Mémoires du duc de Saînt-Smon, t. VU, p
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audacieuse, parlant haut et toujours avec autorité, polie pourtant et sachant vivre. C'était, au dedans, la femme du monde la plus impérieuse, qui gourmandait le cardinal qui n'osait souffler mot devant elle, qui en était gouverné et mené à la baguette, qui n'avait pas chez lui la disposition de la moindre chose, et qui, avec cette dépendance, ne pouvait s'en passer. '( Prodigue en toutes sortes de dépenses, elle ne portait que le linge le plus fin, elle se couvrait de dentelles qui ne se blanchissaient qu'en Holland^\ Un jeu effréné dévorait toutes ses nuits: elle y passait quelquefois le tour du cadran ; tant enlin, qu'elle vint à bout d'incommoder le cardinal. 11 lui fallut congédier la plus grande pariie de sa maison et aller épargner six h sept mois de l'année à la campagne^ ».
Tels étaient les pernicieux elfets des richssses sur les âmes mondaines que l'ambition plus que la piété avait conduites dans les voies de l'Église. Je n'ai pas dû cacher ces tableaux; ils appartiennent à l'histoire. Ils sont en contraste avec d'autres plus honorables et plus édifiants. Mais ceux-ci ont été assez montrés. On les a mis dans leur beau jour, tandis que l'intention des apologistes de l'Église était de laisser sous le voile ceux qu'on nous trouvera peut-être hardi de découvrir. Mon but n'est point de porter atteinte à la vénération que le xvii® siècle, dans les diverses parties de sa durée et de ses productions, réclame de nous. Je voudrais seulement faire voir que ces temps déjà éloignés, dont les prôneurs imprudents se servent pour humilier notre époque, avaient leurs plaieset leurs misères ; que l'Église, comme tous les autres corps de la société, portait en elle des maux terribles que le fer et le feu pouvaient seuls guérir. Qui oserait dire que de nos jours les mœurs n'y soient plus décentes et plus pures? Qui pourrait refuser de voir dans ce changement la salutaire influence de la pauvreté?