II
gaiement beaucoup aux critiques, aux histoi*iens e notre temps qui se sont occupés du xvn® siècle, l'est à eux sans doute que je suis redevable du bon ccueil que ces travaux ont déjà reçu d'un public estreint et spécial, car la plupart dexes études ont té d'abord des conférences faites à la Sorbonne, à i salle de la rue Scribe, au boulevard des Capuines. Plusieurs ont paru, recueillies par la sténo- ;raphie, dans Isl Revue des Cours littéraires. Je ne puis [ue souhaiter à cette épreuve nouvelle et plus périlleuse un succès égal à celui de la première, ans oser me le promettre.
Ch. GiDEL.
sont pas trompés. Ils en ont parlé avec une hardiesse qui nous étonne. Quand nous n'aurions que le témoignage de La Bruyère, c'en serait assez pour amortir le feu de notre enthousiasme et nous faire songer. Que dire des révélations si redoutables de Saint-Simon, ce gentilhomme qui, en léguant, du fond de la tombe, aux âges suivants les indiscrétions d'un esprit éclairé et d'une vertu chagrine, a jeté sur son temps une lumière qui ne laisse plus rien de secret? Il se couvrait du rempart de la mort, c'était de la prudence; il voulait laisser éteindre les noms qu'il avait flétris, c'était obéir au sentiment respectable des égards que l'on doit aux vivants. Molière n'y mettait pas tant de circonspection et de timidité. Il s'attaquait en face à des ennemis dangereux et rancuniers. Sans doute, il ne nommait personne, mais chacun se reconnaissait sans peine dans ses portraits ; il avait pour lui la protection du maître, mais il n'en était pas si bien couvert qu'on ne pût l'atteindre à plus d'un endroit. En jouant les marquis sur la scène, il montrait autant de courage que de pénétration d'esprit. Ce sont des traits épars d'une peinture singulièrement vive que nous voulons réunir ici. Nous y ajouterons autant que possible un commentaire emprunté aux documents historiques du siècle. À peine arrivé dans Paris, inconnu, sans protecteur, sans autre appui que son talent, MoUère engage la lutte avec la portion de la société la plus chatouilleuse et la plus irritable. Il s'attaque aux gens du bel air. Les marquis, leurs manières ridicules, leur maintien affecté, leur langage prétentieux, leur présomption, leur suffisance, leurs modes exagérées font le principal objet de la satire qui remplit et égaie la comédie des Précieuses. Bossuet semble compter pour rien cette réformation a des mines affectées et des canons trop larges » ; il pourrait avoir raison de la mépriser, s'il parlait d'un prédicateur chargé par sa vocation de corriger les âmes, et de faire, suivant le langage de Bossuet lui-même, les fruits d*uue pénitence solide.
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Mais telle n'est pas sans doute la mission d'un auteur comique! et d'ailleurs Molière ne s'en tiendra pis là. Il saura, lui aussi, donner de plus graves leçons de morale, atteindre le vice; mais le temps n'en était pas encore venu. Pour le moment, il s'en tient aux dehors de la place, aux avant-postes pour ainsi dire: ses coups n'en portent pas avec moins de force. C'est d'abord, dans les Précieuses ridicules^ le costume des marquis