‹ Les Français du XVIIe siècleChapitre 103 sur 108 · UNE FEMME SAVANTE · texte numérisé non relu

UNE FEMME SAVANTE

tique, désigne la dot en mines et talents, est-ce là faire preuve d'instruction réelle? Se pâmer aux vers de Trissotin, porter aux nues les sottes inventions du plus méchant des poètes, est'CC avoir la tête bien saine ? Non, sans doute, et Chrysale n'a que trop raison contre toutes ces chimères d'esprits nourris

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d'une viande si creuse. Tant d'étranges soiédsmes en conduite devaient enfin le pousser à décharger sa rate.

Néanmoins, ne nous lassons pas de le dire, il n'est pas rhomme sensé de la pièce. Cbrysalde, Ariste, dans V École des femmes et dans celle des Maris, ont fait justice de Tt^oïsme et de la grossièreté qui voudraient dépouiller la femme <( de son noble rang de compagne de Thonmie, faite comme lui pour connaître et aimer, et qui prétendent la réduire à lacoudition d'une servante, d'un être inférieur, dont- on ne daigne cultiver ni l'esprit ni Tâme ».

Dans les Femmes savantes, Olitandre dit le dernier mot de Molière sur l'éducation des femmes; c'est en quelque sorte, dit M. Cousin, son secret qui lui échappe, la lumière qui éclaire à nos yeux toutes ses contradictions apparentes :

Je consens qu'une femme ait des clartés de tout,

Mais je ne lui veux point la passion choquante

De se rendre savante afin d*étre savante.

£t j'aime que souvent aux questions que l'on fait

Elle sache ignorer les choses qu'elle sait :

De son étude enfin je veux qu'elle se cache.

Et qu'elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache.

Admirables paroles qui nous montrent ici, en particulier, comme en toutes choses, Molière partisan de la juste mesure, ennemi de tous « les excès contraires, également ridicules, l'ignorance qui fait des Agnes, et la pédanterie des Phila mintes ».

Ce langage de la raison fut entendu, et les mœurs publia ques s'y conformèrent. On vit alors toute une génération de femmes charmantes. Désabusées des habitudes des précieuses, libres de tout entêtement scientifique, elles montrèrent ce que peut, dans des naturels heureux, une éducation bien faite. De 1660 à peu près, jusqu'au moment où la vieillesse vient

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l'éducation des femmes 433

assombrir Louis XIV et sa cour, il serait difficile de trouver en aucun temps de plus agréables personnes. Tout le monde sait, pour Favoir lu dans Bossuet, de quels dons sérieux était ornée la malheureuse Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans. Le grand prédicateur nous dit avec quelle finesse, quelle justesse de goût, quelle sûreté de jugement elle discernait les beautés de l'esprit. C*élait à elle que Racine dédiait Andromaque; c'était pour lui obéir que Corneille rentrait en lice avec son jeune rival et trailait, malheureusement pour sa gloire, le sujet de Bérénice,

Madame de La Fayette crée le roman nouveau dans la Prmcesse de Clèves et fait pour toujours oublier le Grand Cyrus et Ylllusire Bossa. Elevée par Ménage, un homme dont la réputation de savant ridicule est sans doute imméritée, elle échappe comme madame de Sévigné à rafTectation du savoir et du bel esprit.

Qui donc pourrait oublier celle-ci dans une liste des femmes aimables et sensées qui ont illustré la France? Quelle rectitude, quelle science I quelle modeslic, quelle conduite ! Elle sait beaucoup, voit-on jamais qu'elle s'en targue et s'en vante? Elle connaît le latin; elle n'est peut'-être pas capable, comme cer- ,taine abbesse de Montmartre, de traduire Platon, ou, comme madame Dacier, de donner Homère en français, mais ni Tilalien, ni l'espagnol ne lui sont inconnus. En quoi pourtant ce savoir estimable la gâte-t-il à nos yeux? Au contraire, il la relève et la soutient; c'est son agrément le plus vif. Même quand elle écrit ses lettres les plus frivoles, on sent chez elle le fond solide et durable d'une éducation bien faite. Molière perlait tout à l'heure de cette femme d'esprit qui, pour violer son devoir et l'oublier, devrait à tout le moins le vouloir; il disait, sans l'exprimer, que les lumières de l'intelligence profitent toujours au cœur, que la responsabilité s'accroît avec les connaissances et que le mal est plus difficile à commettre

lorsqu'à la droiture de Tàme s'unissent les bons effets d'une éducation sérieuse.

Madame de Sévigné en est l'exemple. Mal mariée d'abord, débarrassée enfin par un duel d'un époux frivole, léger, tout à foit indigne d'elle, restée veuve à vingt et un ans; assez belle pour attirer les yeux de tous les hommes, fort en vue dans le monde; libre dans ses démarches, sans. blesser les convenances, jamais personne, même son méchant cousin Bussy de Rabutin, ne trouva à mordre sur elle. Quelle mère dévouée et tendre i Quelle économe intelligente de sa fortune ! quelle amie empressée! quelle solide raison, quelle gaieté! quelle piété vraie sans superstition, sans erreur, sans timide asservissement l Reconnaissons, en elle tout ce que peut une éducation dirigée par des hommes, car elle fut élevée par deui hommes. Ménage et l'abbé de Coulanges, le bien bon. Quel couvent aurait produit un si parfait ouvrage?

La Fontaine a immortalisé l'esprit, les vertus et le savoir de madame de La Sablière. Il a célébré en elle, dans son langage original, un esprit qui abeaulé d'homme avec grâce de femme. Instruite et poiot frivole, il la trouvait au-dessus des faiblesses de son sexe. En effet, madame de La Sablière avait de profondes connaissances qui lui ouvraient sur tout de vastes horizons. Elle savait par cœur les plus beaux vers de Virgile et d'Horace. Sauveur et Roberval, tous deux de l'Académie des sciences, lui avaient montré les mathématiques^, la physique et l'astronomie. Bernier qui logeait chez elle lui avait enseigné l'histoire naturelle et Tanatomie. C'est pour elle qu'il fit un abrégé des ouvrages de Gassendi. Tant de science ne nuisait en rien aux charmes de son sexe; sa maison était le séjour des grâces, de la joie et des plaisirs. Son mari joignait aux talents du poète la politesse de l'homme du monde, le don et Thabitude de plaire. Les Lauzun, les Rochefort, lesBrancas, les La Fare, les de Foix, les Cbaulieu aimaient à se réunir chez elle. On ;

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