Scène I
LES GRANDS i
» MoLiKHE. — Ail ! marquis, ton serviteur.
» La Gn.vNGE. — Que fais-tu là?
» Molière. — Parbleu! tu vois; j'allends (fuc tous ces messieurs aient (jébouclié la porle pour présenter là mon visage... Il y a h vingt gens qui sont fort assurés de n'entrer point, et qui ne laissent pas de se presser et d'occuper toutes les avenues de la porte.
» La Grange. — Crions nos deux noms à l'huissier, i.fin qu'il nous appelle.
» MoLii^:uE. — Cela est bon pour toi, mais pour moi, je ne veux pas être joué par Molière ^ »
Voilà donc Molière le satirique en titre des marquis. Personne ne peut s'y tromper. « Il joue un tel », dit-on de chacun de ses personnages. Il a beau répondre lui-même (jue, a l'affaire de la comédie étant de représenter en général tous les défauts des hommes, et principalement des hommes de notre siècle, il est impossible à Molière de faire aucun caractère qui ne rencontre quelqu'un dans le monde ; on ne laissa! pas de faire application de ce qu'il a dit à certaines personnes. Les curieux prennent plaisir à ce jeu qui exerce leur sagacité et satisfait leur malignité. Les intéressés, les satirisés, cherchent à lui faire des affaires. Il se défend, il s'excuse, mais sans se corriger : ses apologies sont autant de nouvelles offenses aux gens ridicules. Sa hardiesse s'accroît avec le péril.
Les marquis n'étaient pas seulement affectés dans leur mise, exagérés dans leurs manières, ils étaient présomptueux dans leurs jugements, tranchants dans leurs opinions. Le triomphe du marquis était le bel esprit. Il se piquait de prononcer sur les ouvrages des poètes. Idolâtre des nouveautés, il n'y avait point de pièce qu'il ne jugeât avec la fougue d'une cervelle égarée. On comprend sans peine quelles appréciations devaient