en date du 18 avril 1650; Filza 119, f" 30 v».)

20 SIÈGE DE VALENCIEXNES

décida à iiiellru le siège dcvaiil Valenciennes, qui était, à cette époque, une ville considérable des Pays- Bas espagnols. La tranchée fut ouverte dans la nuit du tiO au "21 iuïn. Un des généraux de l'année assiégeante, Bussy-Rabutin, donnait une idée de l'importance et de la difficulté de ce siège, dans une lettre adressée à sa cousine, M"'" de Sévigné ' : « Voici une des plus fortes entreprises que nous ayons faites depuis la guerre. Nous attaquons la plus grande ville des Pays-Bas, où sont les magasins d'Espagne. Il y acpiinze ou seize cents hommes dedans et plus de dix mille habitants portant les armes, qui servent connue des troupes réglées. Nous avons, à la portée du fauconneau, une armée ennemie de vingt mille hommes, qui observent tous nos mouvements et nous tiennent dans une contrainte épouvantable, et cette armée est commandée par trois grands capitaines. » Ces trois capitaines, que Bussy-Rabutin a tort de mettre sur la môme ligne, étaient leprincedeCondé, don Juan d'Autriche et le marquis de Garacène. Le génie mililaiie de Gondé était hors de doute ; don Juan d'Autriche, bâtard de Philippe IV, s'était acquis une certaine réputation militaire, par la sou-

* Mémoires ilc Bussy-Rabutin, étlit. Lahuine, t. II, p. 10. — Les autres mémoires du temps, où l'on trouve tles reiiseignemeiUs sur le siège de Valenciennes, sont les Mémoires de Turcnne, p. 176 et suiv., édit. Michaud et Poujoulat; les Mémoires de Nacaillcs, p. 170 (édit. de 1701), et enfin les Mémoires de Puységur, p. 202 (édit. de 1747). Puységur, qui servait à ce siège comme lieutenant général, donne des détails étendus.

PAU LES FRANÇAIS (.Iui\-Jl'illet 1G5G). 21

mission de Naples, en 1648, et par la prise de Barcelone, en 1652; mais la ville de Naples lui avait été livrée par trahison, et Barcelone ne s'était rendue qu'après un long siège et lorsque la famine l'eut réduite à la dernière extrémité. Quant au marquis de Garacène, les campagnes de 1654 et 1655, dans le duché de Milan, ne l'avaient pas illustré.

Ce qui rendait surtout ce siège périlleux, c'était la vaste étendue de l'enceinte de Valenciennes. L'armée française, divisée en deux camps, que séparait l'Escaut, n'avait pas assez de troupes pour envelopper, dans ses lignes de circonvallation, les hauteurs qui dominaient son camxp '. Les ennemis ne manquèrent pas de s'emparer de ces collines, ce Bs voyaient de ce lieu-là, dit Navailles ^, tous les mouvements de notre camp, sans que nous puissions voir ceux du leur, parce qu'il était sur l'Escaut, derrière cette éminence. » A ces graves inconvénients, il faut ajouter que les ennemis avaient levé les écluses de Bouchain ; que les environs de Valenciennes étaient inondés, et que les communications entre les deux camps de l'armée française devinrent chaque jour plus difficiles.

Pour remédier, autant que possible, aux dangers que couraient les assiégeants, Turenne avait fait protéger leur camp par un double retranchement, garni

* Mémoires de PtiyS'Jgiir, p. 205, 206 et 207. -Mémoires, p. 172, édil. de 1701.

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