‹ Les Français en Amérique le CanadaChapitre 22 sur 61 · HUUtinân EUOt-VnU, t. il» p. S · texte numérisé non relu

HUUtinân EUOt-VnU, t. il» p. S

Uigiiizeo by LiOOgle

traité d ua emblème particulier. Les Senecas et les Onondagas y dessinèrent un lézard ; les Cayugas, un calumet; les Onéidas, un bâton fourchu; les Mohawks, un ours; les Ilurons^ un castor; les Abenakis, un daim, et les Ottawas, un lièvre. La guerre devait cesser avec les Sioux, et la paix s'étendre au delà du Missîssipi. Mais le traité restait muet sur une question de première impurlaiice. Les cinq naliuus lortnaientelles une confédération indépendante? Étaient-elles soumises à la suzeraineté de l'Anglelerre ou à celle de la France ? il est manifeste pour Tunivers, disait lord Bellamont, que les Iroquois sont sujets de l'Angleterre. Frontenac et de Callières ne soutenaient pas moins énergiquement les prétentions de leur patrie.

Le plus ancien établissement permanent des Européens dans le Michigan doit sa naissance à cette prétention (1701). De Callières envoya La Mothe Cadillac, avec un père jésuite et une centaine de Français, prendre possession de Détroit, en dépit de toutes les remontrances des Iroquois. Les bords des rivières Détroit et Saint-Clair et du lac Saint-Clair comptent à bon droit parmi les plus beaux sites du Canada et de toute l'Amérique du Nord. Un air pur, des forêts, des prairies et le voisinage des grands lacs y attirèrent bientôt les Indiens et les colons du bas Canada. Deux villages considérables se formèrent autour du fort. C'étaient les wigwams des Uurons qui, refoulés par les

L£ GAI^âDA

Iroquois jusqu'aux chutes Sainte-Marie et jusqu'à Mac-

kinaw, revenaient prendre possession de leur contrée natale. Au-dessus des Uurons s'établissaient les Ottawas» leurs inséparables compagnons. Dans rillinois nous possédions toujours Saint-Louis, queJoutel et La Hontau trouvèrent en 1687 et en 1689 pourvu d'une garnison. Louis XIV en mentionne la conservation dans un document de 1696.

Le |)lus ancien établissement IVauçais de la vallée du Mississîpi a été le village de Kaskasia, fondé« à une époque d'ailleurs incertaine, par le P. Gravier qu'ont rendu célèbre ses travaux sur la langue des lUmois. Gravier eut pour collaborateurs, à diverses époques. Marquette et Allouez, probablement aussi le P. Sébastien Rasle dont nous retrouverons, dans le cours de ce récit le noni niùlé a une sanglante catastrophe. Quand il retourna à Mackinaw, le P. Pioret, le fondateur de Gahokia, et le P. Binneteau, le remplacèrent à Kaskasia. La fatigue et les maladies emportèrent ce dernier dans une de ses excursions à travers le désert en com« pagnie de ses Indiens. Avant la mort de Binneteau, était arrivé le P. Gabriel Marest, le missionnaire de la baie d*Hudson ; il garda seul, pciKiant quelque tenips, la charge de la mission, pour la partager ensuite avec le P. Mermet. Celui-ci, avec l'aide du commandant Juchereau, avait établi^ sur la Wabasb» un premier poste français bientôt ruiné par une épidémie. Dans le même

temps, le P. Gravier, de retour de l'Iliinois, s'efforçait

de rétablir la mission de Rock-Forl, abandonné par Tonti. Mais il fut massacré par les Indiens* Les établissements du Mississipi continuaient cependant de prospérer. « Notre vie» écrivait le P. Marest, se passe à ji courir les bois, à grimper les collines, à pagayer sur

* les lacs et les rivièi es, pour atteindre de pauvres sau- » vages qui nous fuient et que nous ne pouvons sou- » vent apprivoiser ni par nos enseignements ni par » nos caresses, »

Les Péorias avaient sollicité une nouvelle mission. Le vendredi saint de 1611, Le P. Marest se rendit a leurs désirs, c Je partis, dit-il encore, n'emportant que mon » crucifix et mon bréviaire, accompagné seulement de » trois sauvages, qui pouvaient d'un moment à l'autre » m'abciiKioiiner. L'horreur de ces forets vastes etinhai bitées où pendant des semaines entières on ne rencon- » trait pas une âme, m'ôtait parfois le courage. C'était » un voyage où Ton ne trouvait ni village, ni pont, ni

> bac, ni chevaux, ni sentier battu, mais seulement des

* prairies sans boriics, coupées de ruisseaux et de riviëres, des bois et des fourrés inextricables, des ma-

» rais oti nous enfoncions souvent jusqu'à la ceinture.

> La nuit on dormait sur des feuilles sèches ou sur le

* gazon, exposés au vent et à la pluie, bien heureux si 1 ce gite était près de quelque ruisseau où Ton pût sa- » tisfaire sa soif. Le repas se composait du gibier qu'on

1 avait pu tuer en chemin, ou d'épis de blés grillés* »

Le douces vertus et la fervente éloquence de Marest faisaient l'âme de sa mission, A la pointe du jour, ses catéciinmènes se reiidaienL à l'église, décemment vêtus d'une large peau de daim. Les leçons données* on chantait des cantiques ; puis la messe se disait en présence de tous les chrétiens de l'endroit. Français et néophytes indiens, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. Après l'insti uclioii, ies missionnaires procédaient à la visite des malades et aux soins de la me« decine; leur habileté dans cet art contribuait par-des* sus tout à leur gagner la confiance générale. Dans Taprès-midi on faisait le catéchisme et chacun, sans distinction d'âge ou de sexe, répondait aux questions du missionoaire. Le soir, rinstraction religieuse et la prière réunissaient les fidèles à la chapelle; dans les cabanes , on récitait le chapelet et Ton chantait des psaumes. Le samedi et le dimanche étaient les jours de confession. Chaque converti s'approchait tous les quinze jours du tribunal de la pénitence. Le succès de la mission fut tel que parfois ies bénédictions de l'Église consacrèrent des unions entre les émigrants français et ies hlles illinoises. Le sol qu elle occupait formait un cantonnement au milieu des propriétés de la tribu des Péorias.

a Des jésuites,' dit M. Bancroft, et des marchands > de pelleteries avaient fondé l'État d'Iilinois; des

lOD LES FRANÇAIS BN AMÉRIQUR

» compagnies privilégiées avaient présidé à la coloni- * satioD de la Louisiane méridionale. Mais l'honneur » d'avoir commencé la même œuvre dans le sud-ouest » de notre république appartient à l'illustre canadien 9 Le Moyne d'Yberviile. » En ce temps fécond en hommes de mer consommés, d'Yberville éiaiL un des meilleurs olliciers de notre marine. M. Bancrott nous le montre successivement volontaire à Tattaque nocturne de Shenectady, où il se distingue par sa ciemeace; calme à Port-Nelson au milieu des glaces qui menacent de briser son bâtiment ; enlevant ensuite le fort de Pemaquid et envahissant les possessions anglaises de Terre-Neuve ; vainqueui', en 1697, dans les combats de la baie d'Hudson : toujours brave, généreux, adoré de ses matelots, des Indiens et de ses concitoyens.

D'Yberville mit à la voile le 17 octobre 1698, avec deux frégates et deux bâtiments plus faibles, portant environ deux cents colons, parmi lesquels un petit nombre de femmes et d'enfants. Renforcée d'un vaisseau de guerre vcnnnt de Saint-Domingue, l'expédition arrivait, en janvier 1699, en vue du continent et mouillait dcvaiiL Tile Sainle-Rose, en face du nouvel établissement espagnol de Pensacola. Fidèle aux ordres de son gouvernement, qui maintenait rigoureusement les principes du système mercantile et du pacte colonial, le gouverneur de Pensacola refusa l'entrée du port aux marins français. D'Yt}erville longea la côte, et,

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jetant l'aocre au sud-ouest de la pointe orientale de Mobile, débarqua sur un point également nommé Massacre ou l'ile Dauphine. L*eau n'étant pas assez profonde entre ille Ship et les lies Horn, il renvoya son plus grand vaisseau à Saint-Domingue, et mouilla ses frégates auprès du groupe des lies Ciiandeleur. En même temps, on s'établissait sur Tile Ship où les colons construisaient des cabanes et Ton découvrait la rivière Pascagouli et les tribus indiennes de Biloxi. D'Yberville, son frère Bienville et un franciscain, qui ayaitétéle compagnon de laSalle, s'embarquaient avec quarante -huit hommes, à la recherche des bouches du Mississipi» vers lesquelles des troncs d'arbres flottanls et la couleur trouble de Teau les guidaient.

Le 2 mars, ils entraient dans le fleuve et rencontraient un village de Bayagoulas, tribu qui avait l'opossum pour maaiLou et adorait le leu comme les Guèbres. Ils y trouvaient la lettre de la Salle de 1684, conservée précieusement par les naturels; ils visitaient les Oumas et revenaient par les lacs Pontchartrain et Maurepas à la baie Saint - Louis. Ils construisirent, à la pointe de la baie de Biloxi, un fort armé de douze canons , en témoignage de la souveraineté de la France, depuis le Rio-del-Norte jusqu'aux frontières de Pensacola. Le lieu, tant à raison du climat que du voisinage des Espagnols et des Indiens, paraissait assez mal choisi. Cepen-

m LES FAA14ÇAIS £N AMÉRIQUE

daot rinvasion des territoires indiens voisins de

Biloxi 9 par les blancs de la Caroline , alliés aux Ghickasas, facilita le progrès du nouvel établissement* Les missionnaires n'avaient d'ailleurs pas failli à leur œuvre accoutumée, et les PP. Davioa et Montigny purent bientôt mettre les compagnons de d'Yberviile en rapports avec les Tacusas et les Yazoos qu'ils avaient évangélisés. Une voie de communication s'ouvrait ainsi entre Québec et Tembouchure du Mississipi.

Pendant Tabsence de leur frère, reparti presque immédiatement pour ia France, Bienvilte et Sauvolie ne tardèrent pas à ressentir le mauvais vouloir des Anglais. Hennepin venait de publier son fameux voyage apocryphe, et Goxe, en instances auprès de Guillaume m, avait même fait armer deux bâtiments des* tinés à la recherche de Tembouchure du Mississipi. A son retour d'une exploration des canaux du fleuve, au-debsuus delà ^Nouvelle-Orléans, Bienville trouva un de ces bâtiments, armé de seize canons. 11 signifia la prise de possession de la France au capitaine Barr, qui vira de bord immédiatement, et le lieu de la rencontre prit le nom de Engiish-Tum, le demi-tour de l'Anglais, qu'il a conservé depuis lors. D' Yberville arrivait sur ces entrefaites, et construisait immédiatement, sur un point qui domine le Mississipi, une seconde forteresse destinée à un prompt abandon (1700). £n compagnie de Tonti, revenu de llUinois, et de Bien-

ville, il remoatait ensuite le fleuve et faisait amiiié avec les Oumas et les Bayagoulas. Parfaitement accueilli par le Grand soleil des Natchez, il choisissait sur leur territoire remplacemeot d'une ville, qu'en

l'honneur de la comtesse de Pontchartrain il appela Rosalie.

De leur eêié, ses compagnons ne montraient pas

moins d ardeur, et tandis qu'il s'apprêtait lui-même à se rembarquer, Bienville explorait la Louisiane oeci* dentale, traversait la rivière Rouge et s'approchait du Mexique. Saint^Oenys et Le Sueur, à la tête d'une troupe de Canadiens et d'Indiens, fouillaient les déserts de l'extrême ouest et les montagnes qui le confinent au nord. Le dernier passait l'hiver dans un fort, au milieu des Sowas, et s'apprêtait au printemps à pénétrer dans la vallée du Missouri. C'était l'espérance ^ d'une abondante moisson d'or qui guidait nos aventuriers ; c'était de l'or, aussi, que le trésor français, aux abois, leur demandait avec instances. Malheureusement la disette et les lièvres avaient envahi leurs campements. Quand d'Tberville débarqua avecdes renforts, il trouva les colons réduits à cent cinquante. Malgré les prières des Indiens de Mobile et des Choctas, ils n'avaient pu leur prêter d'autre aide, dans leur querelle avec les Gliiçkasas, qu'une impuissante médiation.

Au commencement de 170:2, le siège de la colonie

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fut transféré de Biloxi sur la rive occidentale de la rivière Mobile, et malgré sa stérilité, llle Dauphine^ avec son excellent havre, en devint la station maritime. Mais d'Yberville approchait de sa fin. Échappé à la fièvre jaune, il languit encore quelques années et mourut à la Havane en 1706, laissant à Tétatrudimentaire cet établissement dont il avait rêvé la prospérité et pour lequel il avait sacrifié sa vie. Les alligators et les moustiques, les crues d'eau du Mississipi et Tin*» gratitude même du sol semblaient devoir longtemps encore disputer cette terre aux efforts les plus tenaces de nos émigrants, plus soldats qu'agriculteurs.

De grands événements se préparaient de l'autre côté de TAtlantique. La paix de Ryswick n'avait été qu'une halte dans la lutte acharnée de l'Europe contre la France. Chartes II, roi d'Ëspagne, n'ayant pas d'enfants, venait, malgré les prétentions de la maison d'Autriche « d'instituer le duc d'Anjou, petit-fils de Louis X[V, héritier de toute la monarchie espagnole, et la guerre de la succession allait bientôt éclater. Du fond de sa retraite de Saint*Loo, Guillaume d'Orange» impotent et atteint d'une maladie mortelle, Guillaume» qui ne semblait plus que son ombre, nouait des alliances, réchauffait les anciennes haines et en fomentait de nouvelles contre nous. Un acte que Louis XIV crut devoir, sans doute, à sa propre dignité et au principe même de son pouvoir, mais que les circons-

tances rendaient impolitique et dangereux, la reconnaissance du iils de Jacques II, comme héritier légitin^e du trône d'Angleterre, poussa Guillaume à précipiter les événements. La guerre fut déclarée : elle ne s'ouvrait pas pour la France dans d'heureuses condilions. Louis XIV ne marchait plus entouré de ces grands hommes qui lui font dans l'histoire un cortège digne de lui. Sa tête majestueuse se courbait sous le poids de l'àgc et des soucis du gouvernement. Le trésor était vide; l'agriculture ruinée; la population épuisée ; l'armée mal commandée. Louis XIV ne pouvait cependant abandonner son petit-fils : il s'engagea résolûment dans la lutte. Les épreuves et les humiliations de cette douloureuse époque lui ont lait une seconde auréole, et ses ennemis les plus acharnés ont été forcés de recoanaitre qu'il montra plus encore de grandeur d'âme et de majesté, au lendemain des défaites d'Hoschstedt et de Malpiaquet, qu'au temps même de ses triomphes et de sa grande splendeur.

Pendant ofue l'Europe retentissait de nouveau du bruit des armes, la guerre reprenait aussi en Amé« rique. Le gouverneur de la Caroline, Jacques Moore, envahissait le territoire espagnol, et ravageait Saint-Augustin. Mais, faute d'artillerie de siège, il s'arrêtait devant le château. Les Espagnols, prévenus par Bienville, envoyèrent deux bâtiments au secours de Saint- Augustin, et Moore dut se retirer eu abaadouuaat ses

vaisseaux et les munitions. En 4706, à la tète de cin*

quanta colons volontaires et d'un millier de sauvages alliés, il assiégeait la forte position d'Âvalaya, qui

repoussait son assaut. Mais en se retirant il mettait le feu à Téglise attenante au fort et faisait prisonniers, pour les vendre comme esclaves, une centaine de femmes et d'enfants et les Indiens de la mission. Le chef d'Hitachma racheta son village avec Targenterie de Tégliso et une dizaine de chevaux chargés de provisions. Cinq autres villages se rendirent à discrétion et leurs habitants émigrèrent dans la Caioliue. Cette victoire et ralliance des Creeks avec les Garoliniens coupaient aux défenseurs de Saint-Augustin toute communication avec les Français. Ceux-ci essayèrent en vain Tannée suivante (1706) de s'emparer de Charleston. Un de leurs vaisseaux fut priS| et les troupes de débarquement» sur huit cents hommes, en perdirent près de la moitié.

liO marquis de Yaudreuil, alors gouverneur du Canada, s'était hâte de se concilier la neutralité des Iro* quois. Les Anglais ne réussirent pas aussi bien près des Abenakis : c Le soleil, avaient dit leurs chefs, » n'est pas plus éioigné do la terre que nos pensées > de la guerre» » et ils avaient ajouté de nouvelles pierres aux tas déjà formés, comme gages et preuves de leur amitié. Six semaines après» ils portaient le fer et le icu daas les provinces de Massachusetts^ deNew-

Hainpshire el du Maine. Deux cents Canadiens et quarante Indiens^ conduits par Hertel de Roiiville, attaquaient, le 1*^ mars 1704 au matin, le charmant village de Deerfieldy l'incendiaient et emmenaient les habilanls en captivité, t Une heure après le lever du 9 soleil» la troupe se mit en route pour le Canada* » Qui pourrait dire les horreurs de cette marche d'hi-

• ver dans les solitudes? Deux hommes périrent de » faim. Un jeune enfant venait^l à pleurer de fatigue, y> une pauvre femme à chanceler d'angoisse sous le > fardeau de son nouri*isson, le tomahawk coupait cou-

» j>ait courL ù la plainte, ou bien rianocenie créature » était jetée dans les neiges. Eugénie Williams, la i femme du ministre, n'avait point oublié sa Bible; » le jour^ pendant les haltes, ou le soir^ à l'heure du » repos, les sauvages lui en permettaient la lecture. » Elle relevait à peine de couches, et ses forces cédè- » rent bientôt. Son mari lui rappelait la maison éter- » nelle que n*ont point bâtie les mains des hommes;

• elle lui répondait en bénissant le Seigneur de tout ce » qui était arrivé. Le cœur de la mère monta jusqu'à 1» ses lèvres, pour recommander à Dieu et à leur père 9 ses cinq enfants captifs, et un coup de tomahavirk » vint terminer sessouUrances... » « Elle repose dans

• la joie indicible et dans la gloire éternelle, dit le JD mari. » « Au Canada, ni supplications ni offre de » rançon ne purent délivrer sa plus jeune ûUe» âgée

» de sept ans seulement. Adoptée, près de Moatréai»

)^ |iar (les liuliens convertis, elle devint eatholiqiie et » épousa uu chef cahnewaga. Quand elle visita, iongi temps après, ses amis de Deerfleld, elle se présenta j> dans le costume indien. Après un court séjour, in- 9 sensible aux prières de tout le village et au jeûne » qu'il s*était imposé pour obtenir son retour, elle re- ' » vint aux feux de son wigwam et à Tamour de ses w enfants mohawks (1708) *. i Quatre ans plus tard, Uertel, encore, des Chaiilons, et leurs Algonquins, infligeaient le même sort à rétablissement d'Haverhill, ville florissante aujourd'hui du tranquille Merrimac, et qui se composait alors d'une trentaine de maisons.

« Je considère comme étant de mon devoir envers » Dieu et mon voisin, écrivait Schuyler au marquis » de Vaudrcuil, de [irévenir autant que possible ces 1 cruautés barbares et païennes. Mon cœur se soulève » d'indignation quand je pense qu'une guerre entre » princes chrétiens, assujettis aux lois de Thonneur » et de la générosité, dégénère en une boucherie sau- » vage et sans frein. » Paroles vraies, sans doute, et dictées par un sentiment auquel nous devons toute notre sympathie. Maïs le marquis de Vaudrcuil n aurait-il pas pu demander lui-même à Schuyler, qui, des Français ou des Anglais, avaient fait le premier appel

i. HkMre dtê ÉtaU-Um», t. II, p. Sol.

LE CANADA iOd

à rinterventioa et à l'aide des Indiens f Queb étaient

parmi eux les plus , cruels» des Iroquois, alliés deTAngleterre, eu des Illinois, alliés de la France? Quant à

riiislorien des États-Unis, il cède à je ne sais quel sentiment étroit de patriotisme local ou de secte, qui contraste avec son indépendance habituelle d'appré^ ciation et son élévation d'esprit» quand il impute ces cruautés à nos missionnaires. < Elle» inspirèrent, dit-iU » à nos pères une haine profonde des missionnaires » français ^. » Mais ceux-ci n'avaient-ils done pas été les premières victimes de la barbarie et de la férocité des Peaux*ftouges ? M* Bancroft> à qui leur martyre a fourni de si belles pages, aurait dû se souvenir des PP. Lallemand) Brébeuf, Jogues, Gravier et de tant d'autres, t Ces cruautés donnèrent aussi naissance, p ajoute4-ii, au désir d'exterminer les Indiens, qui » disparaissaient quand leurs demeures étaient enva- » hies et qu'il devenait impossible de réduire par les 9 moyens ordinaires de la guerre. On offrit donc une » prime pour chaque chevelure indienne. Cette prime » était de dix livres; pour les troupes régulières 9 elle doublait pour les volontaires et s'élevait à eio* 9 quante livres pour les coureurs des bois^. » Il neiaxxi pas s'étonner, qu'après de telles mesures et de pareils

{. Histoire des Etats-Unii^, i. II, p. 853.

2. Hiiloirc d'.'s Etats-U)ns, t. II, p. 853. — La livre s lerUiig anglaise vaut uu peu piuâ de vuigi-ciiiq IraiiCd dt iiutic monnaie.

m LES FRANÇA4S EN AMÉRIQUE

MtMtante ^l gakv età ia yengeance, la ime dwri^ gène eût presque di&paru à l'époque de la guerre de . riMtépéndance. Les ooloi» américama agissaieiit, sans doute, d'après la loi des représailles; mais il n'y a pas» ii ne saurait y avoir un code de représailles» comme il y a un code civil et un code pénal. On voudrait que chaque général d'armée eût toujours présènlës à l'esprit ees belles paroles de Washington» que 1 on sollicitait de tirer vengeance des atrocités eommiaea par les Tolontaires loyaltales, dans la campagne de 1781. a Je ne sais trop que penser^ écrivaitil à un de ses officiers» du tN*iocipe des représailles.

« Je reste, cependant, convaincu que c'est de toutes les lois la plus diilÀcile à exécuter quand on n a pas > le coupable sous la main. Il est impossible que l'hu* A manité n'intervienne pas en faveur d'un innocent V qui paye pour la faute d'autrui. »

Le secrétaire d'État pour les colonies, en Angleterre» était alors Henri St-John, si célèbre sous le nom de Bolingbroke. Son éloquence, la vivacité et la souplesse de son esprit, Téteodue et la variété de se» connaissances, Tagrément de sa personne et le charme de ses manières, en avaient fait de bonne lieure un dés hommes politiques les plus considérables de son pays. Des détauLs, des vices uiéuie se mêlaient toutefois chez St-John à ces grandes qualités. Son indépendance d idées allait jusi^u à 1 exUème scepticisme^

CANADA ill

et Tambition, plus que les principes» guidait sa conduite. Son brillant esprit tournait souvent à Tinconséquence et son génie politique à 1 intrigue. « II » pouvait, dit M« Baucroft, être fidèle dans son at- » tachement è une femme ou à un ami, mais non à » un principe ou à un peuple. » Appréciation sévère, mais que justifient les nombrèuses vicissitudes de la vie sociale et parlementaire de cet homme illustre. Il écrivait de brillants traités de métaphysique et il n'était pas loin d'en proscrire Tidée divine qui fait la base même et le couronnement de cette science. Plus quïAdifférélrt è' toutes les ibrmes extériéures de religion, il se fit le champion de cette haute église, High Chnrdi, qui abrita si longtemps rhypocrisie et l'intolérance anglicanes. Whig d'origine» il se fit tory au bon moment. En 1713, il voulut la paix avec la France,

contre l'avis du duc de Madborough, et surtout de la duchesse sa femme. Trois ans auparavant, il projetait de conquérir le Canada et de chas^r les Français de TAmérique. t Cette conquête est mon œuvre, écrivait- » il en 1711, et je prends mi intérêt tout paternel à » son Succès. »

En 1709, les colons de la Noovelle-imgleterre attendaient avec impatience les secours promis par St-John, et ils s'étaient préparé, par des votes de fonds, des levées dé troupes et des approvisionnements de tout genre» a prendris une part éneilgique aux éf-

us LES FRANÇAIS EN AMÉRIQUE

forts delà mère patrie (1704-1707). Ils avaient déjà, à deux reprises différentes, iiieaacé sans succès Port- Royal défendu par Castin. Ce fut en septembre 1710 seulement qu'une flotte de trente-six bâtiments, portant quatre régiments de troupes coloniales, mit à la voile de Boston pour l'Acadie. Nicholson la commandait. Subercase n'avait pour défendre Port-Royal qu'une poignée d'hommes découragés. Force lui fut bientôt de rendre la forteresse, aux conditions d'ailleurs les plus honorables. Nicholson, en Thonneur de la reiiie, lionima sa conquête Annapolis. Castin, l'Iiiver de la même année» essaya vainement de réchauffer le zèle des colons français et des Indiens, leurs alliés. La fondation de Pontrincourt» , Tancien Port-Royal» est restée, jusqu'à l'émancipation des États-Unis, entre les mai^s des Anglais. Encouragé par ce succès, I^icholson retourna en Angleterre pour activer de nouveaux armements. C'était le moment où la législature de l'Ëtatde New-York représentait énergiquement à la reine les progrès de la France. « Il est notoire, disait » son adresse, que les Français peuvent remonter par 9 eau, de Québec à Montréal. De là, par la rivière et » les lacs, ils peuvent aller prendre à dos toutes les 9) plantations de Votre Majesté — sur le continent jus- » qu à la Caroline. Dans cette vaste étendue de pays 1 vivent plusieurs nations indiennes très-considérables. » Us leur envoient coatinuellement des prêtres et dea

Digiiii-uo L>y

9 émissaires chargés de bagatelles et de jouets avec » lesquels ils gagnent leur faveur. Ensuite ils dépô^ i chenl des commerçants, puis des soldats, et eniin ils 9 bâtissent des forts. On encourage les garnisons à se » marier, à vivre et à s'incorporer parmi les nalions. $ On peut aisément conclure de ces faits que, la paix » faite, les Français enverront, dans ce but, chez les » Indiens, leurs soldats licenciés ^ » Schuyler se rendait aussi en Angleterre avec cinq sachems iroquois. La reine Anne les reçut en audience solennelle, et ils lui manifestèrent leur désir de reprendre la hache de guerre et de coopérer à Tentreprise demandée contre le Canada.

St-John la fit décider (1711). L'expédition nouvelle était conçue sur un pied formidable : elle comprenait quinze bâtiments de guerre et quarante transports. Les forces de terre consistaient en sept régiments, composés de vétérans de Mariborough et un bataillon d'infanterie de marine. Les irais en furent si coûteux et les préparatifs si longs que la reine Anne n'en put dissimuler son mécontentement. La ihlie enfin mit à la voile; elle arrivait à Boston le 25 juin et y séjournait jusqu'à la lin de juillet, embarquant les approvisionnements et les contingents coloniaux. Les volontaires du Gonnecticut, de New-Jersey et de New-Tork,

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