Acte I*"", scène m
LES (î HA NUS 31
VOUS ai dérobée à la cIcMiire d'un couvent, que vous avez rompu des vœux (jui vous euj^'ageaient autre part, et (lue le ciel est fort jaloux de ces sortes de choses. Le repentir m'a pris et j'ai craint le courroux célesle. J'ai cru (|ue notre mariage n'était qu'un adullt're déguisé, qu'il nous attirerait (luelque disgrâce d'en haut, et qu'enfin je devais tâcher de vous oublier, et vous donner moyen de retourner à vos premières chaînes. Voudriozvous, Madame, vous opposer à une si saime pensée et que j'allasse, en vous retenant, me mettre le ciel sur les bras *? » '( Ah! scélérat, s'écrie Doua El vire, c'est maintenant que je te coimais tout entier ». Nous en pouvons bien direautant. Molière n'a point laissé d'ombre dans son œuvre. Le portrait est éclairé de la plus vive lumière, rien ne peut désormais nous surprendre. Que Don Juan poursuivi par la vengeance des hommes se jette dans les grimaces de l'hypocrisie, c'est fort naturel. Un athée peut sans peine prendre le masque de la piété; il ne craint pas d'irriter Dieu, puisqu'il le nie dans son âme. Mais voyons à fond la pensée de Molière. Après Tartufe, après les grandes cabales qui l'avaient traversé, c'était bien de la hardiesse que d'oser s'exprimer sur ce vice comme il l'a fait. Il le fallait pourtant atin d'achever le portrait des gentilshommes et des grands. « L'hypocrisie, dit Don Juan, est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus... Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement; mais l'hypocrisie est un vice privilégié qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde et jouit en repos d'une impunité souveraine. On lie, à force de grimaces, une société étroite avec tous les gens du parti. Qui en choque un, se les attire tous sur les bras... Combi-n crois-tu (}uej'en connaisse qui, par ce stratagème, ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, qui se font un