Mémoires du duc de Saint-Simorij t. VI, p
Le cardinal de Retz était, de son aveu, l'âme peut-être la moins ecclésiastique qui fût dans l'univers, il raconte comment, chanoine de Notre-Dame de Paris à treize ans, il voulut, à force de duels et de scandales, marquer son éloignement pour l'Église. Une première rencontre avec Bassompierre le laissa là avec sa soutane et un duel; une sjconde avec le comte d'Harcouit n'eut pas un meilleur succès, et « je demeurai encore là, dit-il, avec ma soutane et deux duels ». Sa famille avait décidé qu'il serait d'Église: il en fut. Rien de plus juste que la réflexion qu'il ajoute sur la nature de l'esprit humain : « Je ne crois pas qu'il y eût au monde un meilleur cœur que celui de mon père, et je puis dire que sa trempe était celle de la vertu. Cependant, ces duels ne l'empêchèrent pasde faiietous ses etîorls pour attacher à l'Église l'âme peut-être la moins ecclésiastique qui fût dans l'univers : Sa prédilection pour son aine et la vue de l'archevêché de Paris, qui était dans sa maison, produisirent cet effet. 11 ne le crut pas et ne le sentit pas luimême : je jurerais même qu'il eût lui-même juré dans le plus intérieur de son cœur qu'il n'avait en cela d'autre mouvement que celui qui lui était inspiré par l'appréhension des périls auxquels la profession contraire exposerait aïoa âme. »
Je suis loin de prétendre que tous les hommes d'Église n'eussent obéi qu'à des parents intéressés et à des vues ambitieuses. 11 y avait dans les dignités ecclésiastiques les plus hautes, comme dans les emplois les moins en lumière, des âmes saintes que la crainte d'errer dans les voies du monde et de manquer celle du salut avait portées vers le sanctuaire. Elles y avaient été menéos soit par un conseil divin et caché de la Providence, soit par un charme secret qui incline doucement la volonté, soit par quelque soudain éclat de repentir, par la nécessité de se réconcilier hautement avec le ciel. Il n'en est pas moins vrai que beaucoup d'autres, même entre ceux dont les vertus édifièrent plus tard le siècle, n'eurent au début