‹ Les Français d'aujoud'huiChapitre 98 sur 229 · LOUIS XIV VEUT ÉPOUSER · texte numérisé non relu

LOUIS XIV VEUT ÉPOUSER

Il faut d'abord se rendre bien compte des opinions diverses des contemporains. Entre tous les écrivains du temps, M""" de la Fayette me paraît avoir le plus exactement exposé les relations de Mazarin avec sa nièce, Marie Mancini. Si le cardinal ne s'opposa pas d'abord à la passion du roi, M™" de la Fayette en indique le motif : « Il crut qu'elle (la passion du roi pour sa nièce) ne })0uvait être que conforme à ses intérêts. Gomme il vil, dans la suite, que sa nièce ne lui rendait aucun compte de ses conversations avec le roi, et qu'elle prenait sur son esprit tout le crédit qui lui était possible, il commença à craindre qu'elle n'y en prît trop etvoulut apporter quelque diminution à cet attachement. Il vit bientôt qu'il s'en était avisé trop tard; le roi était entièrement abandonné à sa passion, et l'opposition qu'il (Mazarin) fit paraître ne servit qu'à aigrir contre lui l'esprit de sa nièce, et à la porter à lui rendre toutes sortes de mauvais offices. Elle n'en rendit pas moins à la reine dans l'esprit du roi, soit en lui décriant sa conduite pendant la régence, ou en lui apprenant tout ce que la médisance avait inventé contre elle. Enfin, elle éloignait si bien de l'esprit du roi tous ceux qui pouvaient

M. de Chantelauze sur le cardinal de Rotz; mais il m'est impossible d'accepter son opinion sur le rôle de Mazarin dans celte affaire.

* Histoire de Madame Henriette d'Angleterre, édit. Michaud el Poujoulat, p. 178. M"" de La Fayette ne dit pas que Mazarin eut la pensée de faire épouser sa nièce au roi. Elle se borne à dire : « Il se voulut faire un mérite envers la reine et envers l'État d'une chose qu'il croyait contraire à ses propres intérêts. »

MARIE MANCIM (Juin 1659). 227

lui nuire cl s'en rendit maîtresse si absolue que, pendant le temps que l'on commençait à traiter la paix et le mariage (de l'Infante avec le roi), il demanda au cardinal la permission de l'épouser (d'épouser Marie Mancini), et témoigna par toutes ses actions qu'il le souhaitait. »

Ce fut seulement au mois de juin que Louis XIV déclara hautement son désir. Cette date résulte d'une lettre de Bartet', rendant compte au cardinal de l'état de la cour, le 13 juillet 1659. « Je la trouve, dit-il, presque en toutes choses, comme elle était il y a deux mois. Je prends le temps d'un peu haut pour ne pas tomber dans des scènes", qui dépérissent et se dissipent (dont le souvenir s'efi'ace). » Deux mois auparavant, en mai J659, la cour était encore paisible ; la lutte pour détourner le roi de son projet de mariage ne commença qu'en juin; elle fut pénible. « Même l'on disait, comme le raconte M"*" de Montpensier \ qu'il s'était mis à genoux devant la reine et M. le cardinal pour leur demander d'épouser M"*" de Mancini. » Anne d'Aurtiche et Mazarin restèrent inflexibles. M"^ de Montpensier déclare prudemment que, comme elle pe sait sur cela que les bruits du monde, elle n'en dira pas davantage.

* Affaires étrangères, France, t. 907, ^ 199 v°; autographe. - C'est-à-dire pour ne pas prendre la cour à l'époque où elle était troublée par des scènes, dont le souvenir s'efface. ^ Mémoires, t. III, p. 377.

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