‹ Les français du XVII siècleChapitre 32 sur 125 · Voir Voltaire, Essais sur les mœurs,- Sixte-Quint · texte numérisé non relu

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ville. Le coiiUe de Dunois, le premier de ses fils, élait né sans esprit. II semblait indigne de sa famille. Assez raisonnable pour sentir son incapacité, il s'était couvert de l'habit des jésuites. Le second, le comte de Sainl-Pol. celui, dit Sainte-Beuve, qui passait pour le fruit de l'amour, se trouvait par celte décision mis en avant. C'était i^i lui que revenait tout le glorieux hérilagedesa famille. Ses heureuses qualités paraissaient devoir ea faire un homme « accompli selon le monde ». Les préférences de madanKi de Longueville étaient ainsi secrètement tlatlées par cet arrangement. « Elle se faisait pourtant scrupule, dit l'historien de Porl-Koyal, de violenter Taîné, de le contraindre i\ une vie ecclésiastique qu'il n'embrassait que par incapacité de hgurer à la guerre où h la cour, et qui n'était pas une vocation. La famille, au contraire, le prince de Condé notamment, pesait de toute son autorité pour annuler le pauvre aîné et pour lui interdire, par intimidation, l'entrée de ce monde où il leur aurait fait peu d'honneur ^ ».

Un fils qui disparaissait du monde en acceptant dans l'Église une part de l'héritage du Seigneur, c'était pour .beaucoup de parents une heureuse circonstance. L'ambition, la vanité, les préférences secrètes du cœur, les arrangements d'intérêt, y trouvaient une combinaison parfois imprévue, le plus souvent ardemment souhaitée et obtenue par les plus vives instances. En voici un exemple; l'histoire est tout au long d;ms les Mémoires de Saint-Simon. Le duc de La Rocheguyon, de la famille de La Rochefoucauld, avait eu huit garçons, il lui en mourut cinq. Des trois qui restaient, l'aîné avait vingt-cinq ans et plus de soixante mille livres de rente en bénéfices : il était d'Église et portait le litre d'abbé. Le comte de Diirtal et le commandeur étaient les deux autres. Cela se trouvait fort mal arrangé. Pour bien faire, il eût fallu que Durlal ^ùt été

\ . Port-Royal, t V.

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l'aîné, c'est ce que voulurent les père et mère. L'abbé n'avait jamais voulu ouïr d'entrer dans les ordres. Tant qu'il avait eu des aînés, c'avait élé son affaire; mais, l'étant devenu, cela devint l'affaire de ses parents. Ils le pressèrent de s'engager, ils lui détachèrent dévots, docteurs, prélats; on ne put le déprendre de l'expectative sûre des dignités et des biens qui alors le regardaient uniquement. Il en voulait jouir quand ils viendraient à lui échoir. Il n'avait eu de vocation k l'état qu'on lui avait fait embrasser que celle des cadets de cette maison. Cette résistance d'un aîné touchait plus vivement encore les chefs d'une famille tourmentée du « ver rongeur de princerie ». Il rendait impossible ce dessein, cher aux La Rochefoucauld, d'arriver à un rang qu'ils avaient vu donner avec de cuisantes douleurs d'amour-propre à MM. de Bouillon, qu'ils croyaient bien valoir. La faveur du roi les mettait en passe d'y parvenir; un aîné, un abbé, refusait d'entrer dans les ordres et de renoncera son aînesse. A bout d'espérance de ce côtélà, ils prirent une autre route. Ils lui proposèrent de quitter le petit collet, puisque c'était un état qu'il ne voulait pas suivre. Mais à ce petit collet tenaient soixante mille livres de rente. « La douceur, l'onction, la tendresse, n'étaient pas le faible de ses parents. L'extrênîe épargne l'était davantage. Il ne crut pas devoir se mettre à leur merci en quittant ses bénéfices. Il tergiversa, il essuya prières, menaces, conseils, il déclara qu'il demeurerait abbé et aîné, qu'il était trop jeune pour n'avoir point d'état, et trop vieux pour se faire mousquetaire, puis capitaine en attendant un régiment. On en vint aux gros mots; on lui détacha toutes les personnes qu'on crut qui lui feraient plus d'impression. Il écouta, il subit tout avec patience, avec respect, sans plainte. La famille rugissant eut recours au roi. Le vieux da La Rochefoucauld, qui était aveugle et retiré au Chenil, se fit mener au cabinet de Louis XIV. lilui raconta avec la véhémence qui lui était ordinaire l'état déplo-

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rablii où sa familie allait être n'-duitc [>ar 1 o[)iiii;\lrel(5 de son polil-lils qui voulait « manger à deux rAleliers ». 11 pleura, il se désespéra, il dit qu'il était Lien misérable de survivre à la perle de sa maison. Marier des cadets et les voir sans rang vis-i-vis ceux des Bouillon, c'était la cause vérilable de tant de vacarme. Ses cris, ses pleurs, y ses furies », étourdirent et apitoyèrent le roi. Il permit au duc de La Roclieguyon de céder son duclié à M. de Durtal son second fils, et de faire de ce cadet tige nouvelle de ducs de La Rocheguyon . Celait dépouiller l'aîné; celui-ci, qui se voyait si étrangement frustré, espérait bien y revenir en d'autres temps. M. de La Rochefoucauld se fit encore conduire dans le cabinet du roi, il y recommença ses plaintes et ses douleurs, et obtint que le roi parlerait à son petit-lils. L'abbé parut devant le prince, il s'attendait à le trouver irrité; il n'en fut rien. Louis XIV lui parla avec bonté; l'abbé répondit avec sagesse et raisoji : il désarma le roi. Tout tenait au revenu. Les parents voulaient demeurer maîtres de leur bourse et l'abbé de ses bénéfices pour n'être pas à leur discrétion. Ils imaginèrent alors un bref du pape qui permît à l'abbé d'aller à la guerre en conservant ses bénéfices. Ils le lui proposèrent; il n'osa pas y résister, parce que toute la difîicullé sur laquelle il s'était tenu jusqu'alors était, par là, levée. Rome n'y mit aucun obstacle. Le pauvre abbé de La Rochefoucauld prit donc l'épée. 11 partit pour la guerre de Hongrie. La petite vérole le saisit en 1717, à trente ans, au moaient où il arrivait à Bude, et ce fléau délivra de lui son père et son frère, duc à ses dépens. L'histoire est un peu longue, mais elle est instructive. Saint-Simon ajoute que ce qui est arrivé depuis dans cette famille n'a pas donné lieu de croire que Dieu ait béni ces arrangements : ce n'est pas là notre affaire ^

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