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CHAPITRE X

Winnipeg. — Le Canadien-Pacifique. — Les métis. — Le bison. — Chasseurs et trappeurs. — Le Wolverine. — La traite des pelleteries. — Les Indiens. — La Colombie anglaise. — Les rives du Pacifique.

A l’époque de l'entrée du Manitoba dans la confédération, Winnipeg, la capitale du Manitoba, située au confluent de la rivière Rouge et de l’Assiniboine, n'était qu’une misérable bourgade comptant deux cent cinquante habitants à peine, un fortin, quelques maisons de bois et des wigwams indiens.

Quinze ans se sont écoulés, et, à l'endroit même où l’Indien fumait tranquillement son calumet, s’élève aujourd’hui une ville de plus de quarante mille habitants, couvrant une superficie de vingt kilomètres carrés, et sa population tend à augmenter tous les jours. Elle a jeté des ponts et lancé des bateaux à vapeur sur les grandes rivières qui l’entourent. De nombreux édifices, des magasins somptueux, des théâtres, des banques surgissent du sol comme par enchantement, et dans l'été de 1882 seulement, 1368 maisons ont été construites.

Mais ce n’est pas seulement Winnipeg, c'est Brandon, Emerson, Regina, Edmonton, pour ne citer q'ie les plus importantes; les bords des rivières se couvrent de villages, de fermes, d’exploitations agricoles, et partout on retrouve les Canadiens-Français venant s’établir de préférence dans les campagnes, et formant déjà une population compacte de plus de douse mille âmes.

Ce développement incroyable est dû à la création du chemin de fer du Canadien-Pacifique, destiné à relier | les deux Océans, à joindre la Colombie britannique à la : province de Québec.

| Le seul reproche que les étrangers puissent faire à cette région, c’est le climat ; l'hiver, la neige tombe en abondance au point d’intercepter la voie du chemin de fer; et quand se produit le phénomène appelé Chas seneige, quand, poussée par le vent du nord, la ‘neige arrêtée par un obstacle s’entasse en monticules de plusieurs mètres d'épaisseur, le train est quelquefois retenu longtemps prisonnier. L'été, les chaleurs sont exces-

sives dans ce grand désert où les arbres sont rares et où rien ne vient apporter un peu d'ombre.

Pour retrouver le vrai Canadien-Français, l'habitant, il faut s'éloigner du tracé du chemin de fer et suivre le cours des rivières. Le métis français, au contraire, est un peu au nord, dans de petits villages, loin des villes, où il peut s’adonner à la chasse et à la pêche, ses plaisirs et ses travaux favoris. Là, il a conservé ses coutumes, sa vie simpleet primitive, son adresse, son habileté, sa vigueur. Rien n'est curieux comme le métis voyageant dans sa charrette trainée par un bœuf ; c’est

que ce véhicule est merveilleusement approprié à la

nature et aux accidents du terrain qu’il doit traverser. La caisse de la charrette est très petite, et posée sur

des roues hautes de six à sept pieds, sans un pouce de

Le Canadien-Pacifique près Winnipeg.

fer. Ce mode de construction leur permet de traverser ja prairie couverte de hautes herbes, ou les terrains marécageux dans lesquels le léger chariot ne saurait couler profondément.

Avec ce genre de voiture, les rivières ne scnt pas un obstacle : les deux roues sont démontées et mises dans la voiture; le tout est placé sur une peau de buffle et la charrette est changée en bateau que hâle le bœuf mis à la nage. et attaché à l’esquif.

Du reste, la peau du bison est mise à chaque instanten réquisition; elle fournit le cuir et le vêtement ; coupée en minces lanières, elle remplace la corde, les clous, la

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