‹ Les Français en Amérique [microforme]Chapitre 1 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

* Jacques Cartier. — Les abandonnés de l'île de Sable. — Champlain. .

— Fondation de Montréal, — Dévouement de d’Aulac. — Fronterac. — Cavellier de La Salle. — Traité de Saint-Germain-en-Laye.

Pendant que les Espagnols, sous la conduite des Pizarre et des Cortez, s’établissaient dans l'Amérique du Sud et dans l'Amérique centrale, les Français ouvraient à la civilisation les immenses territoires de l’Amérique du Nord.

De la baie d'Hudson au golfe du Mexique, de l'océan Atlantique aux montagnes Rocheuses, ils parcouraient en tous sens le vaste continent, désignant avec une sagacité merveilleuse l'emplacement des villes, aujourd’hui florissantes, qui font l'orgueil et la gloire des États-Unis.

. La politique des dernières années de la royauté pouvait seule nous faire perdre le fruit de nos conquêtes pacifiques dans le nouveau monde, aux Antilles et aux

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Indes, en livrant nos immenses possessions aux mains de l’Angleterre ; c’est à la France que la Grande-Bretagne doit ses plus belles et ses plus riches colonies.

Mais la nationalité française est de celles qui ne s’absorbent pas : partout où ils ont passé, nos compatriotes ont laissé des souvenirs ineffaçables ; partout où notre

race s'est implantée, elle a crû et multiplié; elle a con-

servé ses caractères propres au point de former un peuple distinct au milieu des autres peuples.

Aux États-Unis, des noms de villes, de montagnes, de rivières, rappellent la France. Au Canada, en Acadie, dans la Louisiane, au milieu de la nation anglaise et américaine, vit une nation française si nombreuse, si forte, si unie, que la persécution n’a rien pu contre elle; le vainqueur a dû compter avec ces Français dont le nombre augmente chaque jour, et respecter leur langue, leurs coutumes, leur religion, leur indépendance.

C’est l’histoire de ces Français de la France transatlantique que nous allons raconter.

Il y a trois siècles et demi, cherchant une route vers les Indes par le Nord de l'Atlantique, Jacques Cartier atteignit les bouches du Saint-Laurent. Il jeta l'ancre devant le village indien de Stadaconé, défendu par les pentes abruptes de Québec, et devant la ville de Hoche: laga, à l'ombre de la colline qu’il nomma Mont-Royal.

* Du pont de son navire, Cartier admirait le spectacle qui s’offrait à ses regards : devant lui, le fleuve immense, calme et majestueux, roulant des eaux d’un bleu profond, verdâtres par places, comme des reflets d'Océan; à l'horizon, la forêt sans bornes, sombre et silencieuse,

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que les päles rayons d’un soleil d'automne faisaient paraitre plus sombre et plus vaste encore; ii résolut de rester dans ces parages jusqu’au relour du printemps.

Mais l'hiver fut rigoureux, un de ces iongs hivers du Canada où la neige couvre le sol pendant cinq mois, où

Jacques Cartier sur sc navire.

le froid arrête le cours du Saint-Laurent et le transforme en un amoncellement de blocs et de rochers de glace. Le scorbut, jusqu'alors inconnu des marins, fit dans ses équipages de nombreuses victimes, et les matelots saluèrent avec joie la débâcle du fleuve qui leur permettait de faire voile vers la France.

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Au retour, les hommes firent le récit des souffrances endurées; les forêts impénétrables, la terre couverte de neige et le fleuve gelé, prévinrent mal en faveur des « Terres neuves ». Au lieu de vaisseaux chargés d’or et de perles, Cartier ne rapportait que des fourrures; ce fut surtout là le grand reproche qu'on lui adressa. La nouvelle de ia découverte du Pérou, la légende de l'Eldorado de la Guyane faisaient tourner toutes les têtes.

Cartier, cependant, fut renvoyé vers les Terres neuves, sous les ordres du chevalier de la Roque, seigneur de Roberval, qui s'était fait nommer vice-roi de la « Nouvelle-France »; mais cette tentative ne fut pas plus heureuse que les autres, et de toute cettepremière période de l’histoire canadienne, il ne reste guère que le souvenir du nom de Jacques Cartier.

Quelques années plus tard, Je marquis de la Roche entreprit de coloniser la Nouvelle-France et de convertir ses sauvages habitants ; trouver des mines d’or et d’argent, et répandre la religion du Christ, séduisait singulièrement les gentilshommes de cette époque. Les colons qu’emmenait de la Roche n'offraient pas toutes les garanties désirables : outre ses équipages, il transportait quarante condamnés.

Les voyageurs s’embarquèrent sur un navire si netit et si bas sur l’eau, que des bastingages les hommes pouvaient, sans efforts, se laver les mains dans la mer. La Roche longea les côtes de la Nouvelle-Écosse, et atteignit les îles basses et sablonneuses nommées {les de Sable, si redoutées des pêcheurs basques, normands

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et bretons qui fréquentaient ces parages bien avant Jacques Cartier; elles sont encure aujourd’hui la terreur des marins. Il débarqua son monde sur un de ces îlots, et se dirigea vers la Nouvelle-Écosse pour chercher un emplacement convenable à l'installation de la colanie; après quoi, il devait venir les reprendre.

Un orage épouvantable le rejeta vers la haute mer et le força à rallier les côtes de France. Emprisonné dès son retour dans sa patrie, il ne put aller au secours des abandonnés. .

Un sombre pressentiment s’empara des convicts quand s'éloigna le navire qui les avait amenés, les jours, les semaines , les mois s’écoulèrent, sans que les malheureux, qui sans cesse interrogeaient l’horizon, vissent

- apparaître la voile tant désirée. Le doute n'était plus

possible.

Que faire, perdus sur cet îlot désert, au milieu de l'Océan, à plus de cent cinquante kilomètres des côtes ?..

L'ile n’est qu’un banc de sable, long de quarante-cinq kilomètres, affectant la forme d’un croissant ; au centre, un grand lac; sur la plage, quelques buissons d’épine et de tamarins ; pas un arbre, pas même un rocher pour s’abriter, pour chercher un refuge contre les pluies, la neige ou les vents ; de loin en loin sur la côte, la coque brisée d’un vaisseau naufragé, ou quelque épave rejetée par les flots, et au delà, jusqu’à l'horizon, l'Atlantique qui les enserre et les tient plus sûrement captifs que les murs épais ou les lourdes portes de leur ancienne prison.

Heureusement, ils purent employer les épaves pour se

construire des huttes, et sur l’île ils trouvèrent des moutons venus là sans doute à la suite d’un naufrage ; ils se nourrirent de leur chair, et quand leurs vêtements usés les abandonnèrent, ils se couvrirent de peaux de bêtes. Bientôt des querelles s’élevèrent entre ces hommes réduits au désespoir; au bout de peu de temps, ils n'étaient plus que douze; les autres avaient péri assassinés par leurs compagnons.

Sept ans se passèrent ainsi; enfin, un jour, ils aperçoivent les voiles d'un navire se dirigeant vers eux. Il élait commandé par Chédotel, un des marins de la Roche, envoyé par le Parlement de Rouen à la recherche des malheureux.

À leur retour en France, le roi Henri IV voulut les voir, on les amena, vêtus comme on les avait retrouvés ; leurs barbes et leurs chevelures incultes les faisaient bien plutôt ressembler à des animaux qu’à des hommes. Le roi leur fit donner de l'argent, et les renvoya chéz eux.

Le xvr° siècle débute par des essais de colonisation à l'embouchure de la rivière Sainte-Croix et à Port- Royal, dans la Nouvelle-Écosse; c’est l’Acadie. Les noms de de Monts, Poutrincourt, Champlain, Lescarbot, hommes hardis et entreprenants, sont intimement liés à ces tentatives malheureuses. Alors que la lecture de leurs succès devrait nous arracherdes cris enthousiastes, elle ne produit que tristesses et regrets. Comment pouvait-il en être autrement ?... Tous ces essais de colonisation ne reposaient que sur la faveur royale et le monopole du gouvernement, au lieu de s'appuyer sur

l'industrie et l'initiative privée. Les colons étaient recrutés dans les bagnes, ou parmi les misérables et les gens sans aveu ; on refusait au seul véritable élément de colonisation de quitter la France : aux protestants.

En 1555, l'amiral de Coligny avait conçu le projet de peupler les rivages de l'Amérique d’émig”ants huguenots ; sa pensée élait d'assurer la liberté de conscience de ses coreligionnaires, tout en étendant, par leurs bras, la puissance de la France ; malheureusement, cette œuvre fut étouffée dans son germe par l’hostilité des Espagnols qui pendaient les colons huguenots, « non comme criminels, mais comme hérétiques. »

Nommé gouverneur, Champlain ne s'arrête pas longtemps sur les rives de l’Acadie où il vient d’aborder ; il comprend que c’est par le Saint-Laurent que la France peut le plus facilement pénétrer au cœur du grand continent américain.

En 1608, il fondait Québec, non loin du village de Stadaconé où, soixante-sept ans auparavant, Jacques Cartier avait hiverné.

Adrnirablement située pour le commerce, aussi bien ‘défendue que possible, Québec devint immédiatement le centre de la Nouvelle-France.

Tant qu’il vécut, Champlain fut véritablement la tête, le cœur et le bras de la jeune colonie , et son nom mérite d’être inscrit à la première page, sur le livre d'or du Canada, non seulement parce qu’il fut grand etgénéreux, mais aussi pour les services qu’il rendit. Après Jacques Cartier, il a été le premier de cette race d'hommes

intrépides, laïques ou prêtres, nobles ou voyageurs, qui fouillèrentles solitudes du nouveau monde, donnèrent des noms français aux montagnes, aux rivières, aux lacs, aux forts, de Louisbourg aux montagnes Rocheuses, de la baie d'Hudson à la Louisiane.

Le patriotisme le plus pur fut le seul guide de

‘la politique de Champlain : malgré ses voyages et ses

explorations, il tendit toujours vers le même but. Au nord, il s’avança sur l’Ottawa, jusqu’à l'embouchure du Mattawan ; à l’ouest, jusqu'au lac Nissiping et à l’immense lac Huron. Poursuivant sa courseau sud, lelongdes côtesde la baie de Géorgie, il atteignit la riche et populeuse contrée des Hurons, près du lac Simcoe. Son but était de réunir en une grande confédération, soumise à la France, les Indiens du Saguenay , de l’Ottawa, de la baie de Géorgie et du lac Érié. Il assurait ainsi, disait-il, la prospérité de Québec : les Indiens viendraientéchanger leurs riches pelleteries contre les produits français ; l'influence de ia France et des missionnaires , qui la représentaient jusque dans les villages les plus éloignés, grandirait auprès de ces nations, et, peu à peu, notre puissance s’étendrait sur tous ces immenses territoires.

Un instant il put croire au succès de son œuvre : déjà les tribus de l'Est, de l'Ouest et du Nord reconnaissaient la suprématie de la France et acceptaient la protection de Champlain, poussées qu’ellesétaient par leur admiration pour les Français, par le désir d'échanger leurs fourrures contre des marchandises françaises etaussi par l'espoir de trouver en nous des alliés contre les Iroquois. Pour les encourager, Champlain se déclara franchemant

l'ennemi de ces derniers, et ce fut là le côté faible de sa politique : il aurait dû se faire des amis de ces terribles guerriers.

S'il eût fait cela, Champlain eùt créé véritablement la Nouvelle-France et, comme territoires, lui eût donné toute l'Amérique du Nord. Les Anglais, établis sur la côte, eussent été bloqués du côté de l'ouest. 1] est étonnant qu’un homme comme Champlain, au lieu de perdre son temps en explorations vers le nord, n'ait pas plutôt tourné ses vues vers le sud. Seuls , les Iroquois barraient la route. Avec ce peuple pour auxiliaire, il pouvait prévenir les Hollandais, qui, en 1613, s’établirent dans l'île de Manhattan, berceau de New-York ; à la rigueur, il pouvait les chasser.

Sans doute, Champlain ne connaissait pas la force véritable des Iroquois;il pensait que les tribus du Nord une fois organisées , les cinq nations ne sauraient lui résister. Pouvait-il prévoir que les Hollandais viendraient s'établir à Albany et fourniraient des armes aux Iroquois pour lutter contre la France ?

A Champlain succéda de Montmagny; c'est à cette époque que fut fondé Montréal (Mont-Royal). Le nouvel établissement, dans l'esprit de ses créateurs, n’était pas destiné à devenir la splendide cité de nos jours, avec ses vastes rues, ses quais immenses, ses maisons monumentales , mais une communauté religieuse, chargée de répandre la foi jusque dans les coins les plus éloignés de la Nouvelle-France. Ce projet d'établissement avait été conçu par M. Jean- Jacques Olier, le fondateur du séminaire de Saint-

Un Sulpicien. Costume de 17C0.

- nouvelle colonie. fut M. de Maisonneuve

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une prudence com-

Sulpice, aidé par des personnes , dévouées.

Des hommes de hante naissance, des femmes. élevées dans le luxe et le bien-être

avaient quitté ‘la France, traversé l'Atlantique dans des

navires infects, mal aménagés, pour consacrer Jeur vie à instruire et à soigner les sauvages. :

. Au début, Montréal se composait de tfois communautés religieuses : un séminaire, un hôpital et une école. Le premier gouverneur de la A

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anglais, aimant les aventures et ajoutant à la. bravoure innée cheztous les Français

parable à celle d’un Indien ». Lorsqu'il vint à Québec, le gouverneur et le conseil lui représentèrent la folie de son entreprise et tentèrent de le détourner de son projet.

— C’est mon devoir de fonder une colonie à Montréal, répondit-il, et j'irai, chaque arbre du chemin fût-il un Iroquois.

= Quand on relit l’histoire des premiers temps de Montréal, on se demande ce qu’il faut le 5lüs admirer : de la bravoure des soldats, du dévouement des prêtres ou de l'énergie du gouverneur. Les soldats vivaient comme des prêtres, et les prêtres remplissaient leurs devoirs de soldats. Chacun tenait « sa vie dans sa main ». Pendant le jour, les laboureurs allaient au champ le fusil sur l'épaule. La nuit, derrière chaque arbre, chaque accident de terrain se cachait un Iroquois, et malheur

à ceux fqui s'aventuraient à quelques pas. de leur demeure. Heureux celui qui pouvait s'échapper sanglant

des mains d'un ennemi qui faisait périr les blancs dans les tortures, prolongeant la vie pour prolonger l’agonie!

C’est aux sulpiciens que l’on doit la fondation de Montréal ; l’espace occupé aujourd’hui par la ville, ils l'ont conquis sur la forêt et les sauvages, restant pendant de longues années en butte à leurs attaques et souvent arrosant le sol de leur sang. Chaque aïmée, chaque mois, quelqu'un de ces braves tombait au pouvoir des féroces Iroquois ; son sort était à jamais ignoré, mais nul ne doutait que le malheureux n’eût péri dans d’atroces souffrances. L'abbé Faillon araconté de nombreuses histoires de cette époque tourmentée ; une surtout nous a paru touchante :

En 1660, un jeune officier du nom de Adam d’Aulac, las d'attendre immobile les attaques des [roquois, résolut de remonter la rivière, de s'embusquer à un endroit où ils devaient nécessairement passer et de les surprendre. Seize jeunes gens se joignirent à lui. Maisonneuve, en vrai chevalier, ne put qu’applaudir à cet acte de bravoure et donner à ces vaillants l’autorisation de partir.

Les dix-sept braves firent leur testament; puis, comme les anciens preux avant de marcher au combat, reçurent les derniers sacrements, et quittèrent Montréal. Au pied des rapides de Long-Saut, ils trouvèrent une palissade qu'ils fortifièrent, résolus à s'arrêter là, pour vaincre ou mourir.

Attaqués par deux cents sauvages, ils tinrent pendant huit jours ; et quand sept cents Indiens réunis pour donner l'assaut ouvrirent une brèche dans la palissade, les Français, l’épée d’une main et la hache de l’autre, sortirent et se jetèrent au plus fort de la mêlée ; comme des fous,

ils combattirent jusqu'à ce que le dernier d’entre eux tombât sous les coups des Iroquois.

Un seul est resté debout : avant de mourir, ilachève à coups de hache ses camarades blessés afin qu'aucun d'eux ne reste vivant aux mains de leurs féroces ennemis, puis, brandissant sonarme rougie du sang de ses compatriotes, il se jete tête baissée au milieu des Iroquois. Ainsi périt cette poignée de braves, comme les Spartiates aux Thermopyles, pour obéir aux lois de l'honneur. Un Huron, témoin du combat, rapporta ces détails à Montréal.

Après cette victoire, les Indiens abandonnèrent le projet

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d'attaquer Montréal ; ils étaient effrayés du nombre des leurs tués par dix-sept Français, ex a colonie fut pour quelque temps sauvée par l'héroïsme et le dévouement de ses enfants,

En 1680, sous le gouvernement de M. de Frontenac, un jeune homme, Robert Cavellier, sieur de La Salle, entreprit d'explorer le continent pour trouver, par le Far-West, une route menant à l'océan Pacifique et assurant à la France le commerce des Indes. Peu de temps après l’arrivée de La Salle à Montréal, le séminaire de Saint-Sulpice lui avait donné une grande étendue de terrain située au-dessus des rapides, connus sous nom de Saint-Louis ; il appela cet établissement la Chine, pour indiquer qu’il considérait ce pays comme le point de départ du voyage qu’il voulait entreprendre à l’ouest pour gagner la Chine; il devait y créer un avant-poste qui lui permit de signaler l'approche des Indiens.

Pendant qu'il était occupé sur ses terres à défricher et à faire le commerce des fourrures, des Indiens de l’ouest lui parlèrent d’une grande rivière nommée Ohio, qui coulait vers l’ouest et le sud, pour gagner l'Océan.

onvaincu que cet Océan ne pouvait ètre que la « mer

Vermeille » ou golfe de Californie, il s’enflamma à l'idée de trouver enfin le passage conduisant en Chine et dans l'Inde. Il se consacra tout entier à cette découverte.

Son premier soin fut d'établir sur le lac Ontario, qui devait être son point de départ, un centre de ravitaillement et une base d'opération. Ayant réussi à convaincre le nouveau gouverneur, il le décida à construire un fort

à l'endroit mème où le Saint-Laurent sort du luc Ontario, pour s'élancer à travers le dédale d’ilots appelés « les Mille Iles ». Le nouveau fort fut bâti à l’embouchure du Cataraqui, à l'endroit appelé « Tète-du-Pont- Barraques », où s’élève aujourd’hui la ville de Kingston.

Le fort de Frontenac devint bientôt le centre commercial de toutes les tribus des lacs supérieurs. Avant, leur trafic se faisait à New-York par le pays des Iroquois.

Nous ne raconterons pas les voyages de La Salle, ni son désespoir lorsqu'il s'aperçut qu’au lieu d'atteindre l'océan Pacifique, comme il l'avait supposé, il arrivait dans le golfe du Mexique; ce que La Salle considérait comme un échec pouvait, au contraire, être regardé comme un succés.

En 1673, le Père Marquette avait atteint le « Père-des- Eaux » (Mississipi) par les rivières Fox et Wisconsin; en 1680, La Salle l’atteignit par l'Illinois, le descendit en canot jusqu'à son embouchure et prit possession de la vallée du Mississipi et de la côte au nom du roi Louis XIV. Il donna le nom de Louisiane à la vaste région qui s'étend du golfe au cours supérieur du Missouri. La Nouvelle-France et la Louisiane comprenaient donc tout le continent nord américain, à l’exception de la côte de l'Atlantique, à l'est des Alleghanis, où les Anglais avaient des colonies naissantes. C’est dans cet immense territoire que les États-Unis se constituèrent plus tard.

En 1682, poussés par les colons anglais, les Iroquois firent de nouvelles incursions sur nos possessions. En 1689, ils massacrèrent la plupartdes colons de Montréal et

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se répandirent dans les campagnes, saccageant et brûlant tout sur-leur passage.

À ces ennemis, si redoutables pour une colonie naissante, se joignirent les Anglais de la Nouvelle-Angleterre qui comptait 200,000 habitants, tandis que la Nouvelle- France n’en avait pas plus de 15,000.

Déjà en 1629, pendant le siège de La Rochelle, les Anglais ayaient attaqué Québec ; manquant de vivres et de moysns de défense, la ville capitula avec tous les honneurs de la guerre, et Champlain fut emmené prisonnier en Angleterre. En 1632, le traité de Saint-Germain-en-Laye rendit le Canada, l’Acadie et le Cap- Breton à la France, et Champlain fut renvoyé en qualité de gouverneur.

En 1690, sous le gouvernement de M. de Frortenac, les Anglais armèrent à Boston une flotte nombreuse, montée par deux mille hommes, et vinrent mettre le siège devant Québec, le 16 octobre.

La flotte remonta le Saint-Laurent sous le commandement de l'amiral Phipps, et jeta l'ancre en vue de Québec. Le lendemain, un parlementaire fut envoyé à Frontenac ; il était porteur d’une sommation d’avoir à rendre la ville; des soldats canadiens le reçurent sur le rivage, lui bandèrent les yeux et, après l'avoir promené longtemps autour des fortifications , l'introduisirent auprès du gouverneur.

Quand on retira le bandeau, l'officier se trouva dans

. une salle basse du château, en présence de Frontenac

entouré de nombreux officiers. Au dehors, les soldats menaient grand bruit, battant le tambour, manœuvrant,

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