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Ils partent, chantant une chanson qui leur est particulière, et dont voici le premier couplet :
Dans les chantiers nous hivernerons.
Voici l’hiver arrivé,
Les rivières sont gelées
C’est le temps d'aller au bois,
Manger du lard et des pois!
Dans les chantiers nous hivernerons (bis).
« Cette véritable armée de travailleurs, dit M. Tassé, se disperse dans l’intérieur le plus reculé de ces vastes régions. Rien ne les arrête. Ils atteignent maintenant des lieux que l’on croyait inaccessibles. Torrents, précipices, rapides dangereux, rochers abrupts, aucun obstacle ne les effraye. Aussi, les retrouve-t-on par bandes jusqu'aux confins des régions boisées, sur les bords lointains du lac Temiscamingue ou des nombreux affluents de l’Ottawa. »
Aussitôt que les voyageurs sont rendus sur le théâtre de leurs opérations, ils se construisent une longue habitation formée de poutres grossières pour s’abriter contre la rigueur de la température. Elle doit pouvoir donner place à quarante ou soixante hommes pendant six à neuf mois. Cette demeure est nécessairement très froide, et la brise y souffle librement. Pour y entretenir un peu de chaleur, on établit au milieu la cambuse ou cuisine, et des pièces de bois énormes alimentent sans cesse l’âtre pétillant.
Ce travail préparatoire terminé, on organise les hommes en bandes distinctes : ce sont les coupeurs, les scieurs, les équarrisseurs, les charretiers et enfin le cut-
sinier, dont le choix doit être fait avec grand soin, car il faut qu’il soit habile, prévenant et pourvu d’une patience à toute épreuve. Lorsque la neige tombe en abondance et que le terrain est ainsi nivelé, on réunit le bois abattu sur l'emplacement le plus favorable à l’embarquement. Le transportse fait au moyen de solides traîneaux à quatre patins, trainés par des chevaux ou des bœufs.
Tout travailleur doit quitter le chantier (1) avant le jour, et n’y rentrer qu’à la nuit tombante. Il est rare que la rigueur du froid ou le mauvais temps retienne au logis, même pour un seul jour, ces hommes courageux et durs à la fatigue ; mais il est juste d’ajouter que si l'on exige d’eux un labeur pénible, on pourvoit sans parcimenie à tous leurs besoins. La viande salée, qui leur sert de nourriture habituelle, leur est livrée à discrétion ; le pain, cuit dans le chantier même, est excellent; la soupe de pois, que l’on mange à la fin de chaque journée, est apprêtée avec goût ; le thé, dont on arrose le repas, est de fort bonne qualité. Ce sont ces mets et ces breuvages qui font les délices gastronomiques des ouvriers et la gloire du cuisinier.
Assurément, c’est un pénible travail que celui d’abattre incessamment les géants de la forêt; mais il n’offre guère de périls. C'est au printemps, lorsque les énormes billes éparpillées sur laplage doivent être jetées dans l’eau pour
(1) Le chantier, c’est le lieu de réunion, le logis des hommes, et non, comme en France, l'emplacement où l’on travaille. Au Canada, les exploitations, prises dans leve ensemble, portent aussi le nom de chantiers.
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