OPINION DES CONTEMI'OHAINS
Ces liiUes intimes l'iiiTiil, en ellet, enveloppées fl'nn inyslère, qui rend encore aiijourcDiui lorl dilïicile de se prononcer sans hésitation. Le courtisan, si attentif aux paroles et aux moindres gestes des maîtres, était réduit à deviner ces scènes', qui n'avaient pour témoins que le roi, la reine et le cardinal, accouluinés depuis longtemps à dissinuiler leurs impressions et à garder les secrets d'État. M"'" de la Fayette, dont le récit paraît impartial, déclare, comme nous l'avons vu-, que Mazarin, qui aurait pu se laisser tenter par le désir de voir sa nièce monter sur le trône, saciifia cette ambition à l'intérêt de l'État. L'abbé Arnauld lient le même langage. Fils d'Arnauldd'Andilly, frère du marquis de Pomponne, conr^eiller d'État, ami de M""" de Sévigné^, et bien instruit des cabales de cour, sans y avoir un intérêt direct, il mérite d'être écouté comme un témoin imp;irlial. « Le monde a été persuadé, dit-il ', qu'il
* Cela est tellomeiit vrai que Fabbé de Choisy dit, dans ses Mémoires, qu'il a eiUeiiilu plusieurs fois deux des principaux personnages de la cour, le maréchal de Vilieroi et Henri de iJeriuglien, ]>reniier écuyer, agiter cette question : « Savoir si le cardinal agissoit de bonne foi, et s'il ne s'opposoit au torrent que pour en augmenter la violence. » {Mémoires de l'abbé de Choisi/, p. 5Ci'J, de l'édilion Micliaud el Poujoulat.) Si le maréchal de Vilieroi, ancien gouverneur de Louis XIV, et le premier écuyer, Henri de lieringhen, un des courtisans les plus accrédités, ignoraient ce qui s'était passé dans cette crise, il faut admettre que la reine et Mazarin avaient eu soin de bien dissimuler leur rôle.
- Ci-dessus, p. S^O, note :2.
■^ Mémoires de l'abbé ArnuiiUl, p. 510, de rédilion .Michaud et roujoulai.
* Ibidem.
SI n I.A rONDUlTR MR MAZARIN. 22^
(Mazarin) avait eu entre les mains la plus haute fortune où un particulier osât prétendre en devenant l'onele du roi, et connue il faut juger des choses en bonne part, on peut croire qu'il n'a pas voulu imprimer cette tache à la vie toute belle de Sa ^Iajes((\ ni abuser pour ses intérêts d'une passion aveugle et d'un âge où la raison n'est pas encore assez forte l)f>ui' la combattre, ni s'attirer un reproche éternel d'avoir mal usé du pouvoir que lui doniuiit sur ce jeune prince le soin de son éducatioii, qui lui avail été confiée. »
L'évêque de Valence, Daniel de Cosnac , premier aumônier du frère du roi, déclare formellement', en parlant de Mazarin, que « l'on doit lui rendre cette justice que, dans une occasion infiniment plus glorieuse pour lui (lors(pi'il s'agissait du mariage de sa nièce avec le roi), il préféra l'honneur de son maître à ses intérêts et à ceu\ de sa famille ». J^'ambassadeur vénitien à la cour de France, François Giustiniani, se borne à dire que, lorsqu'on sut que le cardinal éloignait ses nièces de la cour, chacun loua sa prudence"-.
Ruvigny, dans une dépêche d'octobre 1G60, datée de Londres ', exprime avec plus de vivacité ro|)inion
' Mémoires, éJit. du la Société de rilistoire de France, t. Il p. -2:,.
- I.i'llre (lu 1"^ jiiillel IGo'J : « \)c\\-à délia riisolulioiic loJa o.i,Mii uiio la prujenza del cardinale. » (Hibl. ual.; Fiiza 122, f" 8 5.)
■• Il sera question de la mission de Ruvi^riy en An.q-Jeterro (1f)f30), au chapitre in do ce livre VI.