‹ Les français du XVII siècleChapitre 53 sur 125 · Mémoires du duc de Saint-Simon ^ t. Vf, p · texte numérisé non relu

Mémoires du duc de Saint-Simon ^ t. Vf, p

LES GENS d'Église lio

cas, par des épreuves longues et dinicilcs. Il fallait, pour y parveuir, de la patience, du temps et beaucoup de savoir théologique. En sortant de ces pénibles combats, ou n'arrivait pas toujours aux grandes dignités, mais ou s'ouvrait la porte à des emplois honorables encore et surtout lucratifs. Les chaires de l'Université, celles de la Sorbonne, les cures de Paris, les places de grand vicaire étaient les récompenses les plus communes des années passées sur les bancs de l'école. « Un jeune homme tondu, écrit Voltaire, passe trois années à se mettre dans la cervelle ces sublimes connaissances; après quoi, il reçoit le bonnet de docteur. S'il est homme de condition, ou fils d'un homme riche, ou intrigant et heureux, il devient évèque, archevêque, cardinal, pape. S'il est pauvre et sans crédit, il devient le théologien d'un de ces gens-là ; c'est lui qui argumente pour eux, qui relit saint Thomas et Scot pour eux, qui fait des mandements pour eux. qui, dans un concile, décide pour eux ».

Cette gent doctrinale, bruyante et disputeuse, a toujours eu dans l'Église un rôle retentissant. Elle y fit longtemps à elle seule la loi aux intelligences. Tout le savoir, toutes les études étaient en ses mains. Quoique au xvii« siècle les destinées de la théologie commençassent à décliner devant le Ubre essor de la pensée laïque, la Sorbonne avait encore le verbe haut, et les actes de ses champions intéressaient toujours la nation et Paris surtout.

Soit que la Faculté de théologie s'élevât contre Descartes et sa philosophie « subtile, engageante et nouvelle », soit qu'elle imaginât de condamner, au nom de l'usage, la circulation du sang, ou que, soutenue par le Parlement, elle dégradât i 1609) Paumier de Gaen, grand chimiste et célèbre médecin de Paris qui s'obstinait à prescrire, malgré elle, l'usage de l'antimoine aux malades, soit qu'elle en permit l'usage, l'an 1666, un demi-siècle après l'avoir défendu, soit qu'enfin (1629) ses

remontrances inspirassent au Parlement un arrêt portant qu'on ne pouvait choquer les principes de la philosophie d'Aristote sans choquer ceux de la théologie scolastique reçue dans l'Église: il était impossible qu'on restât insensible à ses disputes.

Sans parler de ces grands débats, le train ordinaire et journalier de ses exercices fixait l'attention de la société la plus polie et la mieux instruite. C'étaient autant de spectacles, ou même de cérémonies et de devoirs qui attiraient, des beaux quartiers dans le pays latin, les chanoines, les docteurs, les magistrats et même les courtisans. La tentative qu'on soutenait pour être bachelier, les trois actes publics du cours de licence, pendant les deux années que l'on courait ce grade, les quatre thèses voulues pour le doctorat, la Soi^honnique, la Mineure ordinaire, la Majeure ordinaire, les Vespéries, épreuves subies d'année en année pendant quatre ans, étaient autant de passes d'armes brillantes où le récipiendaire et les docteurs de la Faculté faisaient assaut d'éloquence et de subtilité.

Pour peu que le candidat eût du talent, une famille illustre, des amis et des protecteurs, il se faisait un grand concours à ces jeux scolaires. Arrivait-il qu'un prince, embrassant, par hasard, la voie des examens, se soumît à ces formalités, la Sorbonne prenait ces jours-là un air de pompe et de magnificence royales. Olivier d'Ormesson nous a conservé dans son Journal le souvenir d'un semblable appareil. En 1646, le prince de Conti passe sa tentative, et voici le cérémonial : le prince était sur un fauteuil élevé de trois pieds à l'opposite de la chaire du Président, sous un dais de velours rouge, dans une chaire à bras avec une table; il avait la soutane de tabis violet, le rochet et le camail, comme un évêque. Il fit merveilles, dit le narrateur, avec grande vivacité d'esprit. L'assemblée était belle et se composait en majeure partie d'évêques. Toute cette décoration extérieure sentait son prince ; mais ce qui le fai-

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