Acte I", scène i
30 LES FRANÇAIS DU XVIlC SIÈCLE
propos ne sauraient couvrir l'iiorreur de son égoïsme pervers. Qu'importent à Don Juan les souffrances qu'il va causer à ses victimes en rompant les nœuds qu'il n'a formés qu'avec l'aide du mensonge; il ne compte pour rien les promesses et les serments. Il se soucie bien des larmes et des regrets! Il n'a voulu que jouir des a charmes inexplicables » des inclinations naissantes : tout le plaisir de l'amour n'est-il pas dans le changement? Il n'est pas en peine de se dégager. Il aura mille défaites, mille ruses pour sortir d'embarras. C'est un art que l'on apprend dans les cours et que chacun perfectipnne suivant son génie.
Don Juan l'a porté très loin. En effet, lorsque Dona Elvire le croit interdit et confus devant elle, elle s'écrie : « Ah! que vous savez mal vous défendre pour un homme de cour, et qui doit être accoutumé à ces sortes de choses ! J'ai pitié de vous voir la confusion que vous avez. Que ne vous armez-vous le front d'une noble effronterie? Que ne me jurez-vous que vous êtes toujours dans les mêmes sentiments pour moi ^ ? » Et la pauvre femme, qui se croit bien habile et s'imagine connaître le cœur de son infidèle, lui suggère toutes les excuses banales d'un menteur novice. Mais Don Juan dédaigne ces vulgaires moyens. Son art est plus consommé, ses détours plus subtils; il se mêle à sa tromperie une sorte d'impiété audacieuse. Du même propos, il offense Dona Elvire, et il outrage le ciel. C'est un mélaiJge d'insolence e,t de brutalité. Il ose dire qu'il n'a point le talent de dissimuler, et qu'il porte un cœur sincère. 11 n'essaye pas de lui faire croire qu'il est toujours dans les mêmes sentiments poureile, mais un purmolif de conscience l'empêche de croire qu'il puisse davantage vivre avec elle sans péché. Il lui est venu des scrupules; il a ouvert les yeux de l'âme sur ce qu'il faisait. «J'ai fait réflexion que, pour vous épouser, je