CONCLUSION
Nous venons d'étudier la société française du xvii® siècle en la prenant à presque tous les étages; il est temps de conclure et de mettre en relief la pensée dont s*anime ce travail. Malgré nos imperfections, malgré nos coupables défections, malgré les horreurs cruelles dont nous avons naguère été les témoins épouvantés, j'ose dire qu'à certains points de vue de la politique et de la morale publique nous valons mieux aujourd'hui que ne valaient nos pères du xvii® siècle.
Je sais combien il peut sembler étrange de tenter une apologie de notre temps. Une équivoque est facile, et je dois la prévenir. Je réprouve de toutes les forces de mon âme les crimes qui nous ont humiliés et flétris dans ces dernières années. Mais, s'il nous faut baisser la tête devant de si farouches
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attentats, nous n'en devons pas moins respecter et défendre les conquêtes faites par la société française depuis 1789.
Un grand nombre d'hommes illustres, au temps de Louis XIV, avaient, il est vrai, devancé leurs contemporains dans la voie du progrès; de grands ministres, qui étaient en même temps de grands citoyens, avaient travaillé à fonder des institutions utiles; le roi lui-même les y avait encouragés parfois; il faut Fa vouer cependant, la marche était lente; d'énormes obstacles rentra vaient. Vauban réclamait en vain la justice et Téquité contre des privil^es criants ; la raison et Thumaaité avaient de la peine à faire pénétrer leur voix, soit dans les conseils de la justice, soit dans ceux de TÉglise.
Des courtisans raffinés dans les intrigues, dans le vice et parfois dans la cruauté ; des richesses scandaleuses, là où devaient régner sans partage Thumilité et la pauvreté ; des juges que « leurs artifices et leurs coups hardis faisaient redouter », c'est Bossuet qui nous le dit; des médecins ignorants et entêtés; des docteurs opiniâtres qui poursuivaient toute vérité dès lors qu'elle n'était pas dans leurs cahiers; des paysans misérables et corrompus par la misère, tel est à peu près le spectacle que nous voile l'éclat extérieur de cette brillante époque. Il faut pourtant dissiper cette illusion, et voir la vérité où elle est.
11 n'est pas probable que la France retrouve jamais un âge plus magnifi:iue dans ses œuvres, plus glorieux dans ses triomphes, plus pompeux dans son faste. L'esprit français, on peut le croire, ne remontera plus à ce haut degré de beauté littéraire dont nous sommes encore éblouis: mais d'autres avantages compenseront ces pertes. Les lumières plus répandues, la justice mieux pratiquée dans les relations sociales, la politique fondée sur de meilleurs principes, la liberté civile et religieuse définitivement assurée, la science se développant sans entraves, les mœurs moins élégantes en apparence, mais