Lettre à madame de Maintenon, 4 mars
2. Port- Royal, dernières années de Racine, sa disgrâce et sa mort, p. 507-515-
204 LES FRANÇAIS DU \\\l^ SIKCLE
VOUS des idées comme celle-là? Doutez-vous de mon cœur et diî mon crédit? — Je sais, Madame, quel est votre crédit et quelle bonié vous avez pour moi; mais j'ai une tante qui m'aime d'une façon bien différente : celle sainte fille demande tous les jours à Dieu pour moi des disgrâces, des humiliations, des sujets de pénitence, et elle aura plus de crédit que vous. » On entendit alors le bruit d'une calèche, c'était celle du roi : « Sauvez-vous, s'écria madame de Maintenon, c'est le roi! » Ce peu de mots portèrent le dernier coup à l'homme de son siècle « qui avait été le plus îiimé et le plus universellement recherché ^ ».
Racine paraîtra toujours une victime intéressante du préjugé religieux de Louis XIV; il serait à désirer pour l'honneur du monarque qu'elle eût été la seule. Malheureusement, il n'en est pas ainsi ; l'histoire en a bien d'autres plus nombreuses, plus dignes de compassion à enregistrer. La dispersion de Port- Royal el surtout les persécutions contre les prolestants marquent d'un sceau funèbre les dernières années du prince, fautes sanglantes, fautes pernicieuses à la prospérité du royaume.
Nous avons vu Racine touché des mouvements de la grâce renoncer à une vie d'égarements et de misères, comme il disait lui-même. A peu près vers le même temps, le roi se sentait également inquiété dans sa conscience sur les scandales de ses amours. Le premier feu de la jeunesse passé, le prince ouvrit l'oreille aux directeurs spirituels de sa vie. On osa lui représenter la condition monstrueuse où il se trouvait avec mademoiselle de Fontanges, madame de Monlespanet la reine.
Les coups imprévus de la mort, les ennuis du joug de madame de Montespan de plus en plus dur à porter, les maladies avec leurs brusques atteintes, secondèrent à merveille les