‹ Les Français du Canada [microforme]Chapitre 1 sur 7 · CRE TS · texte numérisé non relu

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est-il qu'en France un grand nombre de personnes, entrevoyant le Canada à travers les brouillards de l'Océan, s’en font une idée incomplète ou même erronée.

Cette lacune dans l’ensemble de nos connaissances courantes s'explique aisément. Pendant de longues années, les Anglais, jaloux d'établir leur domination sur des bases inébranlables, soumirent notre ancienne colonie au régime de l'isolement et interceptèrent toute communication entre l'ancienne et la nouvelle France. Pleinement rassurée aujourd’hui sur les intentions de notre pays à l'égard du Canada, la Grande-Bretagne laisse, depuis un temps déjà appréciable, toute latitude aux Français de l'Ancien et du Nouveau Monde pour renouer des relations de famille.

Néanmoins, ces relations n’ont sérieusement repris qu'à une date récente, tant les deux pays étaient déshabituës de tout contact.

Actuellement, les rapports entre eux se développent rapidement et deviennent, de jour en jour, plus fréquents, plus intimes.

Les Canadiens traversent volontiers l’Atlantique pour visiter la mêre-patrie et suivre les cours de nos universités.

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Nos livres, nos journaux, pénètrent sans entrave dans l'Amérique anglaise, où le publie les lit avec avidité.

D'autre part, les touristes et les négociants français, qui s'embarquent chaque année pour le Canada, deviennent progressivement plus nombreux.

Peu à peu, les liens qui unissaient un certain nombre de Canadiens et de Français à titre purement privé, ont amené des rapports collectifs entre des groupes d'individus, puis enfin des relations officieuses entre les deux peuples.

En 1885, la presse parisienne envoyait au Canada une délégation qui fut reçue dans tout le pays avec un enthousiasme indescriptible.

En 1890, feu Mgr Labelle, alors ministre de l’agriculture üe la province de Québec, c'est-àdire du Canada français, venait faire parmi nous un assez long séjour pour étudier nos perfectionnements agricoles et chercher à détourner vers son pays le mouvement d’émigration, qui emporte, sans profit pour la grande famille gauloise, nos concitoyens vers l’Amérique du Sud.

Enfin, en 1891, M. le comte Mercier, premier ministre de cette même province de Québec,

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venait en France dans le but de hâter le développement des rapports commerciaux et financiers entre son pays et le nôtre.

Accordant à sa patrie d’origine la préférence sur l'Angleterre, il a conclu, au nom de sa province, avec nos principegg établissements de banque, un emprunt de dnillions.

On se rappelle peut-être que, le 16 avril dernier, l'Alliance française, cette patriotique association, organisée sous la présidence de M. Jules Simon, l'illustre philanthrope, pour l'extension de notre langue à l'étranger, offrait à M. Mercier un grand banquet qui donnait lieu aux manifestations les plus touchantes.

Partout en France, le premier ministre de la rovince de Québec à reçu laccueil le plus Datied et le plus chaleureux.

En Normandie notamment, pays d'origine de M. Mercier, les autorités civiles et religieuses se sont portées officiellement à sa rencontre, les citoyens les plus notables ont organisé des banquets en son honseur, et la population l’a vivement acclamé.

On le voit, Canadiens et Francais ne négligent aucune occasion de fraterniser et de regagner le temps perdu en reliant le présent au passé.

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Néanmoins, on comprend quelles divergences de mœurs et d'opinions une cessation presque absolue de tout rapport pendant plus d'un siècle a dû faire naître entre eux.

Depuis 1763, époque de la séparation, la France et le Canada ont poursuivi, dans le développement de leur activité nationale, une marche parallèle, mais différente.

La France a fait la grande Révolution qui l’a lancée sur une pente nouvelle en matière polilitique et religieuse.

L'existence de la mère-patrie a été douloureusement agitée. Depuis le jour où elle a perdu l'Amérique septentrionale, elle a encore pleuré deux filles bien aimées, l'Alsace et la Lorraine.

Au contraire, le Canada s’est borné à effectuer des réformes progressives dans son état social, a vécu en paix, s'est developpé tranquillement à l'ombre du drapeau britannique.

Il en est résulté, entre les citoyens des deux pays, des divergences d'opinion, de caractère et de mœurs, assez sensibles.

Les uns sont restés des Français de l’ancien temps, les autres sont devenus les champions des idées écloses en 1789.

Il n’est pas de travail plus attachant que

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l'étude de cette autre France, dont les habitants ont conservé à un si -haut degré le culte de l'ancienne mère-patrie et arborent, dans les fètes nationales, le drapeau tricolore à côtf de l’étendard anglais.

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