‹ Les Français du XVIIe siècleChapitre 95 sur 108 · Don Juarif acte HT, scène r · texte numérisé non relu

Don Juarif acte HT, scène r

qu'il pourra vous faire : c'est de la meilleure foi du luoade qu'il vous expédiera; et il ne fera en vous tuant que ce qu'il a fait à sa femme et à ses enfants, et ce qu'en un besoin il ferait à lui-même »..

Celte roideur de confiance en ses jugements, Molière nous la fait voir dans ce passage de Y Amour médecin. M. Tomes a visité un malade, il demande à Lisette comment il se porte :

« Lisette. — Fort bien. Il est mort.

» M. ToMÊs. — Mort?

» Lisette. — Oui.

» M. ToMÈs. — Cela ne se peut.

» Lisette. — Je ne sais si cela ne se peut; mais je sais que cela est.

» M. ToMÊs. — Il ne peut pas être mort, vous dis-je.

» Lisette. — Et moi, je vous dis qu'il est mort et enterré.

» M. ToMÈs. — Vous vous trompez.

» Lisette. — Je l'ai vu.

» M. ToMÊs. — Cela est impossible. Hippocrate dit que ces sortes de maladies ne se terminent qu'au quatorzième ou au vingt et unième jour; et il n'y a que six jours qu'il est tombé malade.

» Lisette. — Hippocrate dira ce qu*il voudra; mais le cocher est mort*. »

Ainsi, M. Tomes, appuyé sur Hippocrate, nierait la lumière du jour plutôt que de douter un seul instant de la bonté de sa propre judiciaire. Il ne lui vient point à l'esprit qu'il ait pu se tromper et prendre une maladie pour l'autre: il ne balance aucune chose. L'impétuosité de sa prévention l'aveugle. Du médecin, cette confiance passe au malade. Bientôt, il semble tenir en la main le fil des jours des mortels. Sa parole est un oracle, ses prédictions vont s'accomplir, et la vie de chacun

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