‹ Les français du XVII siècleChapitre 6 sur 125 · Scène ii · texte numérisé non relu

Scène ii

8 l.ES FRANÇAIS DU XVII^ SIÈCLK

partir de ces bancs du théâtre où ils venaient étaler leur suffisance et leurs contorsions. Ennemis décidés du parterre et des applaudissements qui y éclataient, ils croyaient bien faire de blâmer ce qu'il louait. Le sens commun ne leur paraissait pas devoir être l'apanage de gens qui se tenaient debout. Leur entêtement était d'assigner au bon sens une place déterminée à la comédie. Le demi-louis d'or dont ils [)ayaicnt leur banc semblait devoir leur assurer une supériorité déraison proportionnée à la différence de la pièce de quinze sols. C'était parfois une comédie amusante que d'observer cette contradiction du parterre et des marquis : « Tu es donc, marquis, de ces^ messieurs du bel air, qui ne veulent pas que le parterre ait du sens commun, et qui seraient fâchés d'avoir ri avec lui, fût-ce de la meilleure chose du monde? Je vis l'autre jour sur le théâtre un de nos amis, qui se rendit ridicule par là. Il écoula toute la pièce avec un sérieux le plus sombre du monde, et tout ce qui égayait les autres ridait son front. A tous les éclats de risée, il haussait les épaules, et regardait le parterre en pitié; et quelquefois aussi, le regardant avec dépit, il lui disait tout haut : Ris donc, parterre, ris donc K »

Le trait est d'un bel esprit du temps nommé Piapisson. Placé sur le théâtre, il haussait les épaules à chaque fois que le parterre éclatait de rire, et il disait tout haut dans son dépit: (( Ris donc, parterre, ris donc ! »

Molière faisait grande différence entre l'approbation du parterre et le dédain des marquis. Prévention aveugle, complaisance affectée, délicatesse ridicule, voilà ce qu'il mettait d'un côté; de l'autre, il aimait à voir le bon sens capable de juger d'une pièce selon les règles, mais surtout l'habitude de se laisser prendre aux choses, ce qui est la bonne façon de juger.

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