‹ Les français du XVII siècleChapitre 42 sur 125 · Port-Royal, par Sainte-Beuve, t. V, p · texte numérisé non relu

Port-Royal, par Sainte-Beuve, t. V, p

Li:S GENS d'kGLISE 11.^

Mazarin no persécuta pas les saints, mais il continua de protéi:jer le théiUrc et répandit chez nous le goût de l'opéra; les ecclésiastiques continuèrcMit d'aller à la comédie. IJossuel luimême, ce fougueux adversaire ds Chim(''ne et de Rodrigue ', avaitvu dans sa jeunesse les comoJienset leurs représentations ; un de ses secrétaires, l'abbé Le Dieu, nous l'affirme; il ajoute, en manière d'excuse, qu'il n'avait vu qu'une fois l'opéra de Lully. Ce temps de jeunesse du grand oraieur élait bien différent de ceux qu'il décora plus tard de son noble et majestueux talent. Il avait eu de singuliers prédécesseurs.

Quand Richelieu envoyait un capucin à la diète de Ratisbonne pour tromper Its Allemands, H. d'E^coubleaudeSou^di^, évéque de Maillezais en 1623, archevêque de [Cordeaux en 16:28, avait l'intendance de l'arlillerie et la direction générale des vivres au siège de la Rochelle. En 163 J, il prenait part à l'expédition navale d Italie et contribuait à enlever de nouveau auK ennemie les îles de Sainte-Marguerite. Philippe de Cospéan, le prédicateur chéri de madame la marquise de Rambouillet, évoque d'Aire, puis de Nantes, enfin de Lisieux, ne trouvait pas indigne de son caractère de paraître comme acteur dans les pièces romanesques et bocagères dont s'égayait la

1. Gascon a répondu à Bossuel dans une de ses satires. Ou } lit ces vers:

D'ailleurS;, tant qu'on verra des prélats fastueux, Élever à grands frais des palais somptueux, En fait de mets exquis ne rien céder aux princes, Et de leur train pompeux éblouir les provinces; Contre la comédie en vain l'on écrira, De ces moralités le public en rira.

Jésus-Christ, dira-t-il, aux riches de la terre Pendant toute sa vie a déclaré la guerre. Cependant, un prélat se croit en sûreté, Avec vingt mille écus dont il se voit rente ; Et Ton ne pourra pas à THùtel de Bourgogne Voir le rôle plaisant d'un sot et d'un ivrogne. Ou charmé de Corneille au Théâtre français Aller plaindre le sort des princes et des rois.

Satire\, à M?"" J.-B. Bossuet, évéque deMeaux.

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société précieuse du célèbre hôtel. Bossuet lui dédiait sa première thèse de philosophie. Quand on lui donna Lisieux, au lieu de Nantes, quelqu'un lui dit: « Mais vous aurez bien plus grande charge d'âmes. — Voire, répondit-il, les Normands n'ont point d'âmes. » Le mot est piquant, mais il pourrait sembler déplacé dans la bouche d'un évèque.

En attendant la crosse et la mitre, Godeau se prêtait sans peine aux caprices des belles dames qu'il égayait de ses vers. C'était alors qu'on l'appelait le « nain de la princesse Julir. » Il ne pensait pas en ce temps-là à devenir prince de l'Église (1634) *. Arnauld d'Andilly le vit à Pomponne en ce singulier équipage : armé à l'antique, monté sur un grand coursier, poussant sur lui à toute bride et lui rompant au milieu de l'estomac une lance de paille qu'il avait mise en arrêt, lui jetant en même temps un cartel de défi en vers galants. C'était une mascarade accompagnée de deux carrosses pleins d'une troupe choisie à la suite de la marquise de Rambouillet. N'oublions pas que Richelieu, en lui donnant son évèché en récompense du fameux Benedicite, lui dit cette plaisanterie : « Je vous rends grâce (Grasses). » Étrange investiture!

S'il faut parler d'un autre évêque bizarre, rappelons Le Camus. Homme de charité et de désintéressement, comme nous l'avons dit, il avait le tort d'aimer à bouffonner. « Il prêchait, dit Tallemant, un peu à la manière d'Italie. Il se permettait toutes sortes de jeux de mots et de pantalonnades; il avait parfois d'heureuses hardiesses. S'étant emporté, un jour qu'il prêchait devant le prince d'Orléans, à dire des propos un peu trop libres, quelques évêques qui étaient là firent ce qu'ils purent pour irriter le prince contre le prédicateur. Au lieu de cela, il manda à Monsieur de Belley qu'il Tirait encore entendre le lendemain. Le bonhomme se douta de quelque chose, ou peut-

i. Évêque en 1636, après avoir pris les ordres en 1635.

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^Ire lmi eut-il avis. 11 prt^cha et se mit à parler des curés. a Quand ui^ curé ne réside point, qu'il ne veut point obéir, on a recours à Monseigneur son évêque; on écrit à 3Ionseigneur, à Paris, qu'un tel, etc. Monseigneur fulmine, etc. Voilà qui est bien, cela, voilà ce qui est selon les canons. Mais, Monseigneur le prélat qui ne résidez point, que peut-on dire de vous? » Monsieur d'Orléans riait comme un fou, et les pauvres évêques, car ils y étaient, étaient dans la plu^-, grande confusion * ».

Il louchait, en effet, à l'une des plaies les plus vives de l'épiscopat français. Nombre d'évé([ues, qu'on désignait sous le nom de prélats de cour, se souciaient assez peu de leurs fonctions pour déléguer à des inférieurs les soins de leur administration . Quant à eus, ils vivaient à Versailles, à Saint-Germain, à Marly, à Paris. Boileau leur donnait en passant une atteinte dans l'une de ses satires. Madame de Sévigné, en louant Philippe de Froulay de Tessé qui avait si peur de mourir hors de son diocèse, que, pour éviter ce malheur, il n*en sortait point du tout, dit avec sa vivacité ordinaire: « Il y en a d'autres qu'il faudrait que la mort tirât bien juste pour les y attraper. »

A mesure que le siècle avança, les habitudes extérieures se réformèrent. On ne vit plus des évêques nouer partie pour aller dîner publiquement chez la Durier à Saint-Gloud. Ce jeune homme aimable, natif de Bâle, Samuel Ornik, que Voltaire fait voyager en France au temps du coadjuteur de Paris, n*eût plus vu, vers les années 1670 ou 1680, un évêque, en montant en carrosse, laisser tomber de sa poche un poignard dms sa gaine et partir escorté de cinquante cavaliers; il n'eût peu^.-être plus rencontré à l'archevêché de Paris une foule de pages et d'estafiers : certainement il y aurait trouvé un appareil moins guerrier, mais aussi magnifique, et des compagnies fort éloignées du ton des apôtres.

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