PROUVÉE PAR L'ÉTAT DE LA FRANCE
en 1G57 et 1658, par la famine et les inondations. « Les gelées prirent, fin novembre 1657. disent des relations du temps', et durèrent jusqu'à la fin de février suivant. Le dégel, qui vint tout à coup, causa de grands désordres;.... ayant dissous les glaces, il enfla les rivières et fit un débordement des plus grands, dont on ait mémoire. A Troyes, et dans beaucoup d'autres lieux de la Champagne, il y eut de grands malheurs; tous les quais et la plus grande partie des rues étaient inondés, à Chàlons; la perte fut estimée à cent cinquante mille écns. A Reims, la Vesle dépassa ses bords de deux pieds; les moulins furent submergés; l'eau était plus haute que la clé des voûtes des ponts. La Suippes" inonda tous les villages, dont les habitants se sauvèrent, les uns dans les greniers, les autres sur les arbres, où ils restèrent jusqu'à ce qu'au bout de deux ou trois jours on alla à leur secours avec des nacelles. » A Paris, dit Gai Patin (lettre du ^^6 février) : « La Seine est vingt fois plus rapide qu'en 1651. On ne voit passer sur la rivière que bois, paille, paillasse et lits. 11 n'est pas jusqu'à la petite rivière de Bièvre qui n'ait fait rage dans le faubourg Saint-Mai'ceau, où elle a noyé bien du monde et abattu bien des maisons. :ù
Bossuet, qui prêchait, en 1658, dans la cathédrale
* Citées par M. Feillet, la Misère au temps de la Fronde, p. .^08.
* CeUe rivière prend sa source à Somme-Suippes (Marne) et se jelle dans l'Aisne.
ils DESIR GENERAL
de Metz, dont il était un des principaux dignitaires, fait aussi un lamentable tableau de la misère du pays^ « Il y a près de vingt ans, disait-il, en parlant de la ville de Metz, qu'elle porte presque tout le fardeau de la guerre. Sa situation trop importante semble ne lui avoir servi que pour l'exposer en proie à tous ceux qui l'avoisinent, et comme si ce n'était t)as assez de tant de misères, Dieu, cette année, ayant trompé l'espérance de nos moissons, a frappé la terre de stérilité.... La paix, qu'il nous prépare, semble être prête à descendre sur nous. On dirait que Dieu dispose toutes choses à son établissement; arrachons-la lui par la ferveur de nos prières. »
Ainsi, en 1658, la famine s'était jointe à la guerre pour désoler la France et lui faire plus vivement souhaiter la paix. Le même orateur, dont la voix retentissait aussi puissamment dans les églises de Paris que dans la cathédrale de Metz, adressait à la reine, le 13 mars 1659, de nouveaux vœux pour la paix'. « Madame, lui disait-il, les victoires de notre grand roi relèvent l'éclat de votre couronne, et ce qui surpasse toutes les victoires, c'est qu'on ne parle plus par toute la France que de cette ardeur toute chrétienne, avec laquelle Votre Majesté travaille à faire descendre la paix sur la terre. y> La paix ! tel
* C'est d'après les savantes Études sur la vie île Bossuet, par M. Floquel, t. I. p. 505, que je place ce sermon en 1658.
- Panégyrique do saint Joseph. Voy. Études sur la vie de Bossuet, par Al. Floquet, t. II, p. 10-11.
DE LA PAIX, EN 165i». 21!)
était le cri de la France entière. La noblesse de Normandie, de l'Anjou et du Poitou, le poussait comme les sabotiers de la Solocrne '.
Les plus grandes familles, comme celle des Gondé, partageaient, à cet égard, les vœux du peuple. Barlet, qui avait été visiter la duchesse de Longueville à Trie, écrivait à Mazarin, le 6 juillet 1659- : « Je l'ai trouvée amoureuse de la paix. Je dis cela à Votre Éminence parce que cela m'a paru ainsi ; elle la croit un si grand bien pour l'unique chose qui lui est sensible dans ce monde % qu'elle aime la paix sans l'examiner et sans vouloir songer quelle paix ce pourra être pour sa maison. » M"'' de Montpensier dit aussi dans ses Mémoires ', à l'occasion de la fête que Lionne donna à Pimentelli, dans son château de Berny : « Tout le monde était ravi de voir Pimentel, n'y ayant personne qui n'eût une grande joie d'entendre parler de la paix et qui ne la souhaitai. » Il ne faut pas oublier ce vœu unanime de la France, lorsqu'on examine les conditions auxquelles Mazarin donna les mains, dans ses négociations avec Pimentelli. Nous avons vu' que, dans ses lettres à la reine, il reconnaissait que la France, au milieu môme de ses succès, souhaitait la fin de la guerre. La rejeter,
> Voy. ci-dessus, p. 187.
- AfTaires élrangères, France, t. 907, f" I5G. 3 Bartet désigne, à mon avis, par ces paroles, la grandeur de la maison de Condé.
* Tome III, p. 373, édit. Cliarpenlicr.
* Voy. ci-dessus, p. 186.