LES LEE
où vont nos compatriotes, ils ne se mélangent pas à la population indigène; ils forment une société à part, tandis que les autres peuples, les Allemands, par exemple, se laissent rapidement absorber, s’identifient au peuple chez lequel ils s'installent.
Quelle est la grande ville du monde qui ne possède pas un « Quartier Français »? À New-York, qui est la ville cosmopolite par excellence, non seulement les Français vivent à part, mais il y a des rues entièrement françaises, où les enseignes des boutiques et des magasins sont en français, et où l’on ne vend que des marchandises françaises,
Nous avons dit que, plus soupçonneux que les autres, un certain nombre d’Acadiens, prévoyant une catastrophe, s'étaient sauvés avant la dispersion de leurs compatriotes (1748 à 1755), et que, au nombre de neuf mille environ, ils échappèrent aux Anglais.
Ces émigrants suivirent deux voies : les uns, soit par l'isthme, soit en traversant la baie de Fundy, gagnèrent la côte opposée, et s’établirent à la rivière Saint-Jean, d’autres à Shediak, à Miramichi, et sur la baie des chaleurs, dans le golfe du Saint-Laurent. Les autres s'embarquèrent sur la côte nord de l’Acadie, et gagnèrent les iles du Golfe, l’île du Cap-Breton, l’île Saint-Jean et les îles Saint-Pierre et Miquelon.
Nous ailons suivre chacun de ces groupes dans le lieu où ils se fixèrent, et nous verrons que, là encore, ils ne furent pas complètement à l'abri de la haine de l'Angleterre.
Les Acadiens qui traversérent la baie de Fundy s’ar-
rêtérent dans le Nouveau-Brunswich, à l'endroit où s’élève aujourd'hui la ville de Frederickstown; ils y trouvèrent une colonie acadienne fondée en 1686. Les nouveaux arrivants se mirent courageusement au travail, défrichèrent des terres nouvelles, et eurent bientôt créé un centre populeux. En 1784, l'administration anglaise jugea à propos de s'emparer des cultures et des habitations de ces pauvres gens pour les donner à des soldats congédiés.
Comme indemnité, on concéda aux Acadiens un désert sauvage, au centredes montagnes du Nouveau-Brunswich et du Maine, sur le cours supérieur du fleuve Saint- Jean. Ce nouvel établissement prit le nom de Madawaska.
C'était la seconde fois qu’en trente ans ces malheureux étaient arrachés à leurs foyers, dépouillés de leurs biens et transportés dans un pays sauvage, par leurs cruels conquérants.
Les Acadiens de Madawaska ont créé une colonie qui a prospéré dans ces montagnes, et qui fait honneur à la race qui l’a fondée.
Sur les deux rives du golfe du Saint-Laurent, les Acadiens ont formé un nombre considérable de paroisses qui vont rejoindre les premiers villages bas-canadiens et s'étendent depuis le Barachois, au nord de l’isthme acadien, jusqu'à Miramichi, et Népisigny, sur la rive sud. Sur la rive nord, les villages, habités par les Acadiens, appartiennent au comté de Bonaventure, qui fait partie du Bas-Canada.
Les habitants de cette région partagent leur temps
entre la pêche et la culture; beaucoup vont aussi travailler dans les forêts, pour le compte de négociants anglais qui viennent exploiter tes contrées presque désertes. Mais, comme la pêche et le commerce des bois ont perdu beaucoup de leur importance, ils sont forcés de s’adonner presque exclusivement à l’agriculture.
La population jouit d’un grand bien-être; mais elle n'est point riche; les capitaux sont aux mains des Anglais. Cependant, grâce au mouvement incessant qui la rapproche de la racecanadienne, il y a tout lieu de penser que cette branche de la famille acadienne, quis'accroit tous les jours, acquerra bientôt l'importance légitime qui lui appartient.
Dans le golfe de
Un Acadien des îles du golfe du Saint-Laurent.
Saint-Laurent, les Acadiens fondè-
ï k si Le ne
rent plusieurs établissements; c’est là que se réfugia le plus grand nombre de ces malheureux proscrits. Leur colonie la plus importante fut l’île du Cap-Breton.
En 1713, pour compenser la perte de l’Acadie, la France voulut faire de l’île du Cap-Breton une position stratégique. On dépensa trente millions de francs pour construire et fortifier Louisbourg ; somme considérable qui eût été employée avec bien plus de profit, si elle eût servi à transporter des colons dans ce pays.
Jusqu'à cette époque, l'ile du Cap-Breton n'avait pas été habitée d'une façon continue : brumeuse et aride, elle servait de refuge aux pècheurs normands, basques et bretons qui fréquentaient ces parages. Pour les peupler, on fit appel aux populations françaises établies à Terre- Neuve et aux Acadiens; mais ceux-ci n’avaient pas encore subi la tyrannie de l'Angleterre; ils préférèrent demeurer dans leur pays, espérant sans doute que plus tard il retournerait à la France.
L’ile resta donc à peu près déserte : à part Louisbourg, où un certain nombre de négociants se donnèrent rendezvous, port Toulouse, aujourd’hui Saint-Pierre, Sainte- Anne et la baie des Espagnols, où on exploitait des mines de charbon, il n’y avait guère d'habitants, ni sur les côtes, ni dans l’intérieur.
En 1744, l'Angleterre, profitant d’une révolte de la garnison française de Louisbourg, s’en empara et déporta en France les habitants, à l'exception peut-être de quelques familles dispersées sur la côte. La paix d’Aixla-Chapelle (1748) nous rendit Louisbourg et toute l’île, ainsi que l’île Saint-Jean, aujourd'hui du prince Édouard.
On comprit alors en France la nécessité de peupler ces îles, et l’administration s'adressa une seconde fois aux Acadiens ; ceux-ci, qui commencaient à souffrir de la domination anglaise, répondirent à cet appel, et, de 1748 à 1755,quatre ou cinq mille Acadiens vinrent sefixer dans les deux îles, surtout à l'ile Saint-Jean, beaucoup plus fertile que la première.
En 1757, les Anglais s’emparèrent encore une fois de Louisbourg, et, selon leur coutume, transportèrent tous les habitants en France. Il ne resta dans l’île, comme en 1744,que des familles isolées ; les Anglais eux-mêmes jugèrent inutile d'occuper cette île brumeuse et stérile, Elle ne fut véritablement peuplée qu’en 1764, lors de l'expulsion des Acadiens de l'ile Saint-Jean au nombre de quelques centaines; aujourd’hui, ils sont plus de quinze mille.
Actuellement, l'île du Cap-Breton présente le groupe le plus compact de cette race que d’incessants malheurs ont dispersée en une infinité de petitesfractions sur toutes les côtes et îles voisines. Par leur situation le long des côtes de la Nouvelle-Ecosse, les Acadiens du Cap-Breton communiquent facilement avec leurs frères du continent et même avec ceux de toutes les îles du golfe. Il semble donc que, si la nationalité acadienne doit se réveiller et former quelque part un centre, l’île du Cap-Breton présente le point le plus naturel pour exercer cette action.
Dès 1719 et 1720, quatorze familles de pêcheurs bretons et saintongeois étaient déjà fixées au Port-Lajoye et à Saint-Pierre, dans l’île Saint-Jean, et deux familles
D DES de “LS A
acadiennes : les Haché dit Galand, et les Martin, qui devinrent les souches d’une nombreuse postérité.
Chaque année, depuis cette époque, un certain nombre d’Acadiens émigraient à l’île Saint-Jean et, en 1755, après la proscription qui désola l’Acadie, le nombre des habitants était de sept à huit mille. Cette population laborieuse avait exécuté de grands travaux de culture et transformé en plaines fertiles toute l'étendue de l’ile. Ce motif était plus que suffisant aux yeux des Anglais pour s'emparer de toutes ces bonnes terres : « elles sont trop bonnes, disaient-ils, pour des Acadiens » ; ils chassèrent les habitants et se partagèrent leurs propriétés.
On n’a pas de détails sur la façon dont fut accomplie cette exécution, il est évident que le gouvernement anglais a cherché à cacher autant que possible cet évênement. Afin de n'être point taxé de partialité, nous nous contentierons de citer l'opinion d’Halliburton, l'historien anglais ; il signale l'impossibilité où l’on est de se procurer des documents à cet égard, et ajoute : « Il n’est pas facile de s'expliquer pourquoi on a cherché ainsi à cacher les particularités de cetévénement, à moins, toutefois, ce qui est concevable, que les acteurs intéressés n'aient eu honte de leur œuvre. »
Il a fallu, cependant, que cette proscription fût bien rigoureuse, puisque, des huit mille Acadiens qui habitaient l’île Saint-Jean en 1760, il n’en restait pas six cents en 1770. On ignore absolument où furent transportés ces sept mille individus, et l’on n’a pu suivre la trace que de quelques-uns qui se rendirent dans l’île du Cap-Breton.
Néanmoins, les six cents Acadiens restés dans l’île du
PAC OO ON PA ERA I M RE T da a ro M EE a dns
Cap-Breton suffirent pour la repeupler; aujourd’hui, leur nombre dépasse seise mille !
Terre-Neuve, qui se partageait autrefois entre la France et l’Angleterre, comptait, en 1706, deux cent cinquante habitants, et trois cents en 1711. Par le traité d’'Utrecht (1713), la France cédait Terre-Neuve à l’Angleterre, qui n’inquiéta pas outre mesure les Acadiens établis sur les rives de cette île; leur nombre s’accrut encore en 1755, et, quelques années après, ils formaient une population de quinse mille âmes, établie sur toute la partie de la côte où nous avons consérvé le droit de pêche.
« Les iles Madeleine, écrit un auteur anglais, furent données, au siècle dernier, ; par l'Angleterre à l’amiral Coffin. A l'exception de l’île Entry , elles sont habitées par des Acadiens-Français qui ont conservé tous les signes caractéristiques de leur race. Actuellement , la population est de quatre mille trois cent seise habitants.
« C’est un fait vraiment curieux que ces Français, quoiqu'ils n'aient fait qu’un court séjour en Acadie, aient conservé un souvenir si vif de leur nouvelle patrie et de la brutale expulsion dont ils ont été l’objet, que ces braves gens visitent le Canada comme les Américains visitent l'Angleterre; ils croient retourner dans leur patrie. »
Pendant six mois de l’année, les habitants sont enserrés dans les glaces, et toute communication avec le monde extérieur est arrêtée. C’est à la pêche qu’ils demandent leur seul moyen d’existence, et quand la saison est mauvaise, ce qui arrive malheureusement trop souvent, leur situation est des plus pénibles.
LR O® = fe <E «u > 0 Lu ©Œ u 5 sui £-
NL.
rs
En 1883, éclata une famine qui menaça de décimer la population : la saison de pêche avait été déplorable; le navire chargé, à la fin de l’été, de porter dans les îles la provision de farine pour l’hiver, avant la formation de ‘st la glace, avait fait naufrage. Quand vint le printemps, les habitants étaient à la veille de mourir de faim, et un grand nombre d'entre eux eût certainement péri, si un grand bâtiment chargé de vivres n’était venu s'échouer sur l’île Coffin.
En peu de temps, la nouvelle se répandit dans le pays | comme une trainée de poudre ; quittant leurs demeures, À les malheureux affamés se précipitèrent sur le théâtre du à sinistre ; ils trouvèrent dans le pillage du navire un sou- 1 lagement momentané à leur faim.
‘ Malgré ces terribles hivers, les habitants sont attachés À à leurs îles, car là est leur patrie. Cependant, un certain | mouvement d'émigration se produit depuis quelques
ve. CT ef ART ES RITES Ua
k années ; les insulaires se dirigent vers les côtes plus hoss pitalières du Labrador, et vers le Canada.
À Les Acadiens qui vinrent se fixer dans les îles Saint-
Pierre et Miquelon les trouvèrent déjà occupées par des pêcheurs hiverr ants. Le traité de Paris, qui nousenlevait nos colonies Nord-Américaines, laissait, pour tout asile à nos pêcheurs et à nos matelots, ces deux îlots ; mais la paix nedevait pas régner longtemps sur cette terre.
« Pendant la guerre de l'Indépendance américaine, les 4 îles furent prises par les Anglais, qui emmenèrent tous les habitants en captivité, et ce n’est qu’en 1783, à la suite du traité de Versailles, que les colons furent rendus à la France, et rapatriés aux frais de l’État.
ROSE OO E L'AMMEEAMRE PREOL RRR E AE ER RERE ER OPEN RSR APTE
Fe F3 k.
ri
SR Tr TE le ARE EP Le he de 7e GA pe DS EE NS
ss
« En 1793, Saint-Pierre et Miquelon sont enlevées de nouveau par les Anglais ; mais cette fois le gouvernement britannique embarque tous les habitants, qui sont déportés sur le sol français.
« Lorsqu’en 1802, le 27 mars, cette colonie nous fut rendue, la plus grande partie des familles retourna aux îles dont nous reprenions possession; mais ce fut pour peu de temps, car, le 20 mars 1803, nous reperdions Saint-Pierre et Miquelon,
« Enfin, le traité de Paris nous ayant rendu, le 30 mai 1814, nos pêcheries d'Amérique avec tous les droits et privilèges de pêche sur les côtes de Terre-Neuve, les îles voisines et celles du golfe de Saint-Laurent , la rétrocession définitive des îles eut lieu le 22 juin 1816. |
« La population s'élève à quatre milleneuf cents habi- 4 tants ; elle est entièrement composée des Bretons et surtout des Normands venus d’Acadie (1). »
La majeure partie des habitants sont marins. Ce sont ces rudes'pêcheurs, honnêtes et robustes, qui, méprisant le danger sans cesse affronté, vont, au milieu de périls sans nombre, demander à l’Océan de quoi subvenir aux besoins de leur famille. Popu! “ons laborieuses, qui « vivent mouillées », a dit un grand poète, et dont toute à l'histoire tient entre le flot qui monte et la vague qui h s'en va. ‘4
L'été, sur les goëlettes, les waris et les pirogues, tous sont employés à la pêche de la morue , soit pour