Journal d'Olivier d'Ormesson, t. I", p
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y voyait les confrères de Saint-Michel porter sur Tépaule de grandes épées. Ils avaient au milieu d'eux un homme habillé en diable qu'un petit enfant habillé en ange tenait enchaîné, et qui de temps en temps faisait mine de lui donner de son épée pour le terrasser, et de le fouler aux pieds. Les confrères de Sainte-Barbe et de Saint-Sébastien avaient des mousquets dont ils faisaient de fortes décharges. Suivant les circonstances, des troupes de garçons habillés en Maures lançaient des flèches; des chars de triomphe portaient le pape et les cardinaux; des Turcs, des Persans en veste bleue leur faisaient cortège; d'autres chars paraissaient chargés d'enfants habillés en anges et en vierges entourant le saint dont on fêlait la mémoire. Des devises, des anagrammes, des banderoles attiraient les yeux. Des écoliers vêtus très richement à la romaine montaient les plus fins chevaux qui fussent dans le pays. On ne manquait jamais d'y ajouter une troupe de sauvages ou de garçons habillés avec des feuilles d'arbre.
Tout ce grand attirail, qui rappelait si bien les d.ionysiaques, n'était pas toujours toléré par les évêques, surtout quand on portait en procession le saint sacrement; il paraissait alors à une autre heure. Les violons n'eu étaient pas absents.
Les contrées du Midi n'étaient pas moins engouées de ces représentations. Elles convenaient surtout à ces esprits pétulants. A Marseille, voici ce qui se passait à la procession du capitaine Saint-Victor. Le capitaine se mettait à genoux devant l'abbé pour recevoir sa bénédiction; il prenait rang à la procession avec les moines; il tenait son psautier et chantait avec eux. Bientôt il posait son livre, saisissait une lance, montait à cheval, fournissait une course, venait reprendre son rang et son psautier. En l'honneur de saint Lazare, on voyait défiler orphelines, orphelins, pauvres femmes, pauvres hommes, pénitents, ermites, moines, prêtres, croix de cristal
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« J'ai été avec elle (madame de Vins), Tabbé Arnauld et d'Hacqueville voir passer la procession de Sainte-Geneviève; nous en sommes revenus de très bonne heure, il n'était que deux heures; bien des gens n'en reviendront que ce soir. Savez-vous que c'est une belle chose que cette procession? Tous les différents religieux, tous les prêtres des paroisses, tous les chanoines de Notre-Dame, et M,^ l'archevêque pontiiicalemént, qui va à pied bénissant à droite et à gauche, jusqu'à la métropole; il n'a cependant que la main gauche; et à la droite, c'est l'abbé de Sainte-Geneviève, nu-pieds, précédé de ISO religieux, nu-pieds aussi, avec sa crosse et sa mitre, comme l'archevêque, et bénissaot de même, mais modestement et dévotement et à jeun, avec un air de pénitence qui fait voir que c'est lui qui va dire la messe dans Notre-Dame. Le Parlement en robes rouges, et toutes les compagnies supérieures suivent cette châsse, qui est brillante de pierreries, portée par vingt hommes habillés en blanc, nu-pieds. On laisse en otage, à Sainte-Geneviève, le prévôt des marchands et quatre conseillers, jusqu'à ce que ce précieux trésor y soit revenu. Vous m'allez demander pourquoi on a descendu cette châsse: c'était pour faire cesser la pluie et pour demander le chaud. L'un et l'aulre étaient arrivés au moment qu'on a eu ce dessein, de sorte que, comme c'est en général pour nous apporter toutes sortes de biens, je crois que c'est à elle que nous devons le retour du roi*. »
C'est une femme, direz-vous, qui amuso sa curiosité et son oisiveté; tels amusements ou telles dévotions sont faits pour les personnes de ce sexe. Peut-être les hommes, quand ils n'étaient ni d'Hacqueville, ni abbés, étaient-ils indifférents à ces dislractioQs. Vous vous trompez. Le désir de voir les y entraînait comme les fenmies; un motif de piété les y condui-