LE CARDINAL DE RETZ
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qu'une vocation : la commodité offerte par TÉglise de placer utilement et honorablement les enfants d'une famille nombreuse.
Il n'est pas malaisé de voir quel appât attirait la noblesse vers le Lien des pauvres. Elle y trouvait, avec la pompe et la majesté de la religion, les avantages de la richesse et la souveraineté du rang. Les postes de cardinaux, d'archevêques, d'évêques, même d'abbés, primaient dans le royaume les distinctions civiles ou militaires les plus orgueilleuses; le grand état de maison, lés livrées, les équipages, le train de la dépense, l'affluence de tous les plaisirs s'ajoutaient à cette supériorité déjà si flatteuse. Un prélat qui ne couchait pas sur la cendre, qui ne portait ni le cilice, ni la haire, pouvait mener sans scandale et sans blâme une existence prodigieuse. La grandeur des revenus, le haut rang à la cour, la nécessité de le soutenir, appelaient naturellement le luxe et le faste.
Nous avons vu de no3 jours des cardinaux richement dotés, appelés de droit aux honneurs les plus élevés dans le pays : mais qu'est-ce que cela auprès des cardinaux d'autrefois! Un de leurs privilèges, dit Saint-Simon, était de pouvoir tout engloutir. On avait, suivant lui, le peu de sens d'en vouloir en France, et la manie de se persuader qu'il leur fallait cent mille écus de rente à chacun. Les pensions du roi, les archevêchés, les gros bénéfices étaient pour eux. Le cardinal de La Trémoille, frère de la princesse des Ursins, chargé des affaires du roi à Rome, outre les fortes rétributions attachées à cet emploi, avait à lui seul le riche archevêché de Cambrai et cinq abbayes dont deux fort grosses. Saint' Amand et Saint-* Etienne de Caen. Le cardinal de Bouillon touchait les revenus des abbayes de Cluny, de Saint-Ouen de Rouen, de Saint- Waast d'Arras, de Saint-Martin de Pontoise, de Saint-Pierre de Beaujeu, de Tournus et de Vigogne. Le cardinal d'Estrées joignait à l'abbaye de Long-Pont celle du Mont-Saint-Élor, de
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Saint-Nicolas-aux-Bois, de la Staffarde en Piémont, de Saint- Claude en Franche-Comté, d'Anchinen Flandre, de Saiiit-Germain-des-Prés dans Paris K
Ces amples revenus n'étaient pour ainsi dire que la manifestation extéiieurc de privilèges politiques d'une étendue excessive. Unie à la puissance religieuse, cette puissance de la richesse mettait des sujets en état de faire compter avec eux « d'attenter, dit encore Saint-Simon, tout ce que bon leur semblait et de narguer impunément les rois et les lois ». Ce farouche ennemi de toute élévation, en dehors de celle des ducs et pairs, est excellent à consulter ic*. Mieux que personne, il peut faire mesurer à quelle hauteur l'Église portait ses princes et ses grands dignitaires. On ne saurait mieux dire que lui dans ce passage: « Le roi avait senti au commencement de son règne le poids insultant de cette pourpre, jusque dans la capitale, par le cardinal de Retz qui, après tout ce qu'il avait commis, força enfin à lui faire un pont d'or et à se faire recevoir avec toutes sortes de distinctions et d'avantages. »
Pour des âmes avides du pouvoir politique, rien n'était plus digne d*envie que le titre de cardinal ; à celles que de moins nobles passions dominaient, cette condition donnait la liberté de les satisfaire.
- Un cardinal, d'après le témoignage du même écrivain, était en droit de « passer sa vie au jeu, à la bonne chère et avec les dames les plus jeunes et les plusjolies; d'avoir sa maison pleine de monde pour le rendez- vous et la commodité des autres, de leurs amusements, de leurs plaisirs et pour le centre des siens; d'y donner des bals et des fêtes, d'y étaler tout le luxe et la splendeur en tout genre qui peut flatter, surtout de n'entendre plus parler de livres, d'étude, de rien d'ecclésiastique; d'aller régner dans son diocèse sans s'en mêler; de n'en être passeu-
1. Mémoires du duc de Samt-Simon, t. XI, 220; V, 341; X, 23; 1, 20; IIF, 64.