INTRODUCTION
En 1830, la France ne se rendait pas un compte bien exact de l'effort que ses armées allaient tenter en Algérie ; elle ne voyait pas qu'une latle séculaire, acharnée, se poursuit à travers les âges entre l'idée chrétienne et l'idée musulmane. Les compagnons d'armes de Saint- Louis, les miquelets espagnols, les lansquenets de Charles-Quint, les mousquetaires de Louis XIV ont fait tour à tour leur apparition sur la terre islamique du Moghreb, l'Afrique du Nord, continuant ainsi sans s'en douter la grande lutte entreprise depuis des siècles entre la race âryenne{\) et la race sémzV/^we, lutte marquée par les noms
(1) On appelle race Aryenne ou Aryane ce groupe ethnologique auquel beaucoup d'écrivains donnent le nom d' Indo-Germanique . Cette race se compose de deux branches, celle d'Orient et celle d'Occident. Cette dernière comprend les habitants de l'Eurupc, i". l'exception des Turcs, des Hongrois et des Finnois. Les ethnologistes placent le berceau de la race aryenne entre la mer Caspienne et l'Hindou-Kouch. De ce centre partirent les peuplades qui rayonnèrent vers le nord-ouest. La plus connue peupla l'Europe sous le nom générique de Celtes. — Les Sémites, ou descendants de Sem, formèrent deux branches également, les Sémites monothéistes, comprenant les Juifs et les Arabes, et les Sémites païens, représentés autrefois par les Babyloniens
et les Phéniciens.
(Note des éditeurs.)
prestigieux de Godefroy de Bouillon, du Cid Campéador. de Jean Sobieski.
Le christianisme, issu de l'idée sémitique, n'obtinl qu'un succès relatif auprès des Sémites eux-mêmes., mais eut un effet magique sur la race aryenne ; du coup, cette race, à peine sortie de l'enfance, se haussa prodigieusement et prit le sceptre du monde connu. La race sémite,race toute primitive, toute spontanée, toute d'instinct, eut la perception confuse que l'Europe, patrie de la rac€ aryenne qu'elle avait toujours eue en horreur, allait déborder sur elle. Elle se prépara donc à la lutte, tant il est vrai qu'il y a des presciences instinctives dans les agissements des races. Restée telle que nous la dépeignent les plus anciens récits bibliques, se sachant incapable de ce reploiement intime que s'impose l'espril aryen, elle eut le sentiment vague que la lutte ne se poursuivrait qu'à grands coups d'idées ; elle essaya donc aussi d'avoir son idée à elle. C'est ainsi que l'idée musulmane naquit sur la terre sémitique, s'assimilant ce qu'elle pouvait de l'idée chrétienne dont elle percevait la supériorité, le plus souvent la pastichant outrageusement. Un homme de génie, Mahomet, — les Arabes disent Mohamed, — présenta aux Sémites le Coran, — le Qorân, de qora, lire, — œuvre originale et incohérente, généralement mal jugée et mal comprise par les peuples occidentaux. Le Coran n'imite l'Evangile qu'en le travestissant et ne le copie qu'en prenant en général le contrepied de tout ce qu'il dit. Cette œuvre étrange est à la fois un code religieux, un code civil, un manuel d'hygiène,
un cours d'hippologie, bien autre chose encore. C'est un amas de turpitudes et d'absurdités, et s'il n'avait eu pour premier effet de plonger les peuples de l'islam dans un profond abrutissement, on aurait peine à concevoir l'immense empire qu'il exerce aujourd'hui sur tant de millions d'hommes.
Mahomet n'a réussi qu'en déchaînant les frénésies brutales, les passions abjectes d'une race essentiellement sensuelle et rapace. Pauvres, ne comprenant que des plaisirs grossiers, ne connaissant que des jouissances chétives dans les arides profondeurs de l'Hedjâz, les Arabes ont été vite séduits par un homme qui venait leur dire : Ce nest pas ma parole que je vous présente ; c'est la parole de Dieu, miraculeusement reçue par moi, écrite ensuite par moi.
Le Coran, tel qu'il fut conçu, creusa un abîme entre les deux races aryenne et sémite ; c'est une véritable école de haine et d'intolérance. On y lit par exemple que tout musulman convaincu de connivence avec les infidèles est considéré lui-même comme un infidèle et mérite la mort. Il est plus facile, disent encore aujourd'hui les Arabes fanatiques, adeptes des confréries religieuses musulmanes qui pullulent de Tripoli au Maroc et qui prennent leur mot d'ordre à la Mecque, il est plus facile de mêler l'eau avec le feu que de cohabiter avec des chrétiens. Un Arabe instruit disait un jour au général Daumas : Si l'on faisait bouillir dans la môme marmite un chrétien et un musulman, le bouillon de chacun se séparerait.
Mais, diront quelques optimistes, ces sentiments d'intolérance tendent à s'effacer.
C'est une étrange erreur, car la religion musulmane est avant tout une religion de propagande. Il m'a été ordonné, a dit Mahomet, de tuer tous les hommes jusqu à ce qu'ils confessent qu'il n'y a de Dieu que Dieu et que Mahomet est son prophète.
On comprend si les populations sémites, qui ont la passion du meurtre et auxquelles on promettait la conquête, le butin et le paradis le plus grossièrement sensuel qu'il soit permis de rêver, partirent en guerre avec joie. Unies dans une foi commune, les tribus sémites, d'habitude profondément divisées, se soudèrent et conçurent un moment l'idée de patrie. Il n'y eut ni tièdes ni hésitants ; tous partirent. Dieu, leur avait dit Mahomet, se complaît à voir les rangs serrés à la conquête. Et les rangs des Arabes furent serrés. Ils se ruèrent sur le Moghreb, la terre de l'ouest, et conquirent l'Afrique au galop de leurs chevaux. Tu vois, grand Dieu, s'écria le célèbre Okba en lançant son cheval dans les flots de l'Atlantique; la mer seule arrête tes fidèles.
Mais cette sauvage invocation du conquérant arabe ne devait pas être le dernier mot de son successeur. Par delà l'ancien détroit des colonnes d'Hercule, les côtes d'Espagne se profilaient à l'horizon ; elles tentèrent Tarik, qui débarqua au pied d'un rocher qui a gardé son nom, Djebel-Tarik, montagne de Tarik, dont par corruption les Espagnols ont fait Gibel-Tarik ou Gibraltar. En quelques années l'Espagne fut conquise. Mais les Arabes,
dans leur fureur conquérante, voulurent pénétrer dans la Gaule carolingienne, et les flots de l'invasion sarrasine se brisèrent contre les lourds bataillons francs de Charles-Marlel.
(Eil pour œil, dent pour dent. L'Europe rendit aussitôt rinvasion et se rua aux croisades qui échouèrent par le décousu des efforts. Les hommes d'armes qui suivaient Godefroy de Bouillon ou Richard Cœur de Lion ne se doutaient pas qu'ils étaient d'humbles acteurs dans cette lutte gigantesque entre deux races, car, comme nous venons de le dire, les agissements des peuples sont instinctifs, inconscients. L'homme s'agite et Dieu le mène. Victorieux à Saint- Jean d'Acre, à la Mansourah, et à Tunis, les musulmans essayèrent une dernière fois d'envahir l'Europe ; un peuple sorti des steppes de l'Asie centrale prit la tète de l'Islam et pénétra dans la vallée du Danube. C'est à grand'peine que les cavaliers de Sobieski arrêtèrent devant Vienne les flots de l'invasion turque.
Qui sait si Tàryen, dans cette lutte sans merci, n'eût pas à la longue été vaincu ? Heureusement que le grand mouvement d'idées amené par le christianisme lui avait apporté une arme négligée par le sémite, la science, résultat de l'observation et de l'esprit d'examen. Mahomet s'était proclamé ignorant, invitant à l'ignorance ses grossiers sectateurs, sans doute pour mieux s'imposer à l'imbécillité publique, et faire passer les redites, les moralités niaises, les contradictions, les vieilleries talmudiques dont démaillait ses élucubrations ; il crut faire œuvre
de maître en interdisant à ses fidèles l'étude de la philosophie, des lettres et des sciences. La civilisation arabe avait jeté un certain éclat: tout s'effondra dans le gouff're du renoncement aux choses humaines prêché par les orthodoxes musulmans. La science n'a donc jamais pu révéler au sémite le moindre secret. L'aryen, lui, est en possession des forces scientifiques les plus extraordinaires, telles que la vapeur et l'électricité ; il a perfectionné l'outillage de la guerre et fait de celle-ci une science, et le sémite en est encore, là où il n'est pas frotté de civilisation par des mains intéressées, à son vieux fusil à pierre et à son yatagan de famille. L'Arabe assistera aux spectacles les plus extraordinaires sans même essayer de comprendre ; c'est à peine s'il murmurera : Dieu l'a voulu. En plongeant ses sectateurs dans l'ignorance et l'abrutissement, Mahomet a réussi à fonder une religion sans athées, mais il a préparé l'anéantissement des races musulmanes. Leur décomposition s'opère, leur décadence marche à pas de géant.
C'est une rude charge que de prendre un pays musulman et de le façonner à la vie européenne. Petit à petit, l'Europe se partage les débris du monde islamique ; un jour c'est la Grèce, un autre jour c'est la Russie, un autre jour c'est l'Angleterre qui arrache un morceau de l'empire des califes. Mais un monde ne meurt pas sans être agité par de formidables soubresauts, et la France, qui a mis la main sur une partie de l'Afrique du Nord, a payé et paie encore du plus pur de son sang pour accomplir la tâche que la mystérieuse Providence assigne aux
races supérieures, celle de civiliser autour et quelquefois loin d'elles.
Toute domination en pays turc ou arabe est une compression ininterrompue, exigeant un déploiement continu de forces. Après 1830, la France devait en faire la dure expérience et ne pas tarder à voir qu'il est aussi difficile de pénétrer par les armes que par les idées dans ce monde décrépit avant l'âge. Aujourd'hui encore, après plus d'un demi-siècle d'occupation, nous n'avons pas conquis l'Algérie ; les populations arabes, quoi qu'en disent les optimistes qui veulent s'endormir sur l'oreiller trompeur de la tranquillité, nous sont hostiles. La France a violenté l'Algérie, rien de plus, et il faudra de longues années pour que l'ère des insurrections soit close à jamais. Le nomade, le nomade surtout, est irréconciliable ; l'Arabe nous hait non seulement comme conquérants, non seulement parce qu'il voit que la civilisation européenne aura raison de lui peu à peu, mais encore parce que, croyant sincère, il méprise profondément notre scepticisme.
Qui s'empare d'un pays musulman s'affaiblit. Les Anglais, race éminemment pratique, s'en sont aperçus au Soudan qu'ils ont évacué sans s'attarder à fciire des expérimentations hasardées comme certain peuple de rêveurs, habitant les bords de la Seine, affolé de doctrines humanitaires. Toujours téméraire, la France, cherchant des consolations pour les provinces qui lui ont été arrachées en 1870. trouvant que l'Algérie avait besoin d'un complément, a entrepris en 1881, sans avoir ter-
miné dans ce dernier pays sa tâche civilisatrice, de régénérer la Tunisie, pays qui s'éteignait dans la pourriture et qu'elle ne voulait pas laisser à d'autres. Tâche sur tâche. L'avenir nous apprendra si le moment était bien choisi et si l'effort n'est pas au-dessus des forces de la patrie française.
Le maréchal Bugeaud disaitun jour : « Soyons justes et cléments envers les indigènes, mais n'oublions jamais qu'ils ne connaissent que la force. » Les philanthropes et les politiciens d'aujourd'hui l'oublient trop. Sans connaître l'Algérie et les peuples qui l'habitent, sans s'enquéri/ des vrais besoins de ceux-ci, sans voir que les cerveaux arabes sont façonnés autrement que les nôtres, ils ergotent à perte de vue, parlent colonisation et assimilation, ne voyant guère que quelques milliers d'électeurs à ajouter à ceux de la métropole. Et pour le reste ils prétendent qu'on obtiendra tout des Arabes par la douceur, la persuasion et la reconnaissance de leurs prétendus droits civiques.
La suite de ces récits montrera ce qu'est l'Arabe réellement. Pour lui le mot clémence est synonyme de faiblesse ; c'est un fauve que l'on aura la plus grande peine à apprivoiser.
L'assimilation à la race française des peuples habitant l'Algérie est une œuvi^e de longue haleine. Sans doute, les Français ont de remarquables qualités assimilatrices, mais ils n'ont pas de patience, ils ne savent pas attendre, et manquent parfois de l'intelligence des transitions. C'est à peine si aujourd'hui la conquête de l'Algérie, la
conquête morale bien entendu, est commencée. On ne veut pas voir que deux peuples dont les civilisations ne sont ni égales ni contemporaines ont la plus grande peine à se rapprocher ; on ne veut pas convenir de la puissance sur les Arabes des idées religieuses, hostiles à notre scepticisme frelaté. De longtemps l'Arabe ne se hissera pas jusqu'à nous; nous parlons du vrai Arabe, et non de ces Arabes abrutis qui nous ont pris tous nos vices sans prendre aucune de nos qualités, et qui se croient naïvement européanisés après avoir pris l'habitude do l'absinthe.
Et colonisons à force. Pour que l'indigène, qui se voit peu à peu enserré dans le filet de la colonisation, se résigne tout à fait et cesse de se révolter à tout moment, il faut qu'il soit submergé par le flot des colons. Alors il perdra peut-être l'espérance, car, dit-il aujourd'hui, le joug des chrétiens a été imposé aux croyants comme un châtiment, et Dieu y mettra fin s'il le veut.
Alors enfin, les marabouts, prédicateurs de guerre sainte, cesseront d'être écoutés et prétendront vainement que c'est Dieu qui les envoie. Le tem'ps des Mouley-Sâa, ou maîtres de l'heure, disparaîtra pour ne plus revenir, et nous serons définitivement les maîtres do l'Algérie et de la Tunisie.