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LE PAYS ET SES RESSOURCES

« La France ne perd que quelques arpents de neige », répétaient volontiers, en 1763, les courtisans du souverain néfaste qui livrait à la vengeance de l'ennemi l'héroïque colonie qu’il n'avait pas su défendre.

Les malheureux ne voyaient pas que nous étions dépouillés d’un empire !

Indiquons rapidement la nature et les ressources du pays qui fut un des plus beaux fleurons de la couronne des Bourbons.

Le Canada français, où notre race constitue les neuf dixièmes de la population, porte aujourd’hui le nom de Bas-Canada, par opposition avec la partie de l'Amérique britannique où domine l'élément anglais et qu'on désigne par l'appellation de Haut-Canada.

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Le Canada francais, situé au nord-est du Continent, forme le bassin du Saint-Laurent.

Ce pays, aussi grand à lui seul que la France entière, compose la province de Québec. l'une des plus importantes de celles dont l’ensemble forme actuellement la confédération Canadienne.

Le climat est rude. Aux hivers longs et rigoureux succèdent, presque sans transition, des étés pendant lesquels la chaleur devient souvent accablante.

Néanmoins le pays est renommé par sa salubrité et sa fertilité.

Nulle part la vie humaine n'est plus longue que dans notre ancienne colonie.

Une récente statistique constatait dans la confédération l'existence de 104 centenaires, 1,089 nonagénaires, 9,123 octogénaires, chiffres énormes pour une population qui, dans Fensemble total du pays, n'atteint pas cinq miilions d'habitants.

Dans cette statistique, la province de Québec figurait au premier rang pour le calcul de la longévité.

Nulle part le sol n'est plus fertile qu’au Canada t'ançais. La végétation s'y montre vi-

id

goureuse et rapide. Les céréales y réussissent merveilleusement. Tous nos arbres fruitiers prospèrent dans notre ancienne colonie où l’on Fécolte mème du vin.

Aussi l’agriculture est-elle la principale ressource des habitants de la province de Québec, dont les exploitations rurales rappellent nos fermes de Normandie et de Bretagne, pays d'origine de la plupart des Canadiens français.

La nature présente d’ailleurs des facilités exceptionnelles pour l'appropriation du sol à des cultures variées, la transforme’ion rapide des matières premières en produits industriels, et le transport des marchandises dans les centres populeux.

Les nombreux cours d'eau qui sillonnent le pays, sont utilisés pour l'irrigation des terres et l'établissement de moulins qui servent à la mouture des céréales.

Le transbordement des marchandises s’effectue avec facilité, non seulement par les routes et les chemins de fer, mais encore par les affluents du Saint-Laurent.

Les rivières font aussi mouvoir des scieries hydrauliques considérables, où l’on façonne les troncs énorines d'arbres séculaires,

En effet, d'immenses forèts, encore inexploitées, principalement composées de cèdres, de sapins, d'érableset de chènes, occupent l'espace non utilisé pour la culture.

On y exploite des bois d’une qualité incomparable, très recherchés pour la construction des navires et des maisons, la fabrication d’instruments de toute nature et la confection du papier.

Tous uos animaux domesti jues se retrouvent au Canada français, et le gibier abonde dans ses forèts. Le lynx, le cerf, le moufflon, l'ours, la marte, le castor, sont les animaux sauvages que l’on y rencontre le plus communément.

Aussi la chasse est-elle particulièrement fructueuse dans la province de Québec.

L'énorme quantité d’admirables fourrures, annuellement centralisées sur le marché de Montréal, donne lieu à un trafic d'exportation très lucratif pour les trappeurs.

La pêche fluviale est également fort en honneur au Canada français et rapporte de beaux bénéfices à ceux qui s’y livrént.

Gens avisés et pratiques, les Canadiens ne se contentent pas des richesses naturelles dont leurs cours d’eau sont abondamment pourvus;

ils cherchent encore à se créer des réserves inépuisables par le développement artificiel du poisson indigène et l’acclimatation des espèces étrangères à l'Amérique du Nord.

Ils ont fondé à cet effet un certain nombre d'établissements de pisciculture, généralement aménagés d’après la méthode préconisée par un français de France, M. Chauvassaignes, conseiller général du Puy-de-Dôme. Ses appareils perfectionniés font l’admiration des nombreux savants qui visitent, chaque année, le magnifique domaine de Theix, près Clermont- Ferrand.

On peut dire d'une façon générale, que le commerce du Canada français consiste principalement dans le trafic des grains et farines, l'élevage des animaux domestiques, la vente de la laine, l’exportation des, fourrures et l’utilisation des essences forestières.

L'avenir commercial du pays est assuré par le fait seul, qu’il est arrosé par le Saint-Laurent, un des plus beaux fleuves de l'univers.

Les plus gros navires de guerre et de commerce remontent son cours, et ses eaux sont sillonnées par des centaines de vapeurs, notamment par les remarquables bateaux de transport de la Compagnie Richelieu.

Les eaux du fleuve sont parsemées d'îles magnifiques, et ses bords présentent le plus riant aspect

Les principales villes du Canada français sont, commeonlesait Québec, chef-lieudela province, et Montréal, son principal centre commercial.

Québec s’étage sur un BE Pa As domine le Saint-Laurent. Cette ville de 680,000 habitants, présente assez exactement l'aspect que devaient offrir, d'après les chroniques et les vignettes du XVII° siècle, les capitales de nos provinces à cette époque.

Ses rues escarpées, les enseignes de ses magasins, l'apparence de ses édifices, la bonhomie : familière des passants, rappellent, à sv méprendre, le bon vieux temps.

Tranquille et peu commercant, le chef-lieu du Bas-Canada constitue, en revanche, un centre intellectuel et universitaire de premier ordre. On peut dire qu’il est la tête du pays dont Montréal serait le cœur.

Cette dernière ville, qui contient 268,000 habitants, est la grande métropole commerciale de la région et rivalise avec New-York par.

l'importance de son trafic.

Malgré tous leurs efforts, les Anglais n'ont pu

supplanter à Montréal la race française, qui, d'après le recensement du mois d'août 1891, prédomine sur l'élément britannique dans la proportion des deux tiers. Or, en 1851, il n'y avait dans cette ville que 26,000 français sur une population de 57,000 babitants.

Quand on y pénètre, on croit entrer dans quelque cité nouvelle des Etats-Unis. Les rues ie vastes, coupées à angle droit, surplom-

ées d'innombrables réseaux de fils télégraphiques et téléphoniques.

Pour se faire une idée de l'importance des affaires qui se traitent à Montréal, il suflit de rappeler que sa banque est la troisième de l'univers après celles de Paris et de Londres.

Un des derniers gouverneurs du Canada, lord Dufferin, qui n’aimait pas le tohu-bohu et l'agitation de Montréal, disait, en parlant de New-York, que c'était la ville de Montréal en

is. Il rendait ainsi indirectement hommage à a prépondérance industrielle de la métropole française dans l'Amérique septentrionale.

Voilà le pays que Louis XV abandonna aux Anglais d’un cœur léger, pour me servir d'une formule parfaitement applicable dans la circonstance, et devenue tristement célèbre depuis nos malheurs de 1870.

— 15 — | Les quedues arpents de neige, dont les courtisans du Roi de Franc: considéraient la perte

comme un accident sans importance, ne manquaient pas d'avenir.

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