Raciue. Les Plaideurs. Acte II, se. iv
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mieux que tous les actes de procédure, et sans appel. Aussi, ils s'irritent quand il leur faut subir les entraves de la justice. Il y en eut même qui punirent les sergents d'avoir osé porter leurs exploits chez eux. Tel fut ce seigneur d'Auvergne, le comte de Tournemine, qui fit couper la main à un huissier nommé Loup, disant que jamais loup ne s'était présenté à la porte de son château sans y laisser sa patte.
De tous les officiers subalternes de la justice, celui qui fut toujours le plus haï, qui eut la pire réputation, ce fut le procureur. Aujourd'hui nous dirions l'avoué. Le procureur dans l'origine se confondait avec l'avocat; plus tard (1693), il s'en détacha pour rester à un rang inférieur; dans certains ressorts, par exemple, il écoutait à genoux la plaidoirie de l'avocat et jamais il ne pouvait recevoir plus de la moitié des honoraires donnés à celui-ci. Le costume même mettait une différence entre eux ^ : le procureur ne portait pas le chaperon fourré dont l'avocat se couvrait les épaules. Peu à peu sont demeurées au procureur les grosses écritures nécessaires à l'introduction des procès. Leur intérêt étant d'allonger et d'embrouiller les procédures, ils n'ont rien fait pour les éclaircir et les abréger. Du reste, cela n'était pas en leur pouvoir. Ce n'était pas eux qui avaient établi ce trône élevé où siégeait Thémis, et où l'on ne pouvait arriver que par douze degrés: la procuration, l'assignation, la mise au rôle, la sommation de lier et joindre, la communication des sacs, la requête, le congé ou défaut, la reprise d'instance, l'adjonction des parties, la correction des conclusions, le jugement préparatoire, l'inventaire et production. En sorte que, s'agît-il de six gerbes d'avoine, comme on l'a dit, ou du comté de Champagne, il ne fallait jamais moins de cinquante à soixante pièces. Et encore au xv^ siècle avait-on réduit de beaucoup la procédure; car, au xi\% il fallait cent