‹ Les Français du XVIIe siècleChapitre 41 sur 108 · Sainte-Beuve, Nottveaux LundiSy t. Y · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Nottveaux LundiSy t. Y

n'eut plus besoin de lui pour les évêchés el les abbayes, l'abandonna; les grâces de son esprit et de son corps se flétrirent: € il ne trouva de ressources qu'à se renfermer' avec sa bonne amie, la duchesse de Lesdiguières, qu'il voyait tous les jours de sa vie, ou chez elle ou à Gonflans, dont il avait fait un jardin délicieux et qu'il tenait si propre, qu'à mesure qu'ils s'y promeuaiént tous deux, des jardiniers les suivaient à distance pour effacer leurs pas avec des râteaux. Les vapeurs gagnèrent l'archevêque; elles s'augmentèrent bientôt et tournèrent en légères attaques d'épilepsie. » vanité des choses humaines ^ ! Avant de montrer les nouvelles maximes que madame de Haintenon fit prévaloir, voyons encore quelques exemples des mœurs longtemps permises jusque dans le sanctuaire. Monsieur de Langres était de la famille des Simiane, ûlset frère de MH. de Gordes, tous deux chevaliers de l'ordre. De bonne heure, premier aumônier de la reine, il avait pris le ton de la cour. Ce n'est pas qu'il y eût rien d'infâme où d'indigne en sa conduite. « Il n'avait rien de mauvais, dit Saint-Simon, même les mœurs ». C'était un vrai gentilhomme répandu dans le plus grand monde et le plus distingué, il n'était personne qui ne Taimât: on l'appelait volontiers le Bon Langres. 11 n'y avait qu'une chose à redire : « Il n'était pas fait pour être évêque. t> Sa passion dominante était pour le jeu. Toutes les distractions en ce genre lui convenaient, et il hasardait sur le tapis les plus grosses sommes du monde. Les sociétés qu'il fréquentait n'étaient rien moins qu'apostoliques. « Monsieur de Yendôme, Monsieur le Grand et quelques autres de cette volée lui attrapèrent gros deux ou trois fois au billard. Il ne dit mot, et il s'en alla à Langres où il se mit à étudier les adresses du billard, et s'enfermait bien pour cela, de peur qu'on ne le sût. De retour à Paris, voilà ces messieurs à le presser de jouer

i . Mémoires du duc de SaintSimony t. I*% p. 179-180.

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au billard, et lui de s'en défendre comme uq homme déjà battu, et qui, depuis six mois de séjour à Langres, n'a vu que des chanoines et des curés n». On insiste, il cède, il gagne et se moque d'eux ensuite ^

Six mois d'une vie épiscopale consumés à pousser des billes sur un tapis vert, un pasteur des âmes rachetées par le sang d'un Dieu s'enfermant pour étudier les doublets et les carembolages, quel plaisant spectacle I Que pouvait-on dire dans l'antichambre de Monseigneur aux bons diocésains qui demandaient à le voir? Dans Âvranches, au moins, au temps du savant Huet, on donnait une excuse honorable et vraie aux Normands qui visitaient leur évéque pour affaires, quand on répondait : « Monseigneur étudie. » Les laquais savaient bien de quelles études il s'agissait. Us le savaient aussi à Langres et ne se gênaient sans doute pas pour en rire.

Ces évéques hétéroclites étaient les fruits nécessaires de l'ingérence royale et politique dans l'Église. Les dignités ecclésiastiques étant du ressort de l'administration du royaume, la volonté a'un maître aussi despotique que Louis XIY faisait seule les pontifes et les prélats. Le mal remontait au concordat de François I®% et il n'avait fait que s'aggraver. II était difficile à un prince jaloux de son autorité de faire toujours d'excellents choix. Trop de piété pouvait porter à la résistance. Un zèle austère passait pour une humeur mélancolique et sombre dont on devait redouter les plus noirs et les plus violents effets. Sans doute, la conscience du chrétien recommandait à Louis d'écarter les indignes, mais la susceptibilité royale s'effarouchait d'une trempe d'esprit trop rigide. Il fallait craindre aussi de prostituer l'épiscopat à des gens sans naissance. Il fallait reconnaître les services d'une longue fidélité : n'avonsnous pas vu qu'un évèché était parfois la récompense d'une

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