‹ Les français du XVII siècleChapitre 41 sur 125 · Porl-Rcyal, t. V,p. 2i · texte numérisé non relu

Porl-Rcyal, t. V,p. 2i

épiscopale, beaucoup d'autres n'écoutaient que les conseils d'une frivolité mondaine et jouissaient, sans s'embarrasser ni de la croix ni du rochet, de tous les privilèges de la fortune et de la naissance.

Les mœurs des évoques suivirent celles de la société laïque. On y peut marquer des époques différentes.

Au début du xvn^ siècle, il restait, des temps écoulés, une sorte de licence générale qui n'avait pas épargné l'Église. On voyait alors beaucoup de choses sans étonnement, que plus tard on jugeait extraordinaires; disons le mot, scandaleuses. Quand Uichelieu, du haut du trône de Louis XIII, foudroyait les têles les plus élevées, qu'il commandait seul au siège de la Rochelle avec des lettres patentes de général, on ne s'attendait pas à trouver en lui les vertus simples et modestes d'un religieux. On lui permettait, pour se délasser des affaires de l'État, d'aimables et tendres relations. Quel moyen d'échapper au charme insinuant d'une femme comme la duchesse de Chevreuse, qui, toujours intrigante et toujours belle, engageait le « cardinal-ministre, par ses artifices dans la passion qu'elle voulait lui inspirer » ?

La grandeur de la maison royale semblait intéressée aux magnificences du ministre. Lorsqu'il voulut, « pour marquer sa puissance, faire bâtir autour de la chambre où il était né, on admira son dessein, on loua ce noble emploi de ses biens. Richelieu, non loin de Châtelierault, devint bientôt le plus beau village de l'univers. Les gens de finance et du Conseil, les secrétaires d'État, toutes les autres personnes attachées à ce cardinal, s'empressèrent d'y bâtir « par complaisance et pour lui faiie leur cour ». La Fontaine, qui rend compte à sa femme des merveilles du château, trouve tout d'une beauié, d'une magnificence, d'une grandeur, dignes de celui qui l'a fait bâtir. Devant le nombre prodigieux de jupiters, d'apollons, de bacchus, de mercures, de vénus^ « et autres gens de pareille

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étoffe », d'anti((iies, de bustes de toutes sortes, d'originaux précieux des Albert Diirer, des Titien, des Périigin, des Mau- It^'j^ne; devant les cabinets enrichis de portraits, ornés des tableaux de Rembrandt, des bacchanales du Poussin, ((ue La Fontaine énumère et que les Allemands viennent voir, on admire le goût du cardinal, mais on cherche en vain, parmi ce luxe et ces dépenses, le contemporain de saint Vincent de PauP.

Nous nous applaudissons que l'amour de la gloire a lui ait fait rechercher l'empire des lettres et du bel esprit jusque dans la crise des affaires publiques et des siennes et parmi les attentats contre sa personne ». L'histoire des lettres a conservé le souvenir des pièces de théâtre qu'il donnait dans son palais et auxquelles il travaillait quelquefois. L'hisloire des mœurs ne doit point oublier que l'Église poursuivait de ses anathèmes ces plaisirs dangereux et frivoles, et pourtant, c'était un cardinal qui les ranimait en France! Il y convoquait tout le clergé. C'est d'un abbé, l'abbé Marolles, que nous tenons les détails de ces fêtes.

Nous savons par lui que l'hiver de 1640-1641 fut célèbre à la cour par les magnificences du Palais-Cardinal. Dans la représentation de Mirame, le « naïf abbé » ne vit que les machines qui, devant le roi et la reine, faisaient lever le soleil et la lune, et paraître la mer dans l'éloignement. L'abbé Arnauld, mieux avisé, y découvrit des allusions sur Buckingham et d'autres

1. N'oublions pas le passage suivant: a Au reste, le cardinal de Richelieu, comme cardinal qu'il était, a eu soin que son château fût suffisamment fourni de chapelles; il y en a trois dont nous vîmes les deux d'en haut; pour celles d'en bas, nous n'eûmes pas le temps de les voir, et j'en ai regret, à cause d'un Saint-Sébastien que l'on prise fort. Dans l'une de celles qui sont en haut, je trouvai l'original de cet!e dondon que notre cousin a fait mettre sur la cheminée de la salle. C'est une Madeleine, du Titien, grosse et grasse, et fort agréable, comme aui premiers jours de sa pénitence, auparavant que le jeune eût commencé d'empiéter sur elle. Ces nouvelles pénitentes sont dangereuses, et tout homme de sain entendement les fuira. » Œuvres de La Fontaine, Relation d'un voyage de Paris en Limousin, fait en 1G62.

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applications politiques capables de faire injure à la reine. « Mais il lui fallut soulfrir cette injure qu'on dit qu'elle s'élait attirée par le mépris <|u'elle avait fait des recherches du cardinal ». Ce dessous des caries n'est point, il me semble, à négliger. Poursuivons notre élude : quelque temps après, au même lieu, on dansa le ballet de la P?'ospé?'ité des armes de la France. Je négligerais volontiers l'appareil des macliines employées pour faire paraître tantôt les campagnes d'Arras et la plaine de Casai, et tantôt les Alpes couverles de neige, puis la mer agitée, le gouffre des enfers, et enfin le ciel ouvert, d'où Jupiter, ayant paru dans son Irône, descindit sur la terre: le spectacle pour moi n'est pas là. Je le vois tout enlier et bien plus curieux dans la salle dont l'abbé deMarolles nous a laissé le tableau. Grâce à la civilité du cardinal, il a pu écrire ceci : (( Je vis encore ce ballet commodément, oia il y avait des places pour les évêques, pour les abbés et même pour les confesseurs et pour les aumôniers de Monsieur le Cardinal ». Rien làdedans ne choquait les contemporains; nul n'y trouvait à redire, tant les mœurs étaient relâchées et peu décentes.

Cependant il y avait dans la salle, à deux loges de la place occupée par l'abbé de Marolles, un témoin que n'édifiait pas cette vénérable assistance. C'était le célèbie Jean de Wert. Enfermé à Yincennes où il attendait qu'on l'échangeât contre d'autresprisonniersde marque, on l'avait conduit à ce spectacle dans l'intention de l'éblouir. On s'inquiétait beaucoup de l'effet produit sur ce fameux général. Lui, qui avait vu, dans sa prison, l'abbé de Saint-Cyran également enfermé au donjon de Yincennes, répondit, quand on l'interrogea sur la beauté du spectacle, « qu'il trouvait tout cela très beau, mais que ce qu'il trouvait le plus étonnant, c'était, dans le royaume très chrétien, de voir les évêques à la comédie et les saints en pinson ^ >•.

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