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Idem

32 LES FRANÇAIS DU XVIl^ SIÈCLE

bouclier du manteau de la religion, et, sous cet habit respecté, ont la permission d'être les plus méchants hommes du monde^?» Ce ne sont pas là de ces lieux communs de morale qui, dans leur généralité, deviennent propres à tous les temps et à tous les hommes; c'est une peinture vive ; ce sont des portraits dont l'auteur a vu Texemplairc sous ses yeux et qu'il a transportés sans façon sur la scène.

Don Juan n'aurait pas été un parfait gentilhomme s'il avait manqué de courage. Aussi Molière s*est-il bien gardé de Ten priver. Il en a, et du plus brillant. Loin de fuir le danger, il le recherche. L'épée une fois à la main, il prend une magnanimité chevaleresque. Un homme qu'il ne connaît pas est attaqué par des misérables ; sans balancer, il s*élance. L'action de ces coquins lui parait si lâche qu'il croirait y prendre part en ne s'y opposant pas. « Mais quevois-je? un homme attaqué par trois autres! la partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté ». Le premier mouvement est généreux, il est vrai, dans ces âmes-là. 11 révèle ces qualités d'origine et d'éducation dont les races nobiliaires ne sont jamais dépourvues. En toutes les autres circonstances de la vie, la justice les touche peu : elles la sacrifient sans remords, parce que, suivant la fière et terrible expression d'un grand seigneur *, « pour eux tout est de droit », L'honneur, dans le sens restreint de ce mot, subsiste longtemps, même dans les cœurs les plus avilis. 11 serait impossible de faire comprendre à Don Juan qu'une fille arrachée à son couvent, puis abandonnée, qu'un créancier éconduit, qu'une insulte faite à son père sont autant d'atteintes portées à l'honneur : il n'entendrait rien à ce langage. Une attaque injuste et lâche réveille, au contraire, aussitôt chez lui une vertu qui ressemble à la justice.

Il ne faudrait pas pourtant s'y tromper. Il entre beaucoup

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