‹ Les français du XVII siècleChapitre 94 sur 125 · Fabre. Histoire des Clercs de la Basoche · texte numérisé non relu

Fabre. Histoire des Clercs de la Basoche

AVOCATS, rnOCrRELUlS, HOMMKS I)S KOUi: 237

l'c'uilles de parchemin pour mener à fin un procès, remplies de ci'S mois si utiles à l'éclaircissement d'une ciuse : dixit, vidit, proponit ' .

Les plaideurs, qui voyaieut ainsi dévorer leur substance par ces frais inutiles, ne cessaient de réclamer. Il faut dire qu'à toutes les époques de notre liistoire on a eu pitié de ces cris, et qu'on a essayé de réformer ces longs abus. Les ordonnances abondent pour l'abréviation des procès, mais bien inutiles sans doute, puisque, de génération en génération, ce sont les mêmes malédictions qui poursuivent les mêmes excès.

Notre comédie nationale s'est exercée d'abord sur les gens de robe. L'immortel avocat Patelin est sorti peut-être des mains des clercs de la basoche. Ce devait être quelque original que les clercs voyaient à l'œuvre et qu'ils avaient transporté tout vivant sur leurs tréteaux.

Le poète Guillaume Coquillard, au xvi^ siècle, nous mène à l'audience, il nomme les personnages qui composent le tribunal. Ces noms sont des plus expressifs et des plus plaisants. C'est d'abord le juge, maître Jean l'Étoffé, gros, gras et lourd, qui dort pendant la plaidoirie de l'avocat, mais qui se réveille à temps pour l'heure du dîner, et qui n'oublie pas de réclamer ses épices : a Ce sont les droits de nos offices. » Il a pour assesseurs M^Oudart de Maingarnie, et M^ Pierre Hippart...

La satire prend mille formes diverses pour attaquer les mêmes personnes. Tantôt c'est le diable qui vient dans la grand'salle du Pcdais se mêler aux travaux des procureurs et des avocats. 11 est aussi habile qu'eux, mais non pas plus adroit à gloser sur un texte, ou à commenter une loi. Ailleurs, c'est Snlan qui, ayant besoin de nouvelles recrues, envoie ses lieutenants ramasser les impies, les ivrognes, les taverniers, et quérir à

1. Alexis Monteil. Histoire des Français des diosrs états : xv siècle, ï Avocat.

Paris, h Bordeaux, à Rouen ou à Rome les plaidereaulx et les advocaceaux. Ils seront en enfer rôtis et brûlés \

Ainsi, sur la terre, la haine de tout le monde; après la mort, les châtiments éternels.

Jenin Landore, dans une farce qui porte son nom, revient du paradis; un clerc l'interroge sur ce qu'il y a vu : « Y a-t-il au ciel beaucoup de sergents? — Non, je n'en vis aucun. — Et des procureurs? — Je vais vous dire la vérité : il y en est venu un, mais il a tellement étourdi Dieu par son babil qu'il a été mis à la porte. — Ainsi point d'huissier, point de procureur; mais y a-t-il des avocats? — Oh! oui, mais un seul. C'est M"^ Yves de Kaermartin. «Aussi quel homme! Quand il ne pouvait pas accorder deux plaideurs, il leur disait la messe, ayant pris les ordres à Paris. II en appelait lui-même des sentences qu'il avait rendues comme juge et il plaidait devant les tribunaux pour faire réformer ses propres arrêts. On chantait en son honneur un couplet qui n'était guère à la louange de ses confrères :

Sanctus Yvo erat Brito, Advocatus, et non latro :

Res miranda populo.

Il y avait sur l'entrée de saint Yves au paradis deux traditions : les uns disaient qu'il y vint en compagnie de saintes femmes. Le portier du paradis, saint Pierre, leur crie : Qui va là? et les saintes femmes répondent : Dt-.s religieuses — Attendez là, reprend saint Pierre, nous en avons assez. Puis, s'adressant à saint Yves: Et vous, qui êtes-vous? — Un avocat. — Oh ! entrez, nous n'en avons pas. D'autres prétendent qu'il s'était faufilé dans le paradis, et que, lorsqu'on s'aperçut qu'il y était entré, on voulut l'en bannir. 11 se souvint fort à propos des formalités de la procédure. Je ne sorti-

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