‹ Les français du XVII siècleChapitre 89 sur 125 · I.'ESIMIIT lŒLIC.Il-UX IT IIACIM · texte numérisé non relu

I.'ESIMIIT lŒLIC.Il-UX IT IIACIM

tranquillo désormais sur le saliil do son unie, complaiU sur la niiséricordo du Seigneur, assuré d'avoir pari à sou hérilagc éleruel comme il a leim de lui sur la terre ses succès et sa gloiie. Celte bienfaisante demeure de Saiiil-Cyr où tant de colombes timides, qu'il a rassemblées, trouvent les secours et les guides qui leur manquaient, ost le sacrilice le plus acceptable au Maître des cieux; ces clia-tes voix qui s'élèvent vers lui vont désarmer son bras, et leurs chanis et leurs prières sont autant de Ilots d'une onde pure qui lavent les pages de ce livre où sont inscrites les fautes de chacun de nous.

(irand Dieu, que cet ouvrage ait place en ta mémoire : Que tous les soins qu'il prend pour soutenir ta gloire Soient gravés de ta main au livre où sont écrits Les noms prédestinés des rois que tu chéris I

Tu le vois tous les jours devant toi prosterné

Humilier ce front de splendeur couronné;

Et confondant l'orgueil par d'augustes exemples,

Baiser avec respect le pavé de tes temples;

De ta gloire animé, lui seul, de tant de rois

S'arme pour ta querelle, et combat pour tes droils.

Ce ne sont pas de vaines louanges qui lui promettent, comme l'avait fait Boileau, d'échapper à l'oubli de la postérité. Louis maintenant a une ambition plus haute : ainsi que Polveucte, il veut une gloire immortelle; il méprise les biens passagers de la terre pour aspirer aux félicités durables d'un autre monde. Ce qui le flatte dans ces vers harmonieux, c'est d'y trouver une garantie, je dirais presque l'hypothèque des services qu'il a rendus, qu'il rendra à son Dieu. Ses titres y sont éaumérés, rangés en ordre, cotés et paraphés. Comme ces dévots du moyen âge qui rapportaient du purgatoire de saint Patrice une charte en règle, leur donnant droit au ciel, Louis entend la Piété, dans le prologue d'Esther, compter ses

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œuvres en faveur de la religion ;il la voit lui donner un billet authentique et son âme raffermie peut braver du démon Vimpuissant artifice.

A un autre point de vue, dans un ordre de sentiments plus humains, quelle n'était pas la satisfaction du roi, quand il entendait vauter et célébrer celle qu'il avait jugée digne d'êlre sa compagne? Engagé dans cette union qu'il n'osait pas déclarer, il est plus à son aise depuis le jour où le poêle, par une allusion délicate, mais vivement saisie, a couronné d'une auréole le front de la veuve de Scarron. Qui donc aurait osé blâmer le prince d'avoir cherché, d'avoir trouvé dans l'amour de cette nouvelle Esther un soulagement pour son âme offensée? Non, non, les desseins des hommes ne sont pour rien ici; les desseins de Dieu sont tout. C'est lui qui a tout conduit dans sa sagesse. C'est lui qui, tenant dans ses mains puissantes le cœur des rois, a confondu les menées d'un peuple de rivales :

Qui toutes, disputant un si grand intérêt, Des yeux d'Assuérus attendaient leur arrêt. Chacune avait sa brigue et de puissants suffrages : L'une d'un sang fameux vantait les avantages, L'autre, pour se parer de superbes atours. Des plus adroites mains empruntait le secours.

lirais seule Esther avait pour elle le ciel, et Dieu fit pour elle pencher la balance. Ces éloges donnés à Saint-Cyr, devant tout ce que la cour avait de plus fier comme de plus pieux, c'était , une compensation à la rigoureuse contrainte de la politique qui interdisait la proclamation du mariage secret. Cette exaltation détournée, mais pourtant visible de madame de Maintenon, c'était un dédommagement de sa discrétion, la récompense de son esprit de réserve et de prudente conduite. « Louis XIV, dit Voltaire, en épousant madame de Maintenon, ne se donna donc qu'une compagne agréable et soumise. La seule distinc-

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tion publique qui faisait sentir son élévation secrète, c'est qu'à la messe elle occupait une de ces petites tribunes ou lanternes dorées qui ne semblaient faites que pour le roi et la reine. D'ailleurs, nul extérieur de grandeur ^). Mais enfin la modestie et la dévotion ont aussi leur triomphe. En pouvaitelle souhaiter un qui fut plus délicat, qui tut plus permis à son cœur que d'entendre confirmer en beaux vers sa réputation de désintéressement et de vertu? Elle n'ambitionnait rien de plus que de s'entendre appliquer ces passages :

Et c'est là que, fuyant l'orgueil du diadème, Lasse de vains honneurs, et me cherchant moi-même, Aux pieds de l'Eternel Je viens in'humilier. Et goûter le plaisir de me faire oublier.

Voici ce qu'elle écrit à madame Maison fort : c Que ne puisje vous donner mon expérience! que ne puis-je vous (aire voir l'ennui qui dévore les grands, et la peine qu'ils ont à remplir leurs journées! Ne voyez- vous pas que je meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait peine à imaginer? j'ai été jeune et jolie; j'ai goûté les plaisirs; j'ai été aimée partout. Dans un âge plus avancé, j'ai passé des années dans le commerce de l'esprit; je suis venue à la faveur, et je vous proteste, ma chère fille, que tous les états laissent un affreux vide. » Voltaire dit que cette lettre est authentique.

Quant au roi lui-même, il sentait intérieurement que Racine avait lu dans son cœur et il aimait sans doute à redire avec Assuérus :

Croyez-moi, chère Esther, ce sceptre, cet empire, Et ces profonds respects que la terreur inspire, A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur, Et fatiguent souvent leur triste possesseur. Je ne trouve qu'en vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours et jamais ne me lasse. De l'aimable vertu doux et puissants attraits I Tout respire en Esther Tinnocence et la paix.

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Dans cette cour « moins vive et plus Sv^rieuse depuis que le roi commença à mener avec madame de Maintenon une vie plus retirée », Esther fut un rayon de lumière riante. Mais le génie de Racine, sollicité par ce pieux succès, n'était pas au bout de ses forces; il lui en restait encore assez pour produire le chef-d'œuvre du théâtre français; de bons juges disent même, le chef-d'œuvre de l'esprit humain.

Esther li Saint-Cyr était bien dans son cadre, tout y était dans l'ordre, dans la proportion, dans l'harmonie. Athalie étouffait à l'étroit dans cette classe de jeunes filles; ce qu'il lui fallait c'était le Louvre, les Tuileries ou Versailles, le palais le plus somptueux et le plus auguste avec les acteurs les plus expérimentés. Contraste singulier entre le poète et le monarque : celui-ci tombe et s'abaisse, celui-là monte et s'élève au dernier degré du sublime. Libre des pensées mondaines qui, plus qu'il ne le croyait lui-même, l'avaient guidé dans la composition d'Esther, Racine dépasse enfin les grilles de la cour; il ne se tient plus dans cette balustrade dorée qui entoure le lit du roi, il s'inspire de plus haut. A l'approche d'un âge où l'esprit du passé va faire place à des sentiments nouveaux, il exprime avec force les deux principes du xvii^ siècle : fidélité au roi. fidélité à Dieu. Athalie est là tout entière, c'est aussi là tout le cœur de Racine.

Qu'est-ce en effet que cette pièce? C'est la restauration d'un prince sur le trône de ses pères; c'est le triomphe du Dieu vivant dans son temple. Une reine usurpatrice renversée, une idole détruite et ses prêtres massacrés, il n'est pas de sujet qui pût mien x convenir au groupe des saints dont le poète devenait pour ainsi dire la trompette éclatante. C'est encore une œuvre historique largement traitée, un tableau riche en couleur, dont les scènes empruntées au peuple le plus tragique du monde n'offrent que massacres épouvantibles, horreurs sanglantes, assassinats monstrueux. Israël et Juda, jamais plus de

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sang versé, jamais plus d'alrocilés commises, jamais plus soudaines calaslroplies manfuées par le doi^^t de Dieu, accomplies par sa volonté souveraine. Celte intervention céleste de Jéhovali qui se venge, qui se baigne dans le sang de ses ennemis, (jui rappelle du tombeau ses élus, réparc les ruines de ceux qu'il aime

Et de David éteint rallume le flambeau;

cette action irrésistible d'une main foudroyante remplit l'âme d'une sombre terreur : c'est une épouvante qui suffoque et mène jusqu'à la lin de la pièce parles larmes, par les sanglots, par les affres de la mort.

Dieu, après tout, est !e personnage de ce poème, il dispose de t(jut, c'est lui qui conduit tout. Longtemps outragé, il prend enfin une triomphante revanche. Rappelez- vous Bossuet et sa manière d'expliquer les grandes révolutions des empires. 11 trouble, il confond Ja prudence humaine, il enveloppe ses victimes des mailles d'un inextricable filet; il les mène luimême dans le piège qu'il a tendu de ses mains. Les princes les plus sages marchent enivrés et chancelants. Dieu a répandu sur eux l'esprit d'imprudence et d'erreur, il les a mis au bord de l'abîme, et le vertige les attire dans le gouff*re béant. Que sa colère est terrible! que ses jugements sont redoutables à qui s'écarte de sa loi et ose s'élever contre sa volonté !

Quelle plus audacieuse révolte contre lui que l'hérésie? Estil châtiment assez rigoureux pour la punir? Les temples des calvinisies détruits, leurs ministres bannis, leurs familles dispersées; plus de cent mille fugitifs; les montagnes du Dauphiné, du Vivarais, desCévennes, épouvantées par les supplices, par la roue, par la corde; des Français, dispersés plus loin que les Juifs, répondent aux imprécations de Joad contre Malhan, le prêtre infidèle assis dans la chaire empestée.

Joad n'est pas seulement le prophète antique tel que l'histoire

nous Je présente chez les Juifs; en passant par les mains chrétiennes de Racine, il a perdu sa rudesse, sans rien perdre de sa hauteur. C'est un Bossuet, c'est un docteur de l'Église résistant avec une sorte d'horreur aux efforts de l'hérésie et l'écrasant sous le poids de sa parole. Persécuteur, pour obéir à la volonté de Dieu et pour lui plaire, implacable dans sa haine, inflexible dans son aversion, c'est un évoque luttant, la lêle haute, contre le pouvoir civil, opposant aux conseils des politiques son inaltérable confiance dans sa cause; c'est encore un prêtre plein de mansuétude pour les humbles et les pauvres, protecteur du faible, défenseur de l'orphelin qui rappelle, au nom du Juge suprême de tous les rois, les princes à la justice, à la modération. Qu'il s'emporte contre Mathan, qu'il lui prédise le sort de la race parjure d'Abiron, de Datan, de Doëg et d'Achitophel; qu'il semble entendre les aboiements des chiens qui déjà sont à la porte de l'apostat et attendent leur proie; qu'il mette Joas en garde contre la voix enchanteresse des flatteurs qui bientôt vont lui dire que les lois les plus saintes.

Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même; Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême; Qu'aux larmes, au travail, le peuple est condamné, Et d'un sceptre de fer veut être gouverné; Que, s'il n'est opprimé, tôt ou tard il opprime :

[1 est impossible de méconnaître dans ce poème la transformation dont l'esprit religieux des dernières années du siècle a marqué le génie de Racine. La critique, en admirant cette hauteur d'inspiration, cette lumineuse beauté, se demande pourtant s'il fallait tant de satig, de larmes, de persécutions et de supplices pour enfanter un chef-d'œuvre.

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