Furetière. Le Roman bourgeois
les représente sur le quai Saint-Bernard, se livrant à cet exercice et mêlant tous les termes du Palais à leur jeu. Regnard ^ fait dire à Jupiter dans le prologue d'une de ses pièces : a Je me suis arrêté au Petit-Carreau à jouer à la boule avec quatre procureurs; ils ne m'ont laissé que trente sols. — Oix diable vous êtes- vous fourré Jà? dit Arlequin. Ces messieurs savent aussi bien rouler le bois que ruiner une famille. »
Hais voilà que les procureurs perdent ces anciennes coutumes. Us ont maintenantd'autres distractions ; on les reocontre souvent à Vaugirard, à la Tête du Maure, dans le cabaret où se rend la société la plus dissipée. On les voit aussi au Moulin de Javelle. l's se poussent dans le monde, ils arrivent même jusqu'à la noblesse. Ainsi, M. Grimaudin vient d'acquérir le château et la seigneurie de Gaillardin. Elle ne lui a pas coûté grand'chose; il se l'est fait adjuger pour les frais d'une instance qui a duré dix-sept ans; et le fond du procès n'est pas encore jugé. Qu'importe ! il prend possession de sa nouvelle terre. Tout est prêt pour la cérémonie, le village est sous les armes. M. Grimaudin veut qu'on en parle. Il veut aussi avoir des témoins de sa gloire, et Martine lui annonce «deux carrosses tout pleins de madames et une charretée de procureux qui venont d'arriver dans la cour de la farme ». Parmi les paysans, le magister du village sait que Grimaudin n'est que le cousin du meunier de Rougemare. 11 ess:iyera bien de lui susciter quelque embarras, mais il fera des couplets pour la fête, et finira par chanter avec les autres :
Célébrons la victoire D'un procureur fameux Qui, de son écriloire.
S'est fait un destin heuraux.