‹ Les français en Italie au XVIe siècleChapitre 11 sur 16 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

Deuxième et troisième Guerres entre la France etTAutricke.

Violation du traité de Madrid. — Ligue de Cognac contre Charles- Quint. — 1527. Renouvellement des hostilités. — Invasion des Inapériaux en Italie. — Sac de Rome et mort du connétable de Bourbon. — 1528. Expédition de Laulrec au-delà des Alpes. — Siège de Naples. — 1529. Traité de Cambrai.

François I" se prépare à une troisième guerre. — 1535. Invasion de la Savoie. — 1536. Entrée des Impériaux en Provence. — Le pays sauvé par Montmorency. — 1538. Trêve de Nice.

L'honneur de François I^r était demeuré sauf à Pavie ; il n'en fut pas de même après le traité de Madrid, et désormais on trouvera bien souvent en défaut cette bonne foi , cette loyauté , ces sentiments chevaleresques qui avaient été jusqu'alors les mobiles de ses actions.

Déjà à Bayonne, le roi avait déclaré à un officier espagnol

qui raccompagnait , qu'il était prêt à exécuter toutes les conditions de la paix , excepté une seule , la cession de la Bourgogne ; cette province , disait-il , ne pouvait être détachée du royaume qu'avec le consentement de ses habitants. Lorsque Lannoy et d'autres ambassadeurs de Charles-Quint vinrent demander à être mis en possession de la Bourgogne, il réunit à Cognac les députés de la noblesse , du clergé et du tiers-état de ce duché. Tous déclarèrent qu'ils entendaient rester français , « que la paix de Madrid était trèsinjuste , et que , combien que le roi eût beaucoup de pouvoir, toutefois cela n'était en son seul vouloir. » Lannoy rappela à François I^r la parole qu'il avait donnée de retourner en Espagne ; mais celui-ci fit encore décider, par une assemblée de notables à Paris , qu'il ne pouvait se reconstituer prisonnier. Il se contenta d'offrir 2,000,000 d'écus d'or, au lieu de la Bourgogne , pour la rançon de ses enfants. Charles et François crièrent simultanément à la perfidie , et s'envoyèrent des cartels insultants.

La guerre était imminente ; François I^r se hâta de contracter des alliances. Il ratifia en son propre nom le traité de sa mère avec Henri MU , ajoutant aux avantages déjà concédés à ce prince une pension de 50,000 écus d'or. Il profita ensuite du mécontentement que la domination espagnole excitait en Italie. Car Naples était audacieusement dévastée par les chefs de bandes -, la Toscane voyait expirer sa liber-

lé ; la Lombardiê subissait sous Antonio de Leyva une si dure tyrannie , que plusieurs Milanais se tuèrent, et qu'une infinité d'autres abandonnèrent leur pays. Dans ces circonstances , une ligue perpétuelle fut signée à Cognac entre le pape, le roi de France , les Vénitiens et le duc de Milan. ^ Les allies s'engageaient à chasser les Impériaux du Milanais , et à rétablir François Sforza dans la libre possession de ce duché ; le roi abandonnait ses prétentions , mais à condition que le duc lui paierait un tribut annuel de 50,000 écus et épouserait une princesse française. La souveraineté de Gênes et le comté d'Asti reviendraient à la France. Quant au royaume de Naples , on en ferait la conquête après celle du Milanais , et le pape en disposerait comme d'un domaine de l'Église, en payant au roi de Fratice une rente de 70,000 ducats. On convint enfin de ne déposer les armes qu'après avoir forcél'empereur à mettreen liberté les fils de François 1er. L'armée alliée devait compter trente mille hommes d'infanterie , en partie levés chez les Suisses , deux mille cinq cents cavaliers pesamment armés et deux mille cinq cents chevau-légers.

Si le roi d'Angleterre accédait à la ligue de Cognac , il obtiendrait, avec le t\n:iiâe protecteur, un duché du revenu de 30,000 ducats pour lijf;.un autre de 10,000 pour Wolsey, dans le royaume de NapleSV

Quand cette coalition fut formée , Clément VII releva

François !««■ du serment qu'il avait fait d'exécuter le traité de Madrid. Charles-Quint en appela alors à un concile gé-. néral , et publia contre le pape un violent manifeste. Oni donna , de pari et d'autre , l'ordre de commencer les hostilités.

Ce fut la dernière lutte de l'indépendance italienne au seizième siècle ; mais rien ne donnait l'espoir qu'elle sérail efficacement soutenue. En effet , les Italiens avaient perdu l'habitude des armes ; ceux qui vendaient leurs services ari plus offrant n'étaient que la lie de la nation ; ardents , aux petits exploits , ils manquaient de ce véritable courage qui naît d'un sentiment généreux. Clément VII montra une irrésolution dangereuse en face de l'empereur ; il se laissa tout à la fois tenter par la promesse de conserver Parme et Plaisance, et effrayer par Charles-Quint, qui mettait l>uther en œuvre comme épouvantai! pour l'amener à subir ses volontés. François le»- lui-même , soit qu'il se défiai de la fortune depuis la bataille de Pavie , soit que la ligue de Cognac ne fût à ses yeux qu'un moyen de rendre son rival plus traitable , négligea d'envoyer à temps des secours à ses alliés. Les Italiens agirent faiblement ; ils devaient être écrasés.

La lutte commença dans le nord. François Sforza , qui était parvenu à conserver jusqu'à ce moment la citadelle de Milan , y fut vivement pressé par Antonio de Leyva et le

n)arquis de Guasto. Guichardin et Guido Rangone , génér;mx du pape , François-Marie , duc d'Urbin , général des Vénitiens , et le marquis de Saluées , commandant d'une division française , marchèrent à son secours. Mais ils ne suient pas agir de concert , ni profiler des intelligences qu'ils avaient dans Milan : le duc d'Urbin, se donnant pour un imitateur de Prosper Colonna, traînait la guerre en longueur ; Clément VU trouvait qu'on n'avait pas pour lui les égards qui lui étaient dus ; enfin « les secours des Français , très-étendus en paroles , devenaient chaque jour plus minces en réalité*. » Sui- ces entrefaites, le connétable de Bourbon arriva d'Allemagne avec des lenforts ; les Ifaliens se retirèrent précipitamment, et la citadelle de Milan se rendit ; mais François Sforza avait trouvé moyen de s'échapper. Les vainqueurs accablèrent les Milanais d'exactions énormes; chacun d'eux retint enchaîné le maître de la maison où il logeait , afin de lui extorquer, par toutes sortes de mauvais traitements , l'argent qu'il aurait caché. Clément VII, de son côté, était aux prises avec les Colonna, tfue l'ambassadeur espagnol à Rome, Hugues de Moncade, avait suscités contre lui. Le cardinal Pompée Colonna , tandis que les troupes pontificales étaient en Lombardie , rt'unit quelques milliers de soldats, pénétra sans résistance

* GriCHvp.niN.

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dans la ville , et mil au pillage Transtevere et le Vatican. Le pape voulut faire prendre les armes au peuple ; personne ne s'émut. « Non-seulement les moines dans les chaires , dit l'historien Varchi , mais encore certains ermites , s'en allaient par les places prêchant la fin du monde ; et parmi ceux-ci il n'en manquait pas qui , se persuadant qu'il était impossible de voir des temps pires que ceux qui couraient, disaient que le pape Clément était l'Antéchrist. » Il lui fallut donc se réfugier dans le château Saint-Ange , où la disette le contraignit de capituler.

C'était le moment où le connétable recevait un renfort de six mille Espagnols amenés par Lannoy et Alarcon , et de douze mille luthériens sous le commandement de Georges Frundsberg. Ces troupes, que l'empereur laissait sans solde, n'avaient en vue que le butin. Elles eurent un instant la pensée de fondre sur Florence \ mais les luthériens firent décider que l'on marcherait sur Rome : tous vomissaient des blasphèmes contre la cour pontificale, et Frundsberg portait à l'arçon de la selle des licous de soie et d'or, pour étrangler les cardinaux et le dernier des papes. Le duc d'Urbin , qui détestait les Médicis, laissa passer cette armée sans argent , sans magasins , sans artillerie et sans bagages.

Dans cet instant décisif, Clément VII se perdit en tergiversations déplorables. Il demanda l'avis de Machiavel , qui lui conseilla de créer roi d'Italie Jean des Bandes Noii'es ,

homme brave , lettré, et foil aimé de tous. Mais ce conseil lui semblant trop hardi , il chercha à détourner l'orage en négociant avec Lannoy : celui-ci , moyennant 600,000 ducats, promit d'éloigner l'armée impériale. Cette dernière illusion fut bientôt dissipée. Les Impériaux , furieux d'avoir été repoussés devant Plaisance et Bologne , arrivèrent sous les nuu-s de Rome , que gardaient quelques rares soldats, aidés de miUces bourgeoises.

Frundsberg n'assista point aux opérations : frappé soudain de paralysie, il parut châtié de la main de Dieu. Le 6 mai 1527 , l'assaut fut donné à la ville. Bourbon , au moment où il dressait une échelle contre le rempart, fut mortellement blessé d'une balle ; le coup d'arquebuse avait été tiré par le célèbre artiste Benvenuto Cellini. Philibert d'Orange , qui prit le commandement , excita ses soldats à venger leur chef : Rome fut prise en deux heures. Le pape et treize cardinaux se réfugièrent au château Saint- Ange : l'un d'eux , Ermellino , arriva trop tard ; les portes du château étaient fermées ; il fallut qu'on le tirât avec une corde par-dessus les murs.

. Le sac de Rome dura deux mois ; on ne vil jamais rien d'aussi hideux. Les couvents et les églises furent forcés , les autels convertis en tables de banquets, les ciboires profanés , les croix couvertes de sang , la poussière des reliques jetée. au vent. Des lansquenets ivres, affublés de

chapeaux de caidiiuuix ei vêtus de robes rouges , parcoururent les rues en faisant des boufTonneries. Les tombeaux mêmes ne furent pas respectés , et un anneau d'or fut arraché du doigt de Jules II. Les luthériens se firent une joie de détruire ce qu'ils appelaient l'idolâtrie des tableaux et des statues ; ils brisèrent leurs épées contre les statues de marbre ; la chapelle Sixtine , toute pleine du génie de Michel-Ange , fut transformée en écurie. On pense qu'on enleva pour 10,000,000 d'objets en or, en argent et en pierreries , et que les taxes imposées aux particuliers dépassèrent de beaucoup cette somme. Les cardinaux dévoués à l'empereur n'étaient pas même épargnés. Ainsi, celui de Sienne, après avoir payé une forte rançon aux Espagnols , fut fait prisonnier par les Allemands , qui saccagèrent son palais ; puis , ils le promenèrent dans Rome , tête nue , suiun àne, en l'accablant de coups. Le cardinal de la Minerve et le cardinal Ponzelta essuyèrent le même traitement. Une compagnie de luthériens plaça vivant dans un cercueil le cardinal d'.\raceli , le porta à travers les rues en chantant l'office des morts , et prononça une espèce d'oraison funèbre, dans laquelle , au lieu d'éloges, on débitait sur son compte les calomnies les plus atroces : puis , ils le ramenèrent chez lui, burent ses meilleurs vins dans les calices consacrés , et , le mettant en croupe d'un cavalier, l'envoyèrent mendier sa rançon de porte en porte. D'autres

jetèrent les bulles papales en litière à leurs chevaux -, et , séiant rassemblés dans une chapelle du Vatican , travestis en cardinaux, et contrefaisant les usages des conclaves, ils dégradèrent le pontife , et proclamèrent Luther à sa place.

Telle était la fureur et la rapacité des soldats , que les paysans qui approvisionnaient les marchés n'osaient plus venir dans Rome , de peur d'être maltraités. Apiès avoiijnangé les animaux immondes, le bas peuple vécut d'herbes et de racines. Les vainqueurs eux-mêmes moururent bienlôtTde faim , au milieu de l'or qu'ils avaient volé ; ils se répandirent dans le voisinage , et plus d'une fois les habitants des campagnes , qu'ils rançonnaient sans pitié, tombèrent sur leurs détachements et les massacrèrent. La famine amena la mortalité , et la mortalité la peste.

Toute la chrétienté fut indignée de la manière sauvage dont on traitait Rome et le chef de l'Église. Il n'eût peutêtre pas dépendu de Charles-Quint de tirer le pape des mains des mercenaires qui le tenaient en leur pouvoir : mais il avait, du moins , le tort d'avoir déversé sur l'Italie un torrent dévastateur, sans prévoir les ravages qu'il ne pourrait empêcher. Il affecta une douleui" hypocrite , prit le deuil avec toute sa cour, suspendit les fêtes de la naissance de son fils Philippe , envoya partout des lettres qui portaient un désaveu formel , et fil dire des messes en Espagne pour la déUvrance de Clément VII. Mais il ne donna aucun

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ordre en faveur du Saint-Père , et ne rabattit pas un écu de la rançon qu'il voulait lui arracher. Clément Vil , pour sortir du château Saint-Ange , dut souscrire aux condition.s suivantes: 100,000 écus comptant, 100,000 autres dans quinze jours , 150,000 au bout de trois mois ; neutralité absolue dans la guerre de Lombardie ; cession du château Saint-Ange , d'Oslie , de Civita-Vecchia , de Modène , de Parme et de Plaisance comme places de sûreté. Les alliés même du souverain pontife exploitèrent son infortune : Florence secoua le joug des Médicis , et reprit sa constitution populaire ; les Vénitiens, les ducs d'Urbin et de Ferrare s'approprièrent quelques places des États romains , sous prétexte de les garder en dépôt.

François le»-, qui ne s'occupait que de ses plaisirs depuis le commencement de la guerre, ne pouvait sans hont^ abandonner plus longtemps les Italiens. Il resserra son alliance avec Henri Vlll. Le roi d'Angleterre avait un motif d'hostilité personnelle contre Charles-Quint : il sollicitait du pape l'autorisation de répudier Catherine d'Aragon , tante de l'empereur, et celui-ci s'opposait de toutes ses forces au divorce. Néanmoins , Henri , après avoir promis. 9,000 hommes d'infanterie , ne voulut plus donner qu'un subside de 32,000 écus par mois. Au mois de juillet 1527 , Lauirec fut envoyé en Italie avec vingt-six mille fantassins et mille hommes d'armes ; il devait être secondé pai- une

flotte , sous les ordres du célèbre génois André Doria , que François l^^ venait de prendre à sa solde avec huit galères , moyennant mille écus par mois.

Lautrec se rendit maître de Gênes, où il rétablit la faction des Fregosi et la domination française , enleva Alexandrie et Pavie, qui furent remises à François Sforza , et opéra sa jonction avec l'armée vénitienne. Il lui eût été facile , ainsi que le conseillaient Sforza et les Vénitiens , dachever la conquête de la Lombardie ; car Antonio de Leyva n'avait que bien peu de troupes : mais il allégua les ordres exprès des rois de France et d'Angleterre , qui voulaient délivrer les États de l'Église et chasser les Espagnols de Naples. A Plaisance, il reçut les ambassadeurs du duc de Ferrare, du marquis de Mantoue et de la république de Florence , qui venaient s'unir au parti français.

Clément VII, s'étant échappé de Rome à la faveur d'un déguisement , rejoignit Lautrec près d'Orvieto. Les Impériaux , que Bourbon avait amenés au nombre de vingt-cinq mille , n'étaient plus que treize mille ; n'osant attendre l'armée française , le prince d'Orange se retira vers Naples. Lautrec occupa les Abruzzes et la Pouille, où il fut accueilli avec des transports de joie ; il pénétra ensuite dans la Terre <Je Labour, reçut la soumission de Nola, de Capoue, d'Aversa, et entreprit le blocus de Naples. Hugues de Moncade et le marquis de Guasto tentèrent de secourir la ville du côté

de la mer -, mais André Doria détruisit la flotte espagnole : Moncade fut tué, etGuasto fait prisonnier.

Naples allait se rendre par famine, quand un événement imprévu la sauva. Doria , par la franchise hautaine de ses discours, s'était attiré l'inimitié des courtisans , qui le calomniaient auprès de François I^r et le lui rendaient suspect. Offensé déjà par le l'établissement d'une garnison française à Gênes , il vit avec indignation les travaux que la France faisait commencer au port de Savone, et qui devaient avoir pour effet de ruiner, au profit de celte ville, la prospérité commerciale et maritime de sa patrie. Il réclama vainement au nom des Génois; supposant à François !««■ l'intention de tirer beaucoup d'argent de Savone , il lui écrivit : <i Si les conjonctures mettent Votre Majesté dans le cas d'avoir besoin d'argent , aux appointements qui me sont dus , je suis prêt à joindre 40,000 écus d'or. » Cette offre généreuse blessa l 'amour-propre du roi ; au lieu de lui répondre, il le destitua, et chargea son successeur Barbezieux de l'arrêter. Lorsque l'amiral aperçut Barbezieux : « Je sais , lui dit-il , ce qui vous amène ; » et lui montrant d'un côté les galères de France , de l'autre celles de Gênes : « Voici les navires de votre maître que je vous rends ; voilà ceux de ma république que je garde. Accomplissez le reste de votre ordre , si vous l'osez. » On le laissa s'éloigner.

La captivité de Guasto fut heureuse pour l'Espagne ; car le marquis détermina Doria à offrir ses services à l'empereur. 11 fut convenu que l'amiral recevrait im traitement annuel de 60,000 ducats, que Gênes recouvrerait son indépendance , et qu'on lui livrerait Savone et les autres villes de la Ligurie. Dès ce moment, rien ne réussit plus aux Français ; « qui n'est seigneur de Gênes et maître de la mer, dit Brantôme, ne peutguères bien dominer l'Italie. «Doria jeta des vivres etdes munitions dans Naples , et tout le fruit de l'expédition française fut perdu.

Pour comble de malheur, on laissa Lautrec manquer d'argent ; une épidémie survint , et il resta à peine quatre mille hommes en état de combattre. Le général lui-même fut emporté par le fléau (15 août 1528). Le marquis de Saluées, chargé du commandement, leva le siège de Naples , et se replia sur Aversa , où le prince d'Orange ne tarda pas à le bloquer : contraint de se rendre et d'abandonner à l'ennemi son artillerie et ses bagages , grièvement blessé , accablé par le chagrin , il mourut peu de temps après avoir été transféré à Naples. Pedro de Navarie , pris avec lui , fut tué par le capitaine chargé de le garder, et échappa ainsi à la honte du supplice que lui réservait Charles-Quint.

La France n'était point encore au bout de ses revers : André Doria chassa la garnison de Gênes et combla le port de Savone -, le comte de Saint-Pol , envoyé en Lombardie

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avec (le nouvelles troupes , se laissa battre et prendre à Landriano par Antonio de Leyva (1529).

Toutes les puissances belligérantes étaient disposées à la paix. Venise ne songeait qu'à se reniettie en possession de quelques places maritimes dans le royaume de Naples ; CU'ment VII avait hâte de venger l'expulsion des Médicis de Florence , et craignait une seconde in iiption des bandes impériales ; Henri VIII ne pouvait agir, à cause des réclamations du peuple anglais contre une guerre inutile ; ia France était épuisée par ces levées successives qui allaient se perdre au-delà des Alpes ; enfin Charles-Quint , menacé en Allemagne par les mouvements des luthériens cl par une invasion d'Ottomans, n'avait pas trop de toutes ses forces pour leur résister.

L'n premier traité fut signé à Banelone entre le pape et l'empereur, pai' l'entremise du nonce Nicolas de Schomberg, archevêque de Capoue. Clément VII accordait à Charles-Quint la couronne impériale et l'investiture du royaume de Naples , à la charge de donner annuellement , en guise de tribut , une haquenée blanche ; il lui abandonnait la nomination de vingt-quatre évêchés du royaume. Charles s'engageait à faire restituer au pape les territoires qui appartenaient à l'état ecclésiastique ; à rétablir dans Floience les Médicis ; à marier sa fille naturelle, Marguerite, à Alexandre, «hef de « ette famille-, à réintégrer Sforza

dans le Milanais , s'il prouvait qu'il n'avait pas été complice dans la conspiration de Morone; enfin, à soumettre les hérétiques en Allemagne.

Une autre paix fut négociée à Cambrai (5 août) par Marguerite d'Autriche , tante de 1 empereur, et Louise de Savoie , entre la France et l'Autriche ; on la nomma la paix des dames. Ce n'était autre chose que le traité de Madrid un peu adouci. François 1»^ garda la Bourgogne, le Maçonnais, l'Auxerrois, Bar-sur-Seine, la Picardie et les villes delà Somme ; mais il céda à l'Espagne la ville d'Hesdin, le comté d'Asti et le royaume de Naples , paya 2,000,000 d'écus d'or pour la rançon de ses fils , renonça à la suzeraineté de la Flandre , de l'Artois et du Charolais , fournit à Charles- Quint, pour un voyage qu'il allait faire en Italie, une vingtaine de navires , et lui paya 300,000 écus ; il épousa Éléoiiore , et consentit à ce que les fils qui naîtraient de ce mariage reçussent en apanage la Bourgogne et ses dépendances.

La paix de Cambrai porta un rude coup à l'honneur de François I^r. Ce prince , après avoir poussé les puissances italiennes à de nouveaux efforts , ne stipulait rien en leur faveur, et les livrait honteusement à la vengeance espagnole. Sa mère aussi disait que , pour ravoir un seul des fils du roi , elle aurait donné mille villes comme Florence. Il n'y eut plus d'Italie , le joui* où Clément VII , à Bologne ,

déposa la couronne impériale sni- la lêle de Cliarlcs-Quinl ( 24 février 1530). Le pape et renipereur réglèrenl alors la destinée de tous les états : François Sforza fut rétabli dans le duché do Milan , à la condition de payer, la première année , 400,000 ducats , et 500,000 dans l'espace de dix ans, d'abandonner Pavie à Antonio de Leyva, et de laisser comme gage la ville de Côme et le château de Milan jusqu'au paiement des deux sommes. Venise restitua à Clément VII Ravenne et Cervia, et à l'empereur les villes occupées sur le littoral napolitain , avec 300,000 ducats. Les républiques de Gênes , de Lucques et de Sienne , ne conservèrent plus qu'une apparence de liberté. Le duc de Ferrare fut reçu en grâce et maintenu en possession de tous ses domaines , moyennant un tribut de 100,000 ducats au Saint-Siège. Le marquis de Mantoue , gratifié du titre de duc , devint l'humble vassal de Charles-Quint. Enfin , Florence , ayant repoussé les Médicis que l'empereur voulait l'établir, fut réduite par force , perdit son gouvernement populaire , et passa sous la domination d'Alexandre de Médicis. Tels furent les effets de la légèreté et de l'incurie de François I^r. Les Italiens , las et découragés après tant de promesses mensongères , se détachèrent à jamais de la France , et dès lors la péninsule ne fut plus le principal de la guerre : on devait combattre partout ailleurs, en Savoie, l'a Picardie, aux Pays-Bas, en Lorraine.

Le traité de Cambrai fut suivi de cinq années de paix , pendant lesquelles François l^r prépara tout pour une troisième lutte contre l'Autriche. Voulant donner à l'infanterie française une constitution régulière , il créa sept légions provinciales, composées chacune de six mille hommes ; mais ce nouveau système devait être abandonné au bout de quelques années. Il chercha partout des alliés pour s;i cause, des embarras pour son rival. Henri VIII resserra son alliance avec la France. On était certain de ramener Clément Vil, en travaillant à l'élévation des Médicis : François 1er l'avait compris en offrant de marier son second fils, Henri , duc d'Orléans , à Catherine , nièce du pontife ; union qui parut à celui-ci un événement si glorieux pour sa famille , qu'il vint lui-même à Marseille , afin d'en traiter ( 1 533 ) . Une ligue secrète contre la domination impériale fut négociée en même temps que le mariage. En Allemagne, le roi soutint le landgrave de Hesse et le duc de Wurtemberg contre la maison d'Autriche \ il envoya Guillaume du Bellay offrir ses secours aux luthériens qui venaient de se confédérer à Smalkalde , et eut aussi des rapports ave<' Soliman le Magnifique. Une alliance d'intérêts entre un royaume chrétien et les Turcs fut , aux yeux des contemporains , chose exécrable et monstrueuse ; d'autant plus que Charles-Quint défendait , à la même époque , la fronlièie du Danube contre Soliman , et vengeait sur Tunis

les injures faites à la chrétienté par les corsaires barbaresques. Montluc fut peut-être le seul qui approuva hautement l'union de François l" avec les Turcs contre Charles- Quint, par cette raison qu'envers un ennemi si redoutable , il fallait faire flèche de tout bois.

François I*»" essaya aussi de mettre dans ses intérêts le duc de Milan. Un gentilhomme milanais , Maraviglia ou Merveille , dont il avait acheté les services , n'eut pas de peine à convaincre Sforza que la domination de la France lui serait moins dure que celle de l'Autriche. Le duc prêta l'oreille à des propositions d'alliance ; puis, croyant que sa trahison avait été révélée à l'empereur, il fit arrêter et décapiter l'émissaire du roi , sous le prétexte que ses domestiques avaient tué un italien qui les insultait. François réclama contre cette violation du droit des gens, et, ne recevant satisfaction ni de Sforza, ni de Charles-Quint, résolut d'en appeler aux armes. La mort imprévue de Clément VII le privait cependant des avantages qu'il s'était promis en unissant son fils à (Catherine de Médicis ; Henri Vin était tout occupé à établir la réforme en Angleterre, et les piolestants de Smalkalde , indignés des persécutions ordonnées en France contre leurs coreligionnaires , refusaient leur concours. Le roi n'en prit pas moins l'offensive, en 1535.

Charles III , duc de Savoie , avait épousé une sœur de

Tempereur, Béatrix de Portugal , et envoyé son fils faire son éducation à Madrid. Il était dangereux pour la France d'avoir un ennemi sur sa frontière des Alpes. François I^i" ne pardonnait pas au duc d'avoir fourni l'argent avec lequel le connétable de Bourbon avait levé les troupes qui triomphèrent à Pavie. Une armée, commandée par l'amiral de Brion , plus connu sous le nom de Philippe de Chabot , envahit tout-à-coup la Bresse , le Bugey, et pénétra dans la Savoie ; Chambéry et Mont-Mélian se rendirent ; il ne resta bientôt plus au duc que quelques places du Piémont.

Sur ces entrefaites , François Sforza mourut sans postérité. Le roi réclama aussitôt le Milanais , protestant qu'il n'avait renoncé à ses droits qu'en faveur des Sforza ; mais Charles-Quint, à son retour de Tunis , en fit prendre possession par ses troupes, comme fief vacant de l'Empire, et amusa son adversaire par de feintes négociations, comme s'il eût été prêt à donner l'investiture du duché à l'un des fils du roi. Lorsque ses préparatifs de guerre furent terminés , il se rendit à Rome , et là , en présence du nouveau pape, Paulin, de tous les cardinaux et des ambassadeurs étrangers , il prononça un discours violent contre François 1er. Non content de prouver que la rupture de la paix n'était pas son ouvrage , il adressa un nouveau cartel au roi , et s'écria , dans l'enivrement de ses derniers succès : •I Si mes ressources n'étaient pas plus solides et mes espé-

ranres de vaincre plus fondées que les siennes , j'irais à l'instant, les mains liées, la corde au cou, me jeter à se« pieds et implorer sa pitié. »

L'armée que l'empereur avait réunie en Lombardie se < omposait de quarante mille fantassins et de dix mille chevaux. Il en confia le commandement à Antonio deLeyVa; sur la foi de quelques astrologues , qui avaient annoncé que ce général était destiné à conquérir la France. Dans sa folle présomption , il distribua les terres et les dignités de son futur royaume , car il ne doutait poini du succès. Ori raconte que l'évêque Labaume , chassé naguère de Genève par une insurrection , vint le supplier de le rétablir en passant sur son siège épiscopal : « Je vais d'abord conquérir la France , lui répondit Charles-Quint, et je vous rétablirai ensuite. » Il dit aussi à l'historien Paul Jove : « Tu n'as qu'à tailler ta plume d'or, car je vais te donner beaucoup de besogne. » Cependant un prisonnier français, à qui il demandait combien il y avait de journées depuis la frontière jusqu'à Paris, lui répondit : «Douze, mais douze journées de bataille. »

Quand les Impériaux s'avancèrent vers le Piémont, l'armée française, de beaucoup inférieure en nombre, se retira ; le marquis de Saluées , qui en commandait une partie , leur ouvrit les Alpes , au lieu de les défendre. Le 25 juillet 1536, le Var fut franchi , et la Provence envahie. La flotte d'An-

(lié Doria louvoyait le long de lu côte , pour faire passer des vivres et des munitions à l'armée de terre.

Le maréchal de Montmorency avait fait adopter au roi un système de défense qui sauva le pays : c'était de se retrancher dans des camps bien fortifiés , de ne mettre de garnisan que dans les places les plus fortes , de ne hasardeiaucune bataille , et d'affamer l'ennemi , en dévastant toule la région par où il devait passer. Il exécuta son plan avec une l'igueur impitoyable. Tandis que le roi campait à Valence avec un corps de réserve , il s'établit lui-même dans une forte position près d'Avignon , au confluent du Rhône et de la Durance. De là il envoya des compagnies dans toute la Provence , leur enjoignant « de rompre tous les fours et moulins , brûler les blés et fourrages , et défoncer les vins de tous ceux qui n'avoient fait diligence de les retirer es places fortes ; aussi gâter les puits , jetant les blés dedans, afin de corrompre les eaux*. » Grasse, Digne, Draguignan, Antibes , Fréjus, Toulon , Aix, furent ravagées comme les simples villages , et la population , après avoir aidé les soldats à celte (euvre patriotique , se réfugia dans les montagnes ou au milieu du royaume. On n'épargna que Marseille et Arles.

l/empereur, qui avait accompagné son ai'mée, attaqua

* Mautin or Bellay.

ces deux villes et fui repoussé. Voyant, au bout de deux mois , qu'il avait perdu par la famine et les maladies vingtcinq mille hommes, et parmi eux Antonio deLeyva, il se décida à la retraite. Montmorency écrasa son arrière-garde par des charges réitérées ; les paysans massacrèrent les traînards. Charles-Quint « avoit appris à connoître ce que c'étoit que d'avoir affaire aux François en leur patrie, défendant leurs femmes, enfants , maisons et églises. » Arrivé à Nice, il abandonna le commandement au marquis de (•uasto , et s'embarqua à Gênes pour Barcelone : à défaut des Français , la tempête le poursuivit sur la mer, et engloutit huit de ses vaisseaux. Comme on le disait au camp du loi, il alla enterrer en Espagne son honneur mort en France. La calomnie s'acharna même après lui : le dauphin étant venu à mourir, on prétendit qu'il l'avait fait empoisonner; mais on n'avait d'autre indice qu'une dénonciation arrachée par la torture à l'italien Montecuculli , échanson du jeune prince. Les Espagnols , de leur côté , prétendirent que le crime était l'ouvrage de Catherine de Médicis, dont l'époux gagnait ainsi le trône de France.

Pendant l'invasion de Charles-Quint en Provence , le comte de Nassau s'était jeté sur la Picardie ; il prit Guise : mais les ducs de Guise et de Vendôme le firent échouer devant Péronne.

Vers la même époque , des armateurs de Noimandie

attaquèrent une flotte espagnole qui revenait d'Amérique , et firent une prise de plus de 200,000 éeus. Le fameux corsaire Barberousse , envoyé par Soliman , ravagea cruellement les côtes de Naples.

En 1537, la cour des pairs et le parlement de Paris déclarèrent que Cbarles-Quinl ayant violé le traité de Cambrai, était redevenu vassal de la couronne de France pour la Flandre et l'Artois , et le citèrent à comparaître devant eux comme coupable de félonie pour avoir fait la guerre à son suzerain. L'empereur ne se présenta point , et la confiscation de ses fiefs fut prononcée. François I^r entra aussitôt en Artois et s'empara d'Hesdin ; le duc d'Orléans , dauphin depuis la mort de son frère , et Montmorency, récemment nommé connétable , sauvèrent Térouane d'une attaque des Flamands. La lutte allait se prolonger, lorsque la reine Éléonore et Marguerite d'Autriche firent signer à Bomy (30 juillet 1537) une trêve de dix mois pour les Pays-Bas et la Picardie.

La guerre fut aussi suspendue dans le Piémont, par un armistice de trois mois (16 novembre). Après des conférences inutiles à Leucate , Charles-Quint et François l»"" eurent une entrevue à Nice , sous la médiation de Paul IIL Ils y conclurent une trêve de dix ans ( 18 juin 1538) , en vertu de laquelle chaque parti garda ses conquêtes. L'empereur sacrifiait donc le duc de Savoie , à qui il ne resta qu<^

la ville de Nio«> et ses dépendances ; le roi perdait le Milanais , mais conservait deux piovinces plus précieuses , la Savoie et le Piémont. Peu de temps après , les deux souverains se virent encore à Aigues-Mortes , où ils se donnèrent avec une franchise apparente toutes les marques d'une complète réconciliation. François !"•, que Montmon'ncy pressait sans cesse de redevenir le roi très-chrétien , rompit toutes ses alliances avec les Turcs , avec le roi d'Angleterre et les princes protestants d'Allemagne.

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