MADAME DE MAINTENON
l'éducation des femmes 447
Qu'on ne s'y trompe pas, ce que je blûme, ce n'est point cet appel constant à la pii'té, à la sagesse d'esprit, à la modération du savoir; non, non, tout cela est précieux, nécessaire, c'est le fond de l'éducation des fem mes. Mais ne peut-on pas dire qu'il y a iiuelque chose d'étroit et de préjudiciable à l'intelligence dans cette prévention contre les éludes prolanes ? Ce serait taire le plus grand tort à la religion, à la piété, de prétendre qu'elles ne sont compatibles qu'avec l'ignorance. Toute l'histoire de l'Église el de la France se lèverait contre une telle erreur.
Après cela, madame de Mainlenon est admirable dans les soins de mère et de gouvernante qu'elle prodigue à ces petites filles. Dans ces deruières années elle va tous les jours à Saint- Cyr. Sa prévoyance porte sur tout. Elle rt double ses conseils sur la nécessité d'être modeste; la timidité, une sorte d'embarras et même de gaucherie dans ces jeunes filles, ne lui déplairaient pas. Elle aime à les voir ne point se presser de répondre, ou bien le faire par un oui, par un non. Elle abonde en petites anecdotes pour les instruire, pour les rendre précautionnées, attentives dans louées leurs démarches, polies avec les valets; enfin, elle leur inspire ces principes de vigilance sur elle-même, cet empire sur leur esprit, qui a fait d'elle, la veuve de Scarron, la femme du roi de France. Elle apprend aux enfants à coudre, à tenir leur ouvrage, à conduire leur aiguille. Elle les fait jouer aux petits jeux d'esprit, aux proverbes; elle leur donne l'explication grammaticale de certains mois; elle leur fait elle-même des modèles de lettres, pour un père, pour un oncle, pour une bienfaitrice.
Au milieu de ces petits soins, elle n'oublie pas le roi. Dieu et Louis, tout est là. Nos armes remportent une victoire, elle demande aux jeunes pensionnaires pourquoi elles en sont bien aises. Chacune répond à sa guise, mais il n'y en a qu'une qui, plus avisée que les autres, trouve la vraie réponse que
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madame de Maintenon voulait: « Parce que cela fera bien plaisir au roi. » Elle la comble d'éloges, cette jeune Mlle. Le roi! devant lui, il n'est plus question de la France, de ses avantages, de sa sécurité, de sa gloire. Le roi, ce mot dit tout, parce que, sans doute, Louis XIV n'a rien de plus cher que les avantages, la sécurité et la gloire de la France.
Quoique timide à l'excès, madame de Maintenon a du bon sens, et souvent, chez elle, il impose silence à des scrupules auxquels on pourrait la croire plus sensible qu'elle n'est. Une jeune fille ayant rougi de ce que son père, au parloir, avait prononcé le mot de culotte, elle blâme cette pudeur insensée dans une entant. Une autre s'arrête un jour en récitant les sept sacrements de l'Église, elle se met à rire d'une manière embarrassée, elle n'ose nommer le mariage. Madame de Maintenon l'en blâme en ces termes si raisonnables : «Quoi! un sacrement institué par Jésus-Christ, qu'il a honoré de sa présence, dont les apôtres détaillent les obligations, et qu'il faut apprendre à vos filles, ne pourra pas être nommé! Voilà ce qui tourne en ridicule l'éducation des couvents ! 11 y a bien plus d'immodestie à toutes ces façons-là, qu'il n'y en a à parler de ce qui est innocent, et dont tous les livres de piété sont remplis. Quand elles auront passé par le mariage, elles verront qu'il n'y a pas de quoi rire. Il faut les accoutumer à en parler très sérieusement et même tristement, car je crois que c'est l'état où l'on éprouve le plus de tribulations, même dans les meilleurs ! »
Voilà de tristes paroles qui se sentent de la dure expérience que madame de Maintenon avait faite de la vie. Femme d'abord d'un cul-de-jatte, du pauvre Scarron, elle avait trouvé auprès de lui plus de plaisir et d'agrément qu'auprès du grand roi, dont l'égoïsme l'accablait sous les incommodités d'une étiquette rigoureuse.
Il serait intéressant, dit Théophile de Lavallée, de suivre
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dans les pelilvs villes, daiisles provinces eLduus les caiiipaj^iies, ces jeunes lilles borlies de Saiiit-Cyr. lilles durent assuréiaenl y faire do bonnes mères de famille, fort attentives aux soins du ménage; mais je doute qu'elles aient beaucoup attiré les yeux par leur esprit, leurs lumières et leurs agréments. Ciittc seconde volée de Saint-Cyr, comme dit Sainte-Beuve, lut moins brillante que la première dont la gloire fut madame de Caylus, cette autre nièce de madame de Waintenon, en qui se trouvèrent unies, avec le bon sens de sa tante, la grâce et l'urbanité du \vn'' siècle linissant.