‹ Les français du XVII siècleChapitre 90 sur 125 · AVOCATS. PROCUREUUS, HOMMES DE ROBE · texte numérisé non relu

AVOCATS. PROCUREUUS, HOMMES DE ROBE

Tout le monde en France connaît la comédie des Plaideurs de Racine. C'est un monument de bonne humeur et d'aimable gaieté. Imitée d'assez loin d'une pièce d'Aristophane, elle nous ouvre un jour sur une classe originale de la société au xvii^ siècle, sur les gens du palais.

Je voudrais à cette esquisse brillant.» ajouter, en forme de commentaires et d'annotations, tout ce qu'on peut trouver sur le même sujet chez les auteurs contemporains de Racine.

Quoique la justice ne soit pas absolument parfaite chez nous, que les procédures soient encore un peu longues et coûteuses, que l'expédition des affaires soit un peu difficile, toujours est-il

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vrai que la chicane n'est plus ce monstre affreux que Boileau nous a n^présenté attaché au pilier de la grand'salledu Palais; ce n'est plus cette fée clique, celte sibylle affreuse, assise sur des monceaux de papier poudreux et allongeant, pour dévorer châteaux, maisons et palais entiers, ses griffes toujours d'encre noircies. Le grand orage de 1789, qui a changé tant de choses chez nous, s'est fait aussi sentir au Palais.

En général, les hommes de robe, les gens du barreau et la magistrature honorent assez aujourd'hui notre pays par leur intégrité. Au reste, même à l'égard de ceux sur qui je vais répéter tant de médisances et peut-être de calomnies, il faudra bien en rabattre. Vous songerez que ce sont des satiriques et des ennemis qui parlent, gens fort enclins à l'exagération; et, s'il est vrai, comme disait Ninon de Lenclos, qu'il ne faut jamais croire que la moitié de ce que l'on dit, vous pourrez réduire à ce taux les malices dont je vais me faire le rapporteur. Il en restera assez pour que nous nous applaudissions de ce que les mœurs et les habitudes scandaleuses des gens du Palais aient aujourd'hui en grande parlie disparu.

Au xvn'^ siècle, autour du Ghâtelet, du Palais de justice, de Notre-Dame, sur la paroisse de Saint-André-des-Arts, sur los quais, vivait toute une population de sergents (ce sont les huissiers), de procureurs, de juges, de conseillers, qui avaient une physionomie à pari. Velus de noir, portant le rabal, le manteau et quelquefois la robe; les mains embarrassées de sacs à procès, les bras chargés d\iiiles liasses, on les voyait encombrer l'escalier du Palais et les rues avoisinanles. Le malin, ils se hâtaient d'assister à la messe qui précédait les audiences. L'après-midi, ils retournaient dans leurs études où les atlendaient de nouveaux clients et de nouvelle besogne. Ces gens-là, l'imagination et la bouche toujours pleines des termes de leur métier, ne connaissent le monde, disait La Bruyère, que par ce qu'il a de moins spécieux et de moins

AVOCATS, PROCI'REIRS, HOMMES DE HOItE

beau. Voie d'appel, requête civile, appoinlenieni, assignation, évocation, le greffe, le {>arquet, la buvelle, voilà ce qui les occupe, cv Ne leur parlez ni de regains, ni de baliveaux, ni de provins, ils ignorent la nature, si^s commencements et ses

AVOCATS ET P.tOCLHELHS.

progrès. 11 n'y a si vil praticien qui, au fond de son étude sombre et enfumée, ne se prétère au laboureur qui Tait croître le blé, jouit du ciel et fait de riches moissons ^ ».

Laborieux, âpres au gain, sobres chez eux, tout indique dans leur extérieur l'étroite parcimonie où ils se sont fait l'habitude de vivre. Furelière, qui les connaissait très bien, nous a décrit leurs vêtements; s'il s'en trouve plusieurs réunis, on voit sur

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