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CHAPITRE IX

La Grande Terre de solitude. — La (Compagnie de la baie d'Hudson. — De la Verendrye. — La Compagnie du Nord-Ouest. — Le combat

des sept-chènes. — La chanson de Pierre Falcon. — Révolte des

métis. — Louis Riel et Guillaume le Morfondu. — Annexion du È Nord-Ouest au Canada. — Les derniers événements.—Mortde Louis à Riel. ‘1

Longtemps inaccessible à tout autre qu'aux coureurs des bois, aux trappeurs et aux chasseurs canadiens, le grand Nord-Ouest est maintenant ouvert à tous, colonisé et habité par un grand nombre de Canadiens- Français.

Le capitaine Butler donna le nom de « Great Line Land », Grande Terre de solitude, à l’immense territoire que traversent la rivière Rouge et le Saskatchewan avant de se jeter dans le iac Winnipeg, et la rivière Nelson, qui porte ses eaux dans la baie d'Hudson. Plus au nord-ouest eucore, s'étend la vaste région arrosée par les rivières Peace et Mackensie; il l'appelle la « Wild northland, » la terre sauvage du nord. Ces deux contrées forment le Nord-Ouest canadien.

Charles IL, roi d'Angleterre, concéda au prince Rupert

et à ses associés, appelés « gouverneur et compagnie d’'aventuriers anglais trafiquant dans la baié d'Hudson», des territoires considérables et sans limites définies, aux conditions suivantes : « Il sera remis au roi deux cerfs et deux castors noirs chaque fois et aussi souvent que nous, nos héritiers et successeurs, pénétrerons dans lesdites contrées, territoires et pays concédés. »

Le roi d'Angleterre, quoiqu'il n’ait pu leur fixer de limites, réclamait ces solitudes, sous prétexte que Sébastien Cabot, grand pilote d'Henry VIIL avait le premier découvert la baie d'Hudson; que Martin Frobisher et le capitaine Davis avaient croisé dans ces parages et que Henry Hudson «avait pris possession de ces territoires au nom du roi d'Angleterre, trafiqué avec les sauvages et donné des noms anglais aux caps, aux baies, aux côtes Jusqu’alors innommées,. »

Pendant que, se basant sur ces arguments, le roi d'Angleterre réclamait la possession de ces contrées, le roi de France les revendiquait, du Saint-Laurent au pôle nord, par suite de son occupation ‘du Canada. Considérant les Anglais établis sur les bords de la baie d'Hudson comme des intrus, les Canadiens les attaquérent, détruisant les forts et les factoreries fondés par la Compagnie pour le commerce avec les Indiens.

Le traité d'Utrecht remit tous ces postes aux mains de l'Angleterre, qui en reprit possession; mais les agents de la Compagnie ne tentèrent pas de pénétrer dans l’intérieur; ils restèrent près des rivières Albany, Nelson et Churchill, et sur les rives glacées des baies de Saint-James et d'Hudson. Le véritable explorateur

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de la région de la rivière Fouge et du Sascatchewan fut le brave de la Verendrye, seul, sans le secours de son pays où d’une Compagnie.

Pierre Gaultier de Varennes, sieur de la Veren-

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n Cimetière indien su ives acifique. Un Cimetiè die r les rives du Pacifique

drye, est une de ces grandes et nobles figures qui méritent d’être mises en lumières et de figurer parmi les plus glorieuses sur le livre d’or du Canada. Il combattit à Malplaquet et, selon le témoignage du maréchal! de Contades, « au milieu de ses compagnons qui firent des merveilles de bravoure, sa valeur brilla d’un éciat

incontesté. » Laissé pour mort sur le champ de bataille où la France éprouva une glorieuse défaite, il guérit. de ses neuf blessures etreçutune lieutenance. Attiré comme tant d’autres à cette époque par l'amour des découvertes, il partit pour le Canada où il obtint le commandement d'un posteau nord dulac Supérieur. Les Indiens qui venaient trafiquer avec ses hommes lui parlèrent d’une rivière qui coulait vers l’ouest, il s’imagina que ce devait ètre la rivière du Couchant, si longtemps cherchée, et qu’en suivant ses bords il atteindrait ce grand Océan de l’ouest, au delà duquel est la Chine.

La Verendrye fit part de son projet d’exploration au Gouverneur ; mais la France appauvrie ne put lui donner d'argent, même pour cette entreprise qui devait soulever le voile de ce grand inconnu. Il résolut d'agir seul, avec ses propres forces.

Il avait quatre fils et un neveu aussi braves, aussi ardents, aussi dévoués que lui; ils avaient construit des forts sur le lac de la Pluie et sur le lac des Bois, — cette admirable nappe d’eau qui marque le point de séparationentrelesrochesescarpées des Laurentides, à l’est, et les immenses plaines d’ailuvions fortiles qui s’étendent à l’ouest, jusqu’au pied des montagnes Rocheuses. De ce point ils s'avancèrent jusqu'au Winnipeg, le long de la rivière Rouge et de l’Assiniboine, créant des forts et trafiquant avec les indigènes de cette vaste région. Leurs bénéfices étaient consacrés à pousser plus loin leurs explorations.

Leur but était de porter la domination et le commerce de la France jusqu'aux rives du grand Océan. Inspirés

par leur vaillant chef, ils supportèrent des privations et affrontèrent des dangers que peuvent seuls apprécier ceux qui connaissent le climat et les étendues du grand Nord-Ouest. Mais tous les cinq étaient des braves commandés par un héros.

La Verendrye leur avait communiqué son zèle et son ardeur. Il leur apprenait à faire des cartes pendant la marche; il établissait des bases d'opération , faisait des traités de paix avec les peuplades indiennes, ouvrait des routes, soutenait le courage des engagés et surveillait la marche de l'entreprise.

Un de ses fils, à la tête d’un parti de vingt hommes, fut massacré par les Sioux dans une île du lac des Bois ; le jour même où La Verendrye recevait cette fatale nouvelle, il apprenait aussi la mort de son neveu, son plus sûr et plus intelligent auxiliaire. Mais le découragement n'avait “pas de prise sur cette nature énergique ; il fit partir ses autres fils pour une expédition plus lointaine et plus périlleuse encore. Ils atteignirent, au sud-ouest, le Missouri et ses nombreux tributaires, jusqu’au pays des Indiens-Mandan; accompagnés de deux autres Français, les deux fils aînés de La Verendrye gagnèrent les montagnes Rocheuses par la rivière Yellow-Stone et arrivèrent ainsi à ce pays dont la découverte rendit fameux, dans toute l'Amérique, Lewis et Clark qui, les premiers, y plantèrent leur drapeau au commencement du xtx® siècle, à la tête d’une troupe de soldats des États-Unis. Ils avaient atteint ces montagnes Rocheuses; devant eux se dressaient leurs sommets neigeux, du haut desquels ils allaient enfin voir le grand Océan de l'Ouest; au moment

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