Mémoires du duc de Saint-Simon, t. IV, 228 et suiv
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tout faire, à des gens obscurs ». Suivant lui, l'épiscopat « se perd » ; il dirait volontiers qu'il s'encanaille. A qui donne-t-on Évreux? « A Le Normand, un cuistre de la lie du peuple ». La science, l'esprit, commencent à tomber en discrédit. La sainteté des mœurs sert de passe-port universel. L'abbé de Janson est d'une « parfaite bêtise, d'une ignorance crasse et l'homme le plus incrusté de toutes les misères de Saint-Sulpice » : mais c'est un fort saint prêtre. On le propose donc pour être archevêque d'Arles ^ Son oncle en dissuade le roi : « Il n'est point fait pour être évêque; ce serait trop pour lui d'être vicaire de campagne. Il demande eu sa faveur une abbaye de dix ou douze mille livres de rente, qui serait un Pérou pour l'abbé, et ne l'engagerait à rien. » Le cardinal a beau dire, voilà son neveu sur le trône archiépiscopal.
Qui ne connaît Fénelon, sa finesse, son esprit, ses grâces, sa noblesse? Il n'était pas étonnant que son éloquence naturelle, douce, fleurie, que sa politesse insinuante, son élocution facile, nette, agréable, eussent gagné madame de Maintenon en des temps où elle était encore sensible à cette espèce de séduction. Mais peut-ou se flatter de régner longtemps sur Tâme d'une femme? Elle s'est livrée maintenant tout entière à une nouvelle influence. Godet des Marais, évêque de Chartres, est devenu son directeur. C'était un rival, rival étrange, dit Saint-Simon, mais enfln il fallait l'abattre. Fénelon ne crut point d'abord que ce fût impossible. Il le savait profondément ancré dans l'esprit de la dame. Une chose le rassurait; quoi? « Son extérieur de cuistre ».
Il faut citer ici le terrible peintre: « Il (Fénelon) le crut tel à sa longue figure malpropre, décharnée, toute sulpicienne; un air cru, simple, aspect niais et sans liaisons qu'avec de plats prêtres, en un mot il le prit pour un homme sans monde,
. Mémoires du duc de Saint-Simon, t. V, p. 339.
FENEI.ON.
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sans talonts, de peu d'esprit et court de savoir, que le hasard de Sainl-Cyr, établi dans son diosèce, avait porté où il était, noyé dans ses fonctions et sans autre appui, ni autre connaissance. Dans celte idée, il ne douta pas de lui taire bientôt perdre terre par la nouvelle spiritualité de madame GuyoD, déjà si goûtée de madame de Maintenon. Il n'ignorait pas qu'elle n'était pas insensible aux nouveautés de toute espèce, et il se llatta de culbuter par là M^*" de Chartres, dont madame de Maintenon sentirait et mépriserait l'ignorance pour ne plus rien voir que par lui '. •>
L'issue du combat trompa tout à fait l'attente de Fénelon. Ce fut lui qui fut culbuté. Le rustre triompha du gentilhomme. L'archevêque s'était mépris ; son rival n'était rien moins que ce qu'il s'était figuré. C'était un homme de science, de théologie profonde, à qui ne manquaient ni l'esprit, ni la douceur, ni même les grâces. Mais c'était un talent qu'il tenait enfoui pour les autres. « Il ne s'en servait que pour de vrais besoins. Son désintéressement, sa piété, sa rare probité, les retranchaient presque tous ; et madame de Maintenon, au point où il était avec elle, suppléait à tout ». N'oublions pas toutefois le mot que nous avons déjà rapporté ; c'était un étrange rival, pour un archevêque t plus coquet que toutes les femmes ! » Sorti tout meurtri de cette lutte, il fut longtemps à panser ses plaies dans l'exil et dans le silence. Quand il osa reparaître au jour, ce fut encore pour essuyer de nouveaux déboires. Il lui fallut, afin de ne pas compromettre le succès de ses vues ambitieuses, faire tous ses efforts et dresser des batteries pour se concilier « un La Ghélardie, curé de Saint-Sulpice, directeur imbécile et même gouverneur de madame de Maintenon * »).