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CHAPITRE II

Dispersion des Acadiens. — Les Français à l'étranger. — Le fleuve Saint-Jean. — Les rives du golfe de Saint-Laurent. — L'ile du Cap-Breton. — Ile du Prince-Édouard. — Terre-Neuve. — Saint Pierre et Miquelon.

Arrachés violemment à leurs foyers, à leurs familles, à leurs affections, jetés sur des vaisseaux, dans l’anxiété d’un avenir inconnu, les Acadiens n'avaient pas même pour se consoler l'espoir de la patrie; car derrière eux ils ne laissaient que ruines fumantes, villages détruits, champs bouleversés ; la patrie était morte; il n’y avait plus d’Acadie!

Mais partout où ils se trouvèrent transportés, ces hommes courageux s’implantèrent; à force de travail, d'économie, de dur labeur, ils se reconstituërent une famille et, en quelque sorte, une patrie; leur race crût et multiplia : ils restérent unis par l’amour de la France, par leurs croyances religieuses, par leur langage, et partout restèrent les Acadiens-Français. C’est ainsi que dans toute l'Amérique septentrionale, on trouve des colonies d'Acadiens ne parlant pas d'autre langue que la nôtre; nous allons les suivre dans leurs pérégrinations.

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Dirigés sur les colonies anglaises de l'Amérique du Nord, on eut sur plusieurs points l’inhumanité de ne les point accueillir : quinze cents furent repoussés de la Virginie, et cet exemple eut des imitateurs dans la Caroline. Quatre cent cinquante hommes, femmes et enfants destinés à la Pensylvanie, échouèrent sur la côte, non loin de Philadelphie; le gouvernement de cette province, pour se dégrever des secours nécessaires à ces pauvres naufragés, n’eut pas honte de vouloir les VENDRE COMME ESCLAVES (1). Cette bassesse inqualifiable couronna dignement la conduite des colonies anglaises. Auteurs de la ruine des Acadiens, héritiers avides de leurs champs, de leurs terres, de leurs biens, ils eurent le cœur de refuser les secours et même les égards dus au malheur.

Ainsi repoussés des côtes, quelques-uns se rendirent maîtres des navires qui les transportaient (les Anglais ont qualifié de piraterie cet acte de juste rebellion) et se réfugièrent dans les îles du golfe de Saint-Laurent; mais le plus grand nombre furent conduits en Angleterre, où ils restèrent prisonniers jusqu’à la fin de la guerre; ceux qui purent résister aux souffrances endurées pendant cette longue et cruelle captivité passèrent ensuite en France, et de la à Saint-Domingue, où ils fon-

(1) Voir dans l’auteur anglais Haliburton le détail de l’inhumanité des habitants de Pensylvanie et du Massachussets à l'égard des Acadiens ; et le mémoire adressé par ces malheureux au roi d’Angleterre pour protester contre le projet formé par le gouvernement de la colonie de les vendre comme esclaves.

dèrent la paroisse de Bombardonopolis. D'autres reçurent de M. le marquis de Perusse un territoire considérable, paroisse d’Archigny, canton de Pleumartin, près Châtellerault, dans le département de la Vienne. Ils s’y

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Quartier français à New-York.

6 groupèrent, construisirent des maisons, défrichèrent des es landes où leurs petits-enfants vivent encore aujourd’hui, cn conservant précieusement la tradition de leur origine,

de leurs malheurs et de l'Acadie perdue.

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Deux mille environ purent cependant débarquer dans les colonies anglaises; quelques-uns s’y établirent,

Un quartier français à New-York.

tandis que d’autres gagnèrent la Louisiane. Ilsretrouvêrent, dans le Maryland, la Géorgie et l’État de New- York, leurs compatriotes émigrés volontairement vers 1743; ils se joignirent à eux et formèrent ces groupes que plusieurs voyageurs ont rencontrés aux États-Unis, qui se composent de vil- Jages entièrement français, où l’on n’entend parler que cette langue. Il est du reste remarquable que, partout

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