MADAME DE MAINTENON
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Qu'on ne s'y trompe pas, ce que je blâme, ce n'est point cet appel constant à la piété, à la sagesse d'esprit, à la modération du savoir; non, non., tout cela est précieux, nécessaire, c'est le fond de l'éducation des femmes. Mais ne peut-on pas dire qu'il y a quelque chose d'étroit et de préjudiciable à l'intelligence dans cette prévention contre les études profanes ? Ce serait faire le plus grand tort à la religion, à la piété, de prétendre qu'elles ne sont compatibles qu'avec l'ignorance. Toute i'histoii'e de l'Église et de la France se lèverait contre une telle erreur.
Après cela, madame de Maintenon est admirable dans les soins de mère et de gouvernante qu'elle prodigue à ces petites filles. Dans ces dernières années elle va tous les jours à Saint- Cyr, Sa prévoyance porte sur tout. Elle redouble ses conseils sur la nécessité d'être modeste; la timidité, une sorte d'embarras et même de gaucherie dans ces jeunes filles, ne lui déplairaient pas. Elle aime à les voir ne point se presser de répondre, ou bien le faire par un oui, par un non. Elle abonde en petites anecdotes pour les instruire, pour les rendre précautionnées, attentives dans toutes leurs démarches, polies avec les valets; enfin, elle leur inspire ces principes de vigilance sur elle-même, cet empire sur leur esprit, qui a fait d'elle, la veuve de Scarron, la femme du roi de France. Elle apprend aux enfants à coudre, à tenir leur ouvrage, à conduire leur aiguille. Elle les fait jouer aux petits jeux d'esprit, aux proverbes; elle leur donne l'explication grammaticale de certains mois; elle leur fait elle-même des modèles de lettres, pour un père, pour un oncle, pour une bienfaitrice.
Au milieu de ces petits soins, elle n'oublie pas le roi. Dieu et Louis, tout est là. Nos armes remportent une victoire, elle demande aux jeunes pensionnaires pourquoi elles en sont bien aises. Chacune répond à sa guise, mais il n'y en a qu'une qui, plus avisée que les autres, trouve la vraie réponse que
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madame de Maiotenoo voulait : • Parce que cela fera bien plaisir au roi. > Elle la comble d'éloges, cette jeune lille. L.e rm! devant lui, il n'est {dus question de la France, de ses avantages, de sa sécurité, de sa gloire. Le roi, ce mot dit tout, parce que, sans doute, Louis XIV n'a rien de plus cher que les avantages, la sécurité et la gloire de la France.
Quoique timide à l'excès, madame de Maintenpn a du bon sens, et souvent, chez elle, il impose silence à des scrupules auxquels on pourrait la croire plus sensible qu'elle n'est. Une jeune fille ayant rougi de ce que son père, au parloir, avait prononcé le mot de culotte, elle blâme cette pudeur insensée dans une enfant. Une autre s'arrête un jour en récitant les sept sacrements de l'Église, elle se met à rire d'une manière embarrassée, elle n'ose noomser le mariage. Madame de Maintenon Ten blâme en ces termes si raisonnables : c Quoi! un sacrement institué par Jésus-Christ, qu'il a honoré de sa présence, dont les apôtres détaillent les obligations, et qu*il faut apprendre à vos filles, ne pourra pas être nommé! Voilà ce qui tourne en ridicule l'éducation des couvents ! Il y a bien plus d'immodestie à toutes ces façons-là, qu'il n'y en a à parler de ce qui est innocent, et dont tous les livres de piété sont remplis. Quand elles auront passé par le mariage, elles verront qu'il n'y a pas de quoi rire. 11 faut les accoutumer à en parler très sérieusement et même tristement, car je crois que c'est l'état où l'on éprouve le plus de tribulations, même dans les meilleurs ! »
Voilà de tristes paroles qui se sentent de la dure expérience que madame de Maintenon avait faile de la vie. Femme d'abord d'un cul-de-jatte, du pauvre Scarron, elle avait trouvé auprès de lui plus de plaisir et d'agrément qu'auprès du grand roi, dont l'égoïsme l'accablait sous les incommodités d'une élic(taetle rigoureuse.
Il serait intéressant, dit Théophile dc Lavallée, de suivre
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dans les pelitcs villes, dans les provinces et dans les campagnes, ces jeunes filles sorties de Saint-Cyr. Elles durent assurément y faire de bonnes mères de famille, fort attentives aux soins du ménage; mais je doute qu'elles aient beaucoup attiré les yeux par leur esprit, leurs lumières et leurs agréments. Cette seconde volée de Saint-Cyr, comme dit Sainte-Beuve, fut moins brillante que la première dont la gloire fut madame de Caylus^ cette autre nièce de madame dèMaintenon, en qui se trouvèrent unies, avec le bon sens de sa tante, la grâce et Turbanité du xvu® siècle finissant.