Ibid., t. V,p
144 LES FHA.NÇAIS DU XVIl*-' SIÈCLE
Godet des Marais ne se contenta pas de diriger Saint-Cyr et madame de Mainlenon. 11 eut un instant la haute main sur le clergé et partagea avec le Père de La Chaise la distribution des bénéfices. Ses choix, s'il faut en croire Saint-Simon, ne turent pas toujours excellents. C'est lui qu'il accusait d'avoir perdu l'épiscopat. Voici une circonstance oii la sainteté de Godet lui permit de flatter madame de Maintenon. 11 découvrit à Saint- Sulpice un abbé d'Aubigny, de bonne et ancienne noblesse d'Anjou. Ce nom le frappa, il vit le moyen d'enter sa royale pénitente sur cette antique souche. Elle y consentit avec empressement. Ce fut afftiire faite : « Le rustre noble fut présenté à Saint-Cyr, à sa prétendue cousine. » Les armes, le nom, tout parut convenir et s'accorder au mieux ; les livrées furent bientôt les mêmes. Godet prit avec lui le bon séminariste, il en fit son grand vicaire; puis, l'évêque de No yen. Il faut voir avec quelles touches Saint-Simon a fait son portrait. C'était suivant lui : « Un gros et grand pied-plat, lourd, bête et ignorant, esprit de travers, mais très homme de bien, saint prêtre pour desservir, non pas une cure, mais une chapelle ; surtout sulpicien excellent en toutes les minuties et les inutiles puérilités qui y font la loi, et qu'il mit, toute sa vie, à côté ou même au-dessus des plus éminentes vertus. Ce garçon n'en savait pas davantage, et n'était pas capable de rien apprendre de mieux ; d'ailleurs pauvre, crasseux et huileux à merveille. » Le même historien nous apprend quel fut son épiscopat: « Sa piété et sa bonté le firent estimer, et ses travers et ses bêtises détester, quoiq'ie parés par son frère (Teligny) (|ui ne le quittait point et qui était son tuteur ^ »
Si la faveur, si le privilège de la naissance conduisaient à l'épiscopat, il y avait une autre voie pour y atteindre: c'étaient les grades conquis en Sorbonne. La mitre s'achelait, en ce