Acte !•', scène m
VOUS ai dérobée à la clôture d'un couvent, que vous avez rompu des vœux qui vous engageaient autre part, et que le ciel est fort jaloux de ces sortes de choses. Le repentir m'a pris et j'ai craint le courroux céleste. J'ai cru que notre mariage n'était qu'un adultère déguisé, qu'il nous attirerait quelque disgrâce d'en haut, et qu'enfin je devais tacher de vous oublier, et vous donner moyen de retourner à vos premières chaînes. Voudriezvous. Madame, vous opposer à une si sainte pensée et que î'allasse, en vous retenant, me mettre le ciel sur les bras *? » a Ah ! scélérat, s'écrie Dona Ëlvire, c'est maintenant que je te connais tout entier». Nous en pouvons bien direautanl. Molière n'a point laissé d'ombre dans son œuvre. Le portrait est éclairé de la plus vive lumière, rien ne peutdésormais noussurprendre. Que Don Juan poursuivi par la vengeance des hommes se jette dans les grimaces de l'hypocrisie, c'est fort naturel. Un athée peut sans peine prendre le masque de la piété; il ne craint pas d'irriter Dieu, puisqu'il le nie dans son àme. Mais voyons à fond la pensée de Molière, Après Tartufe^ après les grandes cabales qui l'avaient traversé, c'était bien de la hardiesse que d'oser s'exprimer sur ce vice comme il l'a fait. Il le fallait pourtant afin d'achever le portrait des gentilshommes et des grands, a L'hypocrisie, dit Don Juan, est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus... Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement; mais l'hypocrisie est un vice privilégié qui, de sa main, ferme la bouche à tout le monde et jouit en repos d'une impunité souveraine. On lie, à force de grimaces, une société étroite avec tous les gens du parti. Qui en choque un, se les attire tous sur les bras... Combien crois-tu que j'en connaisse qui, parce stratagème, ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse, qui se font un