Scène vi
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Déjà il a fait voir dans Mascarille rimpertineute prétention des gens du monde à régler Jes rangs entre les auteurs, à prendre avec eux un air d'autorité et de protection. Le héros des Précieuses 2i sa cour de beaux esprits, il a sa clientèle d'écrivains dont il s'engage à faire valoir les œuvres. « C'est la coutume ici, qu à^ious autres gens de condition, les auteurs viennent lire leurs pièces nouvelles pour nous engager à jes trouver belles et leur donner de la réputation, et je vou^ laisse à penser si, quand nous disons quelque chose, le parterre ose contredire ! Pour moi, j*y suis fort exact; et quand j'ai promis à quelque poète, je crie toujours : « Voilà qui est beau ! \> devant que les chandelles soient allumées*.»
On sait par les chagrins de Racine quels tristes déboires ces cabales préparaient aux auteurs qui n'avaient pas le don de leur plaire. Le duc de Nevers, qui n'était pas tout à fait un Mascarille, soutenant la Phèdre de Pradon, voilà les hauts faits de ces gens de condition ! Il ne leur était pas difficile d'amasser autour d'eux les rivaux des poètes qui réussissaient. Ainsi se formait cette nuée de corbeaux dont les croassements décourageaient le génie, quand il manquait de celte noble hardiesse qui animait Molière et même Boileau. L'auteur de tant de chefs-d'œuvre comiques n'attaquait pas impunément cette suffisance insolente des grands seigneurs fiers de jujer sans étude et raisonner de tout. Son ami Despréaux a rappelé ses combats, ses ennuis, ses dangers même, dans ces vers immortels :
Mille dô ses beaux traits aujourd'hui si vantés Furent des sots esprits à nos yeux rebutés :
L'ignorance et l'erreur, à ses naissantes pièces. En habits de marquis, en robes de comtesse, Venaient pour diffamer le chef-d*œuvre nouveau Et secouaient la tête à l'endroit le plus beau.