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de toucher au but, leurs alliés indiens les abandonnèrent, et ils durent revenir sur leurs pas. Toujours poursuivis par le désir de résoudre le problème, ils se dirigèrent au nord-ouest, jusqu’au Sascatchewan et à l’Athabasca.
Pendant que La Verendrye et ses fils sacrifiaient leur vie dans ces solitudes pour la gloire de la France et l’extens ion de la cclonie, des ennemis les desservaient à Québ ec; ils prétendaientquele seul but des La Verendrye était de s'enrichir dans le commerce des fourrures, et traitai ent de fables les récits de leurs voyages et de leurs découvertes. Las de sacrifier sa fortune et la vie de ses enfants, brisé par la maladie, poursuivi par des créanciers imp itcyables, La Verendrye revint à Québec et remit ses pouvoirs aux mains du Gouverneur. Sa pauvreté et l’insucc ês de ceux qui tentèrent de limiter imposèrent silence à ses ennemis. Le ministère demeura convaincu « que les explorations coûtaient plus cher et imposaient plus de fatigues et de dangers que la guerre »; mais, comme on allait rendre justice au vieux héros, comme lui-même se préparait à continuer l’entreprise à laquelle il avait consacré sa vie, la mort vint le surprendre; elle enlevait à la Nouvelle-France le dernier de ses explorateurs, digne, par son courage, de figurer à côté de Champlain et de La Salle. Onze ans après sa mort (1752), le Canada n’appartenait plus à la France.
Pendant longtemps, après l’occupation du Canada par l'Angleterre, ces régions éloignées furent oubliées : la plupart des postes furent abandonnés par leurs chefs, et d’aventurecux coureurs des bois prirent la place de l’organisation régulière établie par La Verendrye; mais le
commerce était trop tentant pour rester longtemps dans ce telles mains; il fut repris par la Compagnie du Nord- Ouest.
Fondée par des Canadiens, cétte Compagnie poussa le commerce et les découvertes avec une vigueur in-
Un monument naturel sur le rivage de l'océan Pacifique croyable; ses voyageurs se répandirent sur la moitié du nord du continent, du Minnesota à l’Orégon, du lac Supérieur au Sascatchewan, au nord jusqu'à l’océan Arctique, au nord-ouest jusqu’à l'Alaska.
Pendant tout ce temps, la Compagnie de la baie d'Hudson concentrait ses onérations dans leurs limites anciennes, près de la côte ; mais le succès de la nouvelle Compagnie engagea ses agents à s’avancer dans l’intérieur; se basant sur la charte délivrée à Rupert, elle
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réclama tout le Nord Ouest et alla même jusqu'à traiter les gens de la Compagnie rivale en braconniers ; durant deux années, les deux compétiteurs restèrent en lutte ouverte, en apparence dans l'intérêt des indigènes, mais, au fond, à leur plus grand détriment.
Les deux rivaux les recherchaient sur les lacs et sur les bords des rivières; créaient des postes pour être à leur portée; les engageaient et au besoin les forçaient à ne pas porter leurs fourrures à la Compagnie rivale; leur donnaient le prix qu’ils demandaient et, ce qui leur plaisait davantage, les payaient en rhum. Les Compagnies armèrent leurs voyageurs et leurs agents, et bien souvent les querelles se vidérent les armes à la main, dans des endroits où la justice n’avait pas de pravoir.
C’est pendant cetle période que fut livré le combat des Sept-chônes, le 19 juin 1816, dans lequel le gouverneur Semple fut tué, avec une dizaine d'hommes de sa troupe, par les Bois-Brûlés français.
Cette « bataille » est restée populaire parmis les métis français du Nord-Ouest, et voici la ballade que chantent encore les descendants des acteurs de ce drame, sur les canots et dans les expéditions de chasse, de la rivière Rouge aux montagnes Rocheuses :
Voulez-vous écouter chanter Une chanson de vérité!
Le dix-neuf juin les Bois-Brûlés sont arrivés Comme des braves guerriers.
En arrivant à la grenouillère, Nous avons fait trois prisonniers :
Des Orcanais ! ils sont ici
Pour piller notre pays.
Étant sur le point de débarquer,
Deux de nos gens se sont écrié :
« Voilà l'Anglais qui vient vous attaquer! »
Tous aussitôt nous nous sommes dévirés Pour aller les rencontrer.
J'avons cerné la bande de grenadiers,
Ils sont immobiles : Ils sont démontés!
J'avons agi comme des gens d'honneur.
Nous envoyâmes un ambassadeur :
« Gouverneur voulez-vous arrêter
Un petit moment, nous voulons vous parler. »
Le gouverneur qui est un enragé,
Il dit à ses soldats : « Tirez ! »
Le premier coup l'Anglais le tire, L'ambassadeur a presque manqué d'être tué.
Le gouverneur se croyant l'empereur,
A son malheur agit avec trop de rigueur.
Ayant vu passer les Bois-Brûlés,
Il est parti pour nous épouvanter :
Étant parti pour nous épouvanter,
Il s’est trompé; il s’est bien fait tuer Quantité de ses grenadiers.
J'avons tué presque toute son armée;
De la bande quatre ou cinq se sont sauvés.
Si vous aviez vu les Anglais
Et tous les Bois-Brûlés après ;
De butte en butte les Anglais culbutaient.
Les Bois-Brülés jetaient des cris de jouaie !
Qui en a composé la chanson ?
C'est Pierre Falcon, le bon garçon!
Elle a été fuite et composée
‘Sur la victoire que nous avons gagnée !
Elle a été faite et composée :
Chantons la gloire de tous ces Bois-Brülés !
N'est-il pas remarquable que la langue française ait pu se conserver à ce point parmi ces populations de chasseurs nomades ?
Le détat, qui menaçait de se prolonger indéfiniment, aurait certainement amené la destruction des Indiens et la ruine des deux Compagnies, lorsqu’en 1821, elles se fondirent en une seule : la Compagnie de la baie d'Hudson. À l’époque de la fusion, la Compagnie anglaise avait trente-six stations, la Compagnie canadienne en avait quatre-vingt-dix-sept, preuve irréfutable de la façon dont la dernière avait conduit ses affaires. La Compagnie de la baie d'Hudson devint alors le seul représentant de la civilisation sur la moitié du continent et la seule souveraine aussi.
Au point de vue commercial et au point de vue de l’organisation, cetie association était fort remarquable. Elle donnait de magnifiques dividendes à ses actionnaires et payait largement les Indiens. Une discipline et une hiérarchie admirables, un esprit de corps parfait régnaient entreses trois mille officiers, voyageurs ou servants, tels qu’elles existent dans bien peu de régiments.
Mais la Compagnie voulait conserver les plaines de la rivière Rouge et de la Sascatchewan comme une réserve pour ses animaux à fourrure; dans ce but, elle défendait à ses agents de révéler la fertilité de cette contrée; les étrangers n'étaient pas admis à la parcourir; ils répandirent sur les stations éloignées les bruits les moins engageants : ils disaient que, pendant des mois entiers, le. mercure restait à l’état solide dans le thermomèêtre; que les arbres étaient durcis par la gelée, au point que la hache se brisait comme verre contre leur écorce; que la terre était gelée si profondément que les étés les plus chauds avaient peine à amollir sa surface.
En 1857, une commission du Parlement, chargée d’étudier cette question, ne put se procurer de renseignements certains. Appelé comme témoin, sir Georges Simpson donna des informations désavantageuses sur le pays; mais un membre de la commission lui fit alors observer que dans un ouvrage qu'il avait écrit, sous le titre : « un Voyage autour du monde », il avait donné une description toute différente de la rivière des Pluies. Sir Georges Simpson était tout confus; il déclara que les beautés du site étaient exagérées et, à part lui, il dut regretter amèrement d’avoir cédé au désir d'écrire un livre.
En 1869, le Canada acquit, pour la somme de sept millions cinq cent mille francs, les droits territoriaux de la Compagnie, qui de ce jour cessa d'être un monopole et une puissance.
A cette époque, la rivière Rouge, appelée officiellement colonie d'Assiniboine, comptait à peu près onze mille habitants, dont la moitié étaient des métis français ou Bois-Brûlés, nés desalliances des coureurs des bois avec les indigènes de diverses tribus indiennes. Presque tous les Français vivaient entre Pembina et Fort-Garry, sur les deux rives de la rivière Rouge, dans les paroisses de Sainte-Agathe, Saint-Norbert, Saint-Vital et Saint-Boniface, et aussi sur l’Assiniboine; aussitôt après l’achat par le Canada, ces territoires prirent le nom de province de Manitoba. À peine l’arrangement conclu avec la Compagnie de la baise d'Hudson était notifié, qu’une armée d’arpenteurs se répandait dans la colonie et désignait l'emplicement des futurs settlements, envoyés par la législature anglaise du haut Canada, sans tenir compte
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des propriétés que les Bois-Brûlés possédaient de temps immémorial.
Une inquiétude sourde d'abord, bruyante ensuite, se manifesta dans le pays. Des conciliabules furent tenus, dans lesquels Louis Riel, jeune métis de 26 ans, élève du collège de Montréal, ne tarda pas à se faire remarquer.
En 1869, la nouvelle se répandit que M. William Mac- Dougall, était nommé gouverneur de la province; aussitôt, les métis se décidèrent à résister, mème par la force à toute tentative dechangement ; ils 2 constituèrent en comité national. Un Bois-Brûlé écossuis, John Bruce, fut nommé président et Louis Riel secrétaire. Le premier acte de ce gouvernement provisoire fut d'envoyer au-devant de Mac-Dougali un messager qui remit au nouveau gouverneur une protestation rédigée en français, lui faisant défense de pénétrer sur le territoire du nord-ouest sans une autorisation du comité. Mac- Dougall dut passer l’hiver dans une maison de bois qu'il fit élever à la hâte à Pembinaà, et dans des conditions tellement peu favorables, qu’il fut surnommé : « the frozen Wäiliam, Guiliaume le Morfondu. »
Cependant, les Canadiens-Anglais, espérant trouver leur bénéfice dans la nouvelle répartition des terres, essayaient de soulever tous les habilants de langue anglaise contre les métis français; ceux-ci, pour prévenir une altaque, occupèrent le fort Garry. Dans une première échauffourée, les Anglais furent battus et le docteur Schultz fait prisonnier. C’est alors que Mac-Dougall se laissa entraîner à un acte qui lui attira plus tard le plus humiliant désaveu : il sollicita contre les métis
LE CANADA 145 français, sujets britanniques, le concours des Sioux, la plus féroce des tribus indiennes.
En présence de cette situation, le comité national se déclara gouvernement provisoire, et Louis Riel fut élu président, avec un Irlandais, O’Dondhue, pour premier ministre, et un métis, Ambroise Lépine, pour adjudant général. Ce gouvernement prit pour drapeau le drapeau blanc fleurdelisé, au milieu duquel se détachait la harpe d'Irlande.
Le gouvernement canadien, à la nouvelle de ces faits, réprimanda vertement Mac-Dougall et envoya des délégués pour traiter avec les métis de l’entrée de la province de Manitoba dans la confédération, en promettant à ceux-ci la reconnaissance de tous leurs droits.
Tout allait être arrangé, quand le docteur Schultz, qui s'était évadé de prison, attaqua de nouveau avec quatre ou cinq cents hommes les métis français ; son avantgarde fut défaite par Lépine à la tête de trente cavaliers. Les prisonniers faits furent enfermés au fort Garry; un seul fut condamné par le gouvernement provisoire et exécuté, un nommé Scott, qui avait plusieurs fois frappé les hommes commis à sa garde.
Afin de pacifier la nouvelle province, sir Garnett Wolseley fut envoyé avec des troupes ; à son arrivée, les métis se soumirent.
Comme les autres provinces du Canada, celle de Manitoba reçut un lieutenant-gouverneur, des ministres responsables, et nomma deux chambres, l'une élective
et l'autre à vie. |
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A partir de ce moment, la tranquillité de la province ne fut plus troublée que dans ces derniers temps par l’émeute soulevée par Louis Riel, et qui se termina par sa condamnation à mortet son exécution.
Nous n’avons pas l'intention de soutenir Louis Riel;
si, en 1869-1870, il a su faire respecter l'indépendance 2 des métis français et les défendre contre les vexations < des Anglais, il a eu tort assurément de continuer son opposition au gouvernement canadien, puisque les métis à jouissent des mêmes prérogatives que les autres sujets . britanniques ; néanmoins, son exécution n'était pas 4" nécessaire, et le‘gouvernement anglais a versé inutilement le sang d’un Français.
# Depuis plusieurs années, Riel n'avait plus toute sa raison, il se figurait qu’il était appelé à jouer non seulement un rôle politique, mais aussi un rôle religieux; volontiers il se prenait pour un réformateur, pour un prophète envoyé par Dieu pour réformer la religion qui, selon lui, a besoin d'être modifiée tous les trois cents ans. Il prit le nom d’Exovide et son conseil s’appela l’Éxovidat. On aurait dû l’enfermer, parce que, grâce à l'influence qu’il avait su prendre sur les populations, il était dangereux et pouvait troubler la paix publique; mais le tuer, non.
Malheureusement pour lui, Riel, par son apostasie, s'était fait des ennemis de tout le clergé canadien, et il a eu contre lui ceux qui auraient dà le défendre et inter- : céder pour le pauvre insensé. Au bruit du soulèvement des métis, des Indiens campés dans le voisinage ont attaqué les établissements, massacré quelques hommes,
et parmi eux deux missionnaires ; ces deux martyrs, joints à l'apostasie de Riel, étaient plus que sufiisants pour assurer sa condamnalion et son exécution.
Depuis 1870, Riel habitait aux États-Unis, dans l’État de Missouri, où il remplissait les modestes fonctions d’instituteur;, c’est là que des agitateurs, mécontents du gouvernement canadien, sont venus le chercher pour le mettre à la tête du mouvement. Riel s’est laissé entrainer ; peut-être ce pauvre esprit faible, ce pauvre cerveau brisé par ses luttes de 1870, par son exil, par la situation plus que modeste où il vivait, a-t-il pris son rôle au sérieux et pensé qu'il était appelé à proclamer l'indépendance de ses frères Bois-Brûlés français?
Quoi qu’il en soit, il ne faut pas oublier que c’est à Louis Riel que les métis français doivent leur situation et la liberté dont ils jouissent au Canada.